En Ouganda, l’enlèvement puis l’inculpation du journaliste Arnold Mukose provoque une onde de choc dans la profession. Ce défenseur de la liberté d’expression, engagé contre une loi controversée sur les usages d’internet, dénonce aujourd’hui des accusations infondées. Au-delà de son cas, ses confrères décrivent un climat de peur et un risque croissant d’autocensure. 

Pour son père, Arnold Mukose est avant tout un homme engagé. « Il pense qu’il doit dire aux gens ce qui se passe dans le monde… et c’est sans doute ce qui lui attire aujourd’hui des ennuis », nous explique Moses Mukose. 

À 41 ans, ce journaliste ougandais s’est fait connaître pour ses prises de position contre la Computer Misuse Act, une loi dénoncée comme un outil de répression des voix critiques. Le 17 mars dernier, la Cour constitutionnelle a annulé plusieurs de ses dispositions, après une mobilisation à laquelle Arnold Mukose a activement participé. 

À lire aussiEn Ouganda, l’enlèvement d’un journaliste après des critiques envers une loi sur les usages d’Internet

Depuis, il multiplie les interventions dans les médias pour en expliquer les enjeux, et ce jusqu’au dimanche 29 mars. 

Après une émission de radio, des hommes en civil l’attendent à la sortie. Il est emmené de force, sans explication. Pendant plusieurs heures, ses proches restent sans nouvelles. À son domicile, du matériel est saisi : téléphones, ordinateur, tablettes.

Il sera finalement retrouvé dans un commissariat de Kampala, puis inculpé pour diffusion de fausses informations.

« Selon les autorités, son organisation aurait relayé un message de l’écrivain Kakwenza évoquant l’état de santé de la Première dame. Le gouvernement affirme qu’Arnold aurait annoncé sa mort. Une information qu’il conteste fermement, assurant ne rien avoir publié de tel », reprend son père, Moses Mukose.

Une arrestation que ses confrères relient directement à ses prises de position. « Oui, je pense que c’est lié, explique le journaliste Kenneth Lukwago. Il faisait partie de ceux qui s’exprimaient sur l’annulation de la loi. Et quand ce genre de choses arrive, on commence à se demander quels invités on peut recevoir, quels sujets on peut aborder… On entre dans une forme d’autocensure. Et cela crée un climat de peur. »

Une inquiétude d’autant plus forte que, malgré l’annulation de la loi, les poursuites continuent, explique Ronald Kabuye de l’Association des journalistes ougandais. « Un opposant est toujours en procès pour avoir critiqué un haut responsable judiciaire. Ce dernier s’en est offusqué et a lancé des poursuites contre lui. Avec cette loi, critiquer un dirigeant peut facilement conduire à des poursuites ».

Arnold Mukose, lui, est toujours détenu. Père de cinq enfants, ce défenseur des droits des journalistes se retrouve aujourd’hui de l’autre côté.

« La cellule est souterraine, il fait froid, il n’y avait ni matelas ni couverture… il était simplement en chemise », raconte son père.

Des conditions de détention difficiles, selon ses proches. Pour son père, il reste avant tout un homme engagé, déterminé à informer : « C’est quelqu’un de très intelligent, humble, engagé pour les droits humains… il se soucie des autres, et je pense que c’est pour cela qu’il est visé ».

Et pour beaucoup, son cas dépasse désormais sa seule personne. Un signal inquiétant pour toute une profession.

Arnold Mukose a été placé en détention provisoire jusqu’au 14 avril prochain.

Ouganda : Quand la liberté d’expression se fait enlever

L’enlèvement du journaliste Arnold Mukose, ardent défenseur de la liberté d’expression, met en lumière un climat de peur croissant en Ouganda, où critiquer le pouvoir devient un acte à risque.

En Ouganda, l’enlèvement puis l’inculpation du journaliste Arnold Mukose provoque une onde de choc dans la profession. Ce défenseur de la liberté d’expression, engagé contre une loi controversée sur les usages d’internet, dénonce aujourd’hui des accusations infondées. Au-delà de son cas, ses confrères décrivent un climat de peur et un risque croissant d’autocensure.

Ce qui se passe réellement

Pour son père, Arnold Mukose est avant tout un homme engagé. « Il pense qu’il doit dire aux gens ce qui se passe dans le monde… et c’est sans doute ce qui lui attire aujourd’hui des ennuis», nous explique Moses Mukose. À 41 ans, ce journaliste ougandais s’est fait connaître pour ses prises de position contre la Computer Misuse Act, une loi dénoncée comme un outil de répression des voix critiques. Le 17 mars dernier, la Cour constitutionnelle a annulé plusieurs de ses dispositions, après une mobilisation à laquelle Arnold Mukose a activement participé.

À lire aussiEn Ouganda, l’enlèvement d’un journaliste après des critiques envers une loi sur les usages d’Internet

Depuis, il multiplie les interventions dans les médias pour en expliquer les enjeux, et ce jusqu’au dimanche 29 mars. Après une émission de radio, des hommes en civil l’attendent à la sortie. Il est emmené de force, sans explication. Pendant plusieurs heures, ses proches restent sans nouvelles. À son domicile, du matériel est saisi : téléphones, ordinateur, tablettes.

Il sera finalement retrouvé dans un commissariat de Kampala, puis inculpé pour diffusion de fausses informations.

« Selon les autorités, son organisation aurait relayé un message de l’écrivain Kakwenza évoquant l’état de santé de la Première dame. Le gouvernement affirme qu’Arnold aurait annoncé sa mort. Une information qu’il conteste fermement, assurant ne rien avoir publié de tel », reprend son père, Moses Mukose.

Une arrestation que ses confrères relient directement à ses prises de position. « Oui, je pense que c’est lié, explique le journaliste Kenneth Lukwago. Il faisait partie de ceux qui s’exprimaient sur l’annulation de la loi. Et quand ce genre de choses arrive, on commence à se demander quels invités on peut recevoir, quels sujets on peut aborder… On entre dans une forme d’autocensure. Et cela crée un climat de peur. »

Une inquiétude d’autant plus forte que, malgré l’annulation de la loi, les poursuites continuent, explique Ronald Kabuye de l’Association des journalistes ougandais. « Un opposant est toujours en procès pour avoir critiqué un haut responsable judiciaire. Ce dernier s’en est offusqué et a lancé des poursuites contre lui. Avec cette loi, critiquer un dirigeant peut facilement conduire à des poursuites ».

Arnold Mukose, lui, est toujours détenu. Père de cinq enfants, ce défenseur des droits des journalistes se retrouve aujourd’hui de l’autre côté.

« La cellule est souterraine, il fait froid, il n’y avait ni matelas ni couverture… il était simplement en chemise », raconte son père.

Des conditions de détention difficiles, selon ses proches. Pour son père, il reste avant tout un homme engagé, déterminé à informer : « C’est quelqu’un de très intelligent, humble, engagé pour les droits humains… il se soucie des autres, et je pense que c’est pour cela qu’il est visé ».

Et pour beaucoup, son cas dépasse désormais sa seule personne. Un signal inquiétant pour toute une profession.

Arnold Mukose a été placé en détention provisoire jusqu’au 14 avril prochain.

Pourquoi cela dérange

Ce qui est dérangeant, c’est que dans un pays où la liberté d’expression devrait être un droit fondamental, les journalistes se retrouvent à devoir jongler entre leur devoir d’informer et la peur d’être emprisonnés pour leurs opinions. La contradiction est flagrante : d’un côté, une loi censée protéger les citoyens, de l’autre, un outil de répression qui fait frémir toute une profession.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences sont directes : un climat de peur s’installe, et l’autocensure devient la norme. Les journalistes hésitent à aborder des sujets sensibles, de peur de subir le même sort qu’Arnold Mukose. Cela crée un cercle vicieux où l’information devient biaisée, et la vérité se retrouve étouffée.

Lecture satirique

Il est ironique de constater que dans un pays qui se veut moderne, le simple fait de relayer des informations peut mener à des accusations de « fausses informations ». Les promesses de liberté d’expression se heurtent à la réalité d’une répression sournoise. Comme si le gouvernement avait un manuel de la désinformation à portée de main, où chaque critique est transformée en menace.

Effet miroir international

Ce phénomène n’est pas isolé. À l’échelle mondiale, des pays comme la Russie ou même certains États-Unis sous certaines administrations montrent des signes similaires de répression de la presse. Les discours politiques se déconnectent de la réalité, et les journalistes deviennent des cibles. Un parallèle inquiétant qui souligne que la lutte pour la liberté d’expression est un combat universel.

À quoi s’attendre

À l’avenir, si rien ne change, la situation pourrait se détériorer encore davantage. Les journalistes pourraient être contraints de s’auto-censurer de manière encore plus drastique, et la vérité pourrait devenir une denrée rare en Ouganda. La vigilance internationale sera cruciale pour faire pression sur le gouvernement ougandais.

Sources

Source : www.rfi.fr

Ouganda: l'affaire du journaliste Arnold Mukose, symptôme d'une presse sous pression - Menaces sur l’information
Visuel — Source : www.rfi.fr
Partager ici :
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire