Après des décennies de démarches, les ostéopathes et les kinésiologues auront bientôt leurs ordres professionnels. Idem pour les paramédics et les perfusionnistes. Lumière sur les changements à venir.


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Le ministre du Travail, Jean Boulet, en a fait l’annonce dans les derniers jours : Québec lance officiellement les travaux pour encadrer ces quatre professions. Sous la supervision de l’Office des professions du Québec (OPQ), des comités devront préciser les champs d’exercice de ces professions, les activités réservées et les modalités d’encadrement (si la profession sera encadrée par un ordre distinct ou intégrée à un ordre existant, par exemple). La durée des travaux dépendra de la disponibilité et de l’engagement des partenaires impliqués, a indiqué Jacques Nadeau, porte-parole de l’OPQ.

« Peu importe qu’il y ait un changement de gouvernement ou de nouvelles priorités, il y aura un ordre », s’est réjoui Marc-Antoine Pépin, président de la Fédération des kinésiologues du Québec.

Même soupir de soulagement chez les ostéopathes, pour qui cette annonce est le point culminant de longues démarches. La première date de 1990. « C’est vraiment une belle période pour l’ostéopathie au Québec », résume la présidente d’Ostéopathie Québec, Karine Devantéry. L’OPQ avait recommandé au gouvernement dès 2022 la création d’un ordre pour les ostéopathes, mais le dossier stagnait. Et voilà que tout débloque en même temps.

Du côté des paramédics (le terme qu’ils emploient de préférence à paramédicaux ou à techniciens ambulanciers paramédicaux), les réactions sont plus partagées, si on se fie aux commentaires sur les réseaux sociaux.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Des paramédics en action

Certains saluent ce passage vers l’autorégulation, alors que leur surveillance est actuellement centralisée par le gouvernement. La Corporation des paramédics du Québec – une organisation qui prônait la création d’un ordre – y voit « un moment historique » dans la reconnaissance de l’évolution de la profession.

D’autres paramédics entrevoient davantage de contraintes, notamment sur le plan financier. Les ordres professionnels sont financés à même les cotisations des membres, et les paramédics (sans contrat de travail depuis trois ans pour la majorité) réclament depuis longtemps des augmentations de salaire pour reconnaître leur travail.

« Le système actuel, avec le registre national, est plus efficace pour protéger le public qu’un ordre professionnel », estime Jean Gagnon, représentant du secteur préhospitalier à la FSSS-CSN, le principal syndicat des paramédics. Pour le syndicat, la priorité demeure d’améliorer les conditions de travail.

La création d’un ordre pour les paramédics figurait dans le Plan Santé du gouvernement en 2022.

Au Parti libéral du Québec, on s’étonne que tous les dossiers culminent simultanément, alors que ça fait quatre ans que les ostéopathes ont reçu l’avis favorable de l’OPQ. « Que ça débloque, en soi, n’est pas une mauvaise chose, mais on dirait que c’est fait dans la précipitation », estime le député libéral André A. Morin. « Les élections s’en viennent », rappelle-t-il.

Au cabinet du ministre Jean Boulet, on explique que, pour les ostéopathes, les travaux sont menés en parallèle avec l’approbation d’un programme universitaire en ostéopathie, à l’UQAM. En 2022, l’OPQ avait recommandé la création d’un programme universitaire en ostéopathie d’au minimum 3100 heures. Historiquement au Québec, l’ostéopathie est enseignée dans des écoles privées, et la durée de la formation variait jadis énormément d’une école à l’autre.

Quant aux perfusionnistes, ceux-ci assistent les patients nécessitant un support artificiel cardiaque, respiratoire ou circulatoire, notamment lors d’une intervention chirurgicale.

« Sous un même toit »

Pour le public, qu’est-ce que la création des ordres va changer ?

La mission principale d’un ordre professionnel est d’assurer la protection du public, en contrôlant la compétence et l’intégrité de leurs membres (avec un code de déontologie), la qualité des soins et les formations requises, et en réglementant l’exercice. Des syndics sont aussi créés pour faire enquête.

« L’ordre, ça va rassembler tous les kinésiologues sous un même toit », résume Marc-Antoine Pépin. À l’heure actuelle, explique-t-il, ce sont les associations de kinésiologues qui mettent en place des mécanismes de protection du public, mais seule une partie en sont membres. Pour porter le titre de kinésiologue, il faudra être membre de l’ordre. « Ils vont avoir vraiment un cadre déontologique beaucoup plus clair », résume-t-il.

Les coachs sportifs et employés de gym risquent-ils de se retrouver avec l’ordre des kinésiologues sur le dos ? « Le but n’est pas de s’approprier l’entièreté de l’activité physique », assure M. Pépin. Mais les kinésiologues pourraient par exemple hériter de la compétence d’établir le plan d’intervention de personnes à risque, comme les gens malades ou les femmes enceintes, illustre-t-il.

La création d’un ordre des ostéopathes permettra d’établir des critères de formation clairs et d’uniformiser la pratique, indique pour sa part l’ostéopathe Karine Devantéry.

« Comme la formation a été hétérogène au fil des années, n’importe qui pouvait se dire ostéopathe ou même ouvrir une école d’ostéopathie », illustre-t-elle. Les critères vont être désormais très précis, et le titre d’ostéopathe, réservé.

Ordres professionnels : Quand l’ostéopathie et la kinésithérapie se mettent au pas

Après des décennies de démarches, le gouvernement du Québec se réveille enfin pour encadrer les professions d’ostéopathes et de kinésiologues. Mais est-ce vraiment un progrès ou juste un coup de marketing politique ?

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a récemment annoncé que le Québec allait enfin se pencher sur l’encadrement des ostéopathes, kinésiologues, paramédics et perfusionnistes. Après 30 ans d’attente, on pourrait penser que les professionnels concernés sont en émoi. Mais ne vous y trompez pas, derrière cette façade de progrès se cache une réalité bien plus complexe. Est-ce que ce n’est pas un peu trop beau pour être vrai ?

Ce qui se passe réellement

Le gouvernement a mandaté l’Office des professions du Québec (OPQ) pour superviser la création de ces ordres. Les kinésiologues et ostéopathes, qui attendaient ce moment depuis 30 ans, sont enfin sur le point de voir leur rêve se réaliser. Mais attention, le principal syndicat des paramédics n’y voit pas une priorité. Au Québec, on compte 6300 paramédics, 3500 kinésiologues, 3000 ostéopathes et 80 perfusionnistes cliniques. Une belle brochette de professions, mais est-ce que cela va vraiment changer quelque chose ?

Pourquoi cela dérange

Les réactions sont partagées. D’un côté, certains applaudissent ce passage vers l’autorégulation, tandis que d’autres s’inquiètent des contraintes financières que cela pourrait engendrer. Les ordres professionnels sont financés par les cotisations des membres, et avec des paramédics sans contrat depuis trois ans, la question de leur salaire reste brûlante. Qui va payer pour cette nouvelle bureaucratie ?

Ce que cela implique concrètement

Pour le public, la création des ordres pourrait signifier une meilleure protection, mais cela reste à prouver. La mission d’un ordre professionnel est d’assurer la compétence et l’intégrité de ses membres. Mais à quel prix ? Les kinésiologues devront désormais être membres de l’ordre pour porter ce titre, ce qui pourrait créer des tensions avec les coachs sportifs et autres professionnels du fitness.

Lecture satirique

Ah, la politique ! Toujours là pour nous rappeler que le timing est tout. Le député libéral André A. Morin s’étonne que tout cela arrive à l’approche des élections. « Que ça débloque, en soi, n’est pas une mauvaise chose, mais on dirait que c’est fait dans la précipitation », dit-il. Comme si les politiciens n’avaient jamais agi dans l’urgence auparavant !

Effet miroir international

En regardant au-delà des frontières, on pourrait faire un parallèle avec les dérives autoritaires qui se multiplient dans le monde. Aux États-Unis, par exemple, la réglementation des professions de santé est souvent un prétexte pour restreindre l’accès aux soins. Est-ce que le Québec est en train de suivre cette tendance ? La création d’ordres professionnels pourrait-elle devenir un outil de contrôle plutôt qu’un véritable progrès ?

À quoi s’attendre

Les travaux pour encadrer ces professions vont prendre du temps. La durée dépendra de la disponibilité et de l’engagement des partenaires impliqués. En attendant, les professionnels concernés devront naviguer dans un flou juridique qui pourrait s’avérer problématique. Les promesses politiques sont souvent comme des promesses de campagne : belles à entendre, mais difficiles à réaliser.

Sources

Source : www.lapresse.ca

Ostéopathes, kinésiologues, paramédics et perfusionnistes | Ce que les nouveaux ordres professionnels vont changer
Visuel — Source : www.lapresse.ca
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