Pam Bondi, la Garde des Sceaux qui a perdu son éclat

Pam Bondi, la Garde des Sceaux de Trump, écartée après une série de faux pas, illustre à merveille l’absurdité d’un gouvernement où l’incompétence est la norme.

Et de trois. Pam Bondi perd son poste de garde des Sceaux de l’administration Trump. Après avoir congédié le conseiller à la Sécurité nationale Mike Waltz dans l’affaire des communications mal protégées du Pentagone, puis la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, à la suite du meurtre de deux Américains par les forces anti-immigration, Donald Trump a écarté une autre figure de proue de son gouvernement ce jeudi.

« Nous adorons Pam et elle s’apprête à rejoindre un nouveau poste, essentiel et important, dans le secteur privé, l’annonce sera faite à une date rapprochée. Notre procureur général adjoint, Todd Blanche – un juriste éminemment talentueux et respecté – assurera l’intérim en qualité de procureur général par intérim », a expliqué le président des États-Unis sur Truth Social, après avoir félicité son « attorney general » pour avoir fait baisser le nombre de meurtres « au plus bas depuis 1900 ».

Ce qui se passe réellement

Après l’intérim de Todd Blanche, Lee Zeldin pourrait être nommé garde des Sceaux, selon plusieurs sources de presse. Donald Trump l’aurait consulté. L’actuel administrateur de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) fait preuve de diligence en licenciant de nombreux collaborateurs et en mettant à bas les fondements juridiques de la lutte contre les gaz à effets de serre.

Bien en cour, Lee Zeldin a accompagné le président à la Cour suprême ce mercredi, pour impressionner les juges qui discutaient du décret présidentiel sur la fin du droit du sol pour les enfants de sans-papiers.

Maladresses sur l’affaire Epstein

Comme les autres ministres déchus, Pam Bondi est dévouée au président, mais c’est un maillon faible. L’année dernière, elle a géré de façon maladroite le dossier Epstein. Elle a montré un gros dossier en déclarant qu’il contenait la « liste » des complices du criminel pédophile. Du coup, sous la pression populaire et Maga, le président s’est résolu à autoriser la publication de l’intégralité des pièces judiciaires, caviardées pour protéger les victimes et la décence. Il aurait préféré s’en passer.

Auditionnée par des députés en mars, l’ex-ministre s’est montrée agressive, perdant son sang-froid à plusieurs reprises. Elle doit reparaître devant la commission de supervision de la Chambre ce mois, toujours sur l’affaire Epstein.

L’ex-procureure de Floride l’a aussi déçu parce qu’elle n’a pas réussi à mettre derrière les barreaux les juges, enquêteurs et hauts fonctionnaires qui ont inquiété Donald Trump par le passé. Le président a fait du département de la Justice l’instrument de sa revanche.

En septembre, il avait par erreur diffusé un message destiné à « Pam ». Il se plaignait de son manque de mordant : « Rien n’est fait. Et Comey, Adam « l’Escroc » Schiff, Letitia ??? Ils sont tous coupables jusqu’à la moelle », écrivait-il à propos de ceux qu’il considère comme ses ennemis. Sa harangue se concluait par un appel général à la vengeance : « Ils ont lancé une procédure de destitution à mon encontre à deux reprises, et m’ont inculpé (à 5 reprises !) pour rien. Justice doit être rendue, et cela immédiatement !!! »

Assignations en série et inculpations ratées

James Comey a dirigé le FBI en 2016 et mené l’enquête sur les liens de la campagne Trump avec la Russie, puis sur les emails d’Hillary Clinton. Donald Trump l’a révoqué en 2017. En mars, il a été assigné en justice par le gouvernement Trump pour « haute conspiration », à l’instar de dizaines d’autres hauts fonctionnaires des administrations Biden ou Obama.

Le sénateur démocrate de Californie Adam Schiff a quant à lui été accusé par le président de fraude à l’emprunt immobilier, l’an dernier. C’est lui qui avait pris la tête du mouvement pour destituer Donald Trump pendant son premier mandat.

Quant à Letitia James, elle a réussi à faire condamner la Trump Organization pour fraude. La procureure de New York, une femme, noire, démocrate, a obtenu confirmation de son jugement par la Cour suprême de cet État en 2024. Les coupables ont été condamnés à payer 450 millions. Pam Bondi a fait inculper James Comey et Letitia James l’an dernier, mais un juge a annulé la procédure.

Pourquoi cela dérange

La démission de Bondi met en lumière une administration où l’incompétence est récompensée par des promotions dans le secteur privé, tandis que les véritables problèmes de justice restent non résolus. Le président, en quête de vengeance, semble plus préoccupé par ses ennemis politiques que par la justice elle-même.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de cette instabilité au sein de l’administration sont multiples : un affaiblissement des institutions judiciaires, une justice instrumentalisée et une perte de confiance du public dans le système. Les promesses de Trump de « rendre la justice » se heurtent à la réalité d’une administration qui se déchire de l’intérieur.

Lecture satirique

Il est ironique de voir Trump, qui se vante d’avoir réduit le taux de criminalité à son « plus bas depuis 1900 », se débarrasser de ses propres ministres pour des erreurs qui sont souvent le reflet de ses propres décisions. La promesse d’une justice implacable pour ses ennemis contraste avec une incapacité manifeste à gérer les affaires internes.

Effet miroir international

Ce spectacle de désorganisation et de vengeance rappelle les dérives autoritaires dans d’autres pays, où les dirigeants utilisent la justice comme un outil de répression. Les parallèles avec des régimes comme celui de Poutine en Russie ou d’autres gouvernements ultraconservateurs sont frappants, illustrant comment le pouvoir peut corrompre même les institutions censées le contrôler.

À quoi s’attendre

Avec l’instabilité croissante au sein de l’administration Trump, il est probable que d’autres changements de personnel se produisent, accompagnés de nouvelles controverses. Les promesses de justice et de transparence semblent de plus en plus éloignées, laissant présager une période tumultueuse pour le pays.

Sources

Source : www.lesechos.fr

Visuel — Source : www.lesechos.fr
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