L’Assemblée nationale a rejeté sans surprise, jeudi 2 avril, le projet de loi constitutionnelle du gouvernement visant à réformer le statut de la Nouvelle-Calédonie, Sébastien Lecornu répondant qu’il réunirait « la semaine prochaine » les parties néo-calédoniennes favorables à l’accord politique qui est au cœur des débats.

L’ambiance était ponctuellement tendue dans l’Hémicycle, près de deux ans après un précédent projet de réforme et les graves émeutes qui avaient suivi dans l’archipel, faisant 14 morts et plongeant l’économie locale dans la crise. Mais le résultat était un secret de polichinelle : toute la gauche et le Rassemblement national avaient annoncé qu’ils voteraient une motion de rejet dès l’ouverture des débats.

Présentée par le député indépendantiste de Nouvelle-Calédonie Emmanuel Tjibaou (groupe communiste et ultramarin), elle a été adoptée par 190 voix contre 107. Elle renvoie ainsi le projet de loi du gouvernement dans la navette parlementaire vers le Sénat, rendant son avenir plus qu’incertain, au moins sous sa forme actuelle.

Accusant l’Assemblée d’avoir « refusé le débat », Sébastien Lecornu a immédiatement rétorqué sur X que le gouvernement prendrait « ses responsabilités » et réunirait « la semaine prochaine » les forces politiques signataires de l’accord dit « de Bougival », au cœur de ce projet de loi.

Signé à l’été 2025 entre le gouvernement et les forces politiques locales dont des indépendantistes, mais rejeté ensuite par le FLNKS, principal mouvement indépendantiste, il a été complété par l’accord Elysée-Oudinot en janvier. Il prévoit notamment la création d’un « Etat de la Nouvelle-Calédonie » inscrit dans la Constitution française et doté d’une nationalité propre, susceptible de se voir transférer des compétences, y compris régaliennes.

Mais le FLNKS, à l’instar d’Emmanuel Tjibaou, s’y oppose aujourd’hui. « Un Etat souverain ne peut exister à l’intérieur d’un autre. Il s’agit d’un modèle d’autonomie interne, et non d’une décolonisation externe », a relevé le député. Il dit également craindre un risque de « partition » du territoire, le texte ouvrant, selon lui, la voie à des divergences de compétences trop fortes entre les trois provinces du Caillou.

Un retour des « années en arrière »

« Le cœur des évolutions prévues par le texte n’entrera en vigueur que si les Calédoniens eux-mêmes l’acceptent », avait insisté à la tribune Naïma Moutchou, ministre des outre-mer, alertant contre un retour des « années en arrière » en cas de rejet de la réforme constitutionnelle.

Le député non indépendantiste Nicolas Metzdorf (Renaissance) a, lui, déploré que « l’Assemblée nationale prenne autant de place dans le débat calédonien ». Il a souhaité que deux options soient désormais envisagées : une consultation des Néo-Calédoniens sur l’accord de Bougival, ou une ouverture partielle du corps électoral pour les élections provinciales à venir.

C’est un autre point très clivant du texte : il prévoit un quatrième report des élections provinciales actuellement prévues d’ici à la fin de juin, et surtout l’élargissement de leur corps électoral. Le droit de vote, pour l’instant réservé aux personnes installées dans l’archipel avant 1998 et à leurs descendants, serait élargi sous conditions, notamment aux natifs de l’archipel, à leurs conjoints et aux personnes y résidant depuis quinze ans.

Lire aussi le décryptage | Article réservé à nos abonnés Nouvelle-Calédonie : deux ans après les émeutes, les plaies sont toujours ouvertes

Une position défendue par les non-indépendantistes, au nom des droits des personnes installées parfois depuis longtemps. Mais des indépendantistes disent craindre une dilution trop importante du vote kanak, en particulier le FLNKS.

Or, sans le soutien du FLNKS, la gauche estime qu’il ne peut pas y avoir d’accord : « Le gouvernement doit retirer ce texte », a lancé Mathilde Panot, présidente des députés LFI, à l’issue du débat auquel a assisté Jean-Luc Mélenchon, selon des sources parlementaires. Côté PS, Arthur Delaporte a jugé qu’un accord durable pourrait être discuté « après les provinciales ».

« L’urgence institutionnelle n’existe pas » en Nouvelle-Calédonie, a également martelé dans l’Hémicycle Marine Le Pen, dénonçant un texte « dangereux pour l’unité nationale » car ouvrant « la voie à une indépendance ». La cheffe du groupe RN a toutefois déclaré qu’elle soutiendrait « l’exigence démocratique du dégel du corps électoral, s’il s’agit du chemin de compromis parlementaire trouvé lorsque ce texte reviendra du Sénat ».

Dans l’entourage du premier ministre, on rappelle que le gouvernement ne « ferme pas la porte » à une éventuelle consultation directe des Néo-Calédoniens avant la fin de l’étude du projet de loi, et que « tout est sur la table pour avancer ».

Le Monde avec AFP

Nouvelle-Calédonie : Quand l’Assemblée Nationale fait du surplace

Chapeau : Le projet de réforme constitutionnelle pour la Nouvelle-Calédonie a été rejeté par l’Assemblée nationale, laissant le gouvernement dans l’incertitude et les Calédoniens dans l’expectative.

Ce qui se passe réellement

Jeudi 2 avril, l’Assemblée nationale a, sans surprise, rejeté le projet de loi constitutionnelle du gouvernement visant à réformer le statut de la Nouvelle-Calédonie. Sébastien Lecornu, le ministre des Outre-mer, a promis de réunir les parties néo-calédoniennes favorables à l’accord politique la semaine prochaine. L’ambiance dans l’Hémicycle était tendue, rappelant les émeutes tragiques de l’archipel qui avaient fait 14 morts. Mais le résultat du vote était un secret de polichinelle : toute la gauche et le Rassemblement national avaient annoncé leur intention de voter pour la motion de rejet.

Le projet, présenté par le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou, a été rejeté par 190 voix contre 107. Ce rejet renvoie le projet dans la navette parlementaire vers le Sénat, rendant son avenir incertain. Lecornu a accusé l’Assemblée d’avoir « refusé le débat », tandis que le FLNKS, principal mouvement indépendantiste, s’oppose à l’idée d’un « État de la Nouvelle-Calédonie » inscrit dans la Constitution française.

Pourquoi cela dérange

Ce rejet met en lumière les contradictions flagrantes des discours politiques. D’un côté, le gouvernement promet une réforme qui semble être une avancée vers l’autonomie, mais de l’autre, il se heurte à une opposition farouche qui dénonce un texte « dangereux pour l’unité nationale ». Marine Le Pen, en particulier, a souligné que l’urgence institutionnelle n’existe pas, tout en soutenant une exigence démocratique pour le dégel du corps électoral. Une belle pirouette, n’est-ce pas ?

Ce que cela implique concrètement

Le rejet du projet de loi signifie que la situation en Nouvelle-Calédonie reste figée, avec un quatrième report des élections provinciales en vue. Le droit de vote, actuellement réservé aux personnes installées avant 1998, pourrait être élargi, mais cela soulève des inquiétudes parmi les indépendantistes qui craignent une dilution de leur voix. En somme, la promesse d’un avenir meilleur se heurte à la réalité d’un statu quo insatisfaisant.

Lecture satirique

Les promesses du gouvernement ressemblent à un mauvais sketch comique : « Nous allons avancer ! » dit Lecornu, tout en se retrouvant dans une impasse. Les Calédoniens doivent se demander si ces promesses ne sont pas qu’un mirage, un peu comme ces fameuses réformes qui n’arrivent jamais à destination.

Effet miroir international

En observant cette situation, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec d’autres gouvernements autoritaires. Comme aux États-Unis ou en Russie, où les promesses de démocratie se heurtent à des réalités bien plus sombres. La Nouvelle-Calédonie, avec ses tensions internes, devient un microcosme des luttes de pouvoir qui se jouent à l’échelle mondiale.

À quoi s’attendre

À court terme, rien ne semble indiquer que la situation va changer. Les tensions entre les différents acteurs politiques ne sont pas prêtes de s’apaiser. Les Calédoniens peuvent s’attendre à une période prolongée d’incertitude, où les promesses de réforme se heurtent à la réalité d’un rejet systématique.

Sources

Source : www.lemonde.fr

Nouvelle-Calédonie : le projet de réforme constitutionnelle rejeté d’emblée par l’Assemblée nationale
Visuel — Source : www.lemonde.fr

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