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COURRIER INTERNATIONAL : Huit présidents se sont succédé à la tête du pays en dix ans, dont trois en un an. Mais deux d’entre eux seulement ont été élus. Les autres ont été choisis par les parlementaires après des démissions ou des procédures de destitution pour “incapacité morale”. Comment expliquez-vous cette crise ?
ALEJANDRO CÉSPEDES : Pour la comprendre, il faut remonter à l’année 2016 et à l’élection du précédent Congrès. Durant la législature qui a suivi, la majorité fujimoriste [du parti d’extrême droite Fuerza Popular, mené par Keiko Fujimori, fille d’Alberto Fujimori, ancien président condamné pour crimes contre l’humanité] a décidé d’utiliser l’article constitutionnel qui permet de destituer un président pour “incapacité morale”, dans le but de négocier des parts de pouvoir avec l’exécutif, comme une sorte d’outil d’extorsion.
Elle a ouvert la boîte de Pandore, puisque cette pratique s’est généralisée. On l’a vu en particulier après la destitution de l’ex-président Pedro Castillo en décembre 2022, à la suite de sa tentative de coup d’État. Par succession constitutionnelle, Dina Boluarte [qui était alors vice-présidente] a été nommé présidente par intérim. Elle aurait dû convoquer des élections, mais plusieurs partis se sont accordés pour la maintenir au pouvoir, tout
Pérou : Quand la présidence devient un jeu de chaises musicales
Huit présidents en dix ans, dont trois en un an : un véritable festival de la démocratie péruvienne, où l’élection est devenue un concept optionnel.
Au Pérou, la situation politique ressemble à un mauvais sketch comique où les acteurs changent à chaque scène, mais le scénario reste désespérément le même. Huit présidents se sont succédé en dix ans, dont seulement deux ont eu l’audace d’être élus. Les autres ? Choisis par des parlementaires, souvent après des démissions ou des destitutions pour “incapacité morale”. Une belle démonstration de la flexibilité constitutionnelle, n’est-ce pas ?
Ce qui se passe réellement
Pour comprendre cette crise, il faut remonter à 2016, lorsque le Congrès a été élu. La majorité fujimoriste, dirigée par Keiko Fujimori, a décidé d’utiliser l’article constitutionnel permettant de destituer un président pour “incapacité morale” comme un outil d’extorsion. En gros, un chantage politique à la sauce péruvienne. Cette pratique s’est généralisée, culminant avec la destitution de l’ex-président Pedro Castillo en décembre 2022, suite à sa tentative de coup d’État. Dina Boluarte, alors vice-présidente, a été nommée présidente par intérim. Elle aurait dû convoquer des élections, mais plusieurs partis ont décidé de la maintenir au pouvoir, comme si la démocratie était un buffet à volonté.
Pourquoi cela dérange
Cette situation soulève des questions fondamentales sur la légitimité et la stabilité du pouvoir au Pérou. Le fait que des présidents soient destitués pour “incapacité morale” tout en étant remplacés par des parlementaires, qui eux, ne sont pas élus par le peuple, est une belle ironie. On pourrait presque croire que la morale est devenue un concept élastique, à la disposition de ceux qui souhaitent conserver leur siège.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont désastreuses : une instabilité politique chronique, un désenchantement des citoyens vis-à-vis de la démocratie, et un climat où la méfiance règne en maître. Les Péruviens se retrouvent à naviguer dans un océan de promesses non tenues et de manigances politiques, où le seul véritable gagnant semble être le cynisme.
Lecture satirique
Les discours politiques, pleins de promesses de changement et de renouveau, se heurtent à la réalité d’un système où la destitution est devenue un sport national. Ironiquement, les mêmes qui prônent la moralité semblent oublier que leur propre comportement est souvent tout sauf exemplaire. La promesse de réformes se transforme en une farce où les acteurs changent, mais le spectacle reste le même.
Effet miroir international
Cette dérive péruvienne n’est pas sans rappeler d’autres régimes autoritaires à travers le monde, où les dirigeants se maintiennent au pouvoir par tous les moyens, souvent au détriment de la démocratie. Que ce soit aux États-Unis, en Russie ou ailleurs, la manipulation des institutions pour servir des intérêts personnels est un phénomène global. Une belle leçon de ce qu’il ne faut pas faire.
À quoi s’attendre
À l’avenir, il est probable que le Pérou continuera d’être le théâtre de luttes de pouvoir, avec des présidents qui passent comme des ombres, laissant derrière eux un pays en quête de stabilité. Les élections pourraient devenir un événement rare, et la démocratie, un concept de plus en plus flou.
Sources
Source : www.courrierinternational.com





