Des exemples français aux précédents historiques
Dernier volet d’une trilogie consacrée aux « relents fascistes de notre époque », l’ouvrage prolonge les réflexions d’Olivier Mannoni, traducteur de Mein Kampf et auteur de Traduire Hitler et de Coulée brune. Il s’appuie sur l’histoire pour éclairer les tensions actuelles : de Catherine II à Staline, de Louis XIV à Goebbels, l’auteur rappelle que les pouvoirs ont tantôt soutenu, tantôt réprimé intellectuels et artistes.
Pour étayer son analyse, Mannoni recense plusieurs situations récentes en France : des spectacles perturbés, des librairies attaquées ou perquisitionnées, ainsi que des événements culturels annulés par des municipalités d’extrême droite, dont un festival de jazz à Vauvert et la pièce Passeport à Castres. Il revient également sur les controverses autour de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, de l’audiovisuel public et du départ d’Olivier Nora de la direction de Grasset.
Ces épisodes sont présentés par l’essayiste comme des signaux d’alerte, et non comme des faits isolés. Il rapproche ces controverses du retour, dans le débat public, de termes tels que « dégénéré » ou « parasite », qu’il juge révélateurs d’une hostilité envers certaines formes de pensée et de création.
Médias, financement et contrôle de la culture
Olivier Mannoni estime que la concentration des médias et des entreprises culturelles peut restreindre la diversité des œuvres et des opinions. Il cite Vincent Bolloré, Pierre-Édouard Stérin et Alexandre Pesey, qu’il décrit comme des milliardaires traditionalistes contribuant, selon lui, à réduire l’espace accordé au libre exercice de la pensée et de la création.
Le cinéma occupe une place importante dans cette réflexion. L’auteur rappelle l’amendement déposé en 2025 par le Rassemblement national pour fermer le Centre national du cinéma et de l’image animée, au motif que ses financements serviraient une entreprise de propagande. Il rapporte aussi les inquiétudes exprimées par des professionnels face à l’influence croissante de Vincent Bolloré dans le secteur. Une formule de l’écrivain Roberto Saviano résume l’enjeu, selon Mannoni : « Si je finance, je choisis. »
L’essayiste observe par ailleurs que les critiques de la culture ne signifient pas nécessairement un désintérêt pour elle. Il rappelle que les régimes nazis, après avoir dénoncé certains artistes et œuvres, ont aussi soutenu des productions et des institutions culturelles. Il voit dans cette contradiction la possibilité d’une culture mise au service d’une vision politique.
Les réponses proposées par l’essayiste
Les coupes budgétaires constituent un autre volet de son diagnostic. Selon Mannoni, les réductions de moyens, justifiées notamment par des objectifs de rentabilité, fragilisent le secteur culturel et peuvent faciliter sa transformation. Il critique une gestion qui, selon lui, risque d’affaiblir des institutions avant même qu’un pouvoir ne cherche à leur imposer ses propres orientations.
L’essayiste souligne toutefois que ces évolutions ne sont pas inéluctables. Il cite le départ de plus d’une centaine d’auteurs de Grasset après l’éviction d’Olivier Nora, l’organisation d’éditeurs indépendants et d’auteurs, la création d’une Maison des médias libres ainsi que le travail de l’association Peuple et culture. Il invite aussi les médias à ralentir le rythme de l’information en continu, afin de « recréer le temps de la pensée ».
Olivier Mannoni étend enfin sa réflexion à l’éducation et à la science. Il pointe la dégradation des conditions de travail des enseignants, les violences qui les visent et le manque de professeurs, qu’il considère comme des menaces pour la transmission des savoirs. Son essai, qui compte 208 pages et est vendu 16 euros, défend ainsi une idée centrale : la culture, entendue comme les arts, le savoir et la pensée, est un indicateur de la santé de l’État de droit.
Source : franceinfo – Les Titres (www.franceinfo.fr)
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