L’Assemblée nationale n’examinera pas le projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie, après l’adoption jeudi par la gauche et le Rassemblement national d’une motion de rejet. Sébastien Lecornu a annoncé sur X qu’il réunirait « la semaine prochaine » les signataires de l’accord de Bougival.


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Le député de Nouvelle-Calédonie Emmanuel Tjibaou (du groupe Gauche démocrate et républicaine), le 11 février 2026 à l'Assemblée nationale. (ERIC BERACASSAT / HANS LUCAS / AFP)

Le député de Nouvelle-Calédonie Emmanuel Tjibaou (du groupe Gauche démocrate et républicaine), le 11 février 2026 à l’Assemblée nationale. (ERIC BERACASSAT / HANS LUCAS / AFP)

C’est un nouvel obstacle pour une réforme aux allures de serpent de mer. Les députés ont largement adopté, jeudi 2 avril, une motion de rejet sur le projet de loi constitutionnelle sur le statut de la Nouvelle-Calédonie. Le texte a donc été rejeté avant même le début de l’examen de ses plus de 3 100 amendements. Le Rassemblement national a ajouté ses voix à celles de la gauche et 190 députés ont approuvé cette motion de rejet présentée par le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou, tandis que 107 se sont exprimés contre. Cette réforme, « c’est la rupture du processus de décolonisation », a déclaré l’élu, qui siège au sein du groupe Gauche démocrate et républicaine, dénonçant « une logique d’assimilation ».

Marine Le Pen avait expliqué que son groupe soutiendrait cette motion de rejet contre un texte « dangereux pour l’unité nationale et pour le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France », dans une vidéo publiée sur X mercredi. « Nous regrettons que le gouvernement s’entête » sur ce projet de loi, « alors que son échec était annoncé », avait dénoncé mardi la députée socialiste Mélanie Thomin. Du côté de La France insoumise, voter cette motion de rejet, « c’est refuser un passage en force et dire clairement non à un accord contesté », avait défendu le député Bastien Lachaud mardi. Le député du parti présidentiel Florent Boudié a, lui, déploré une forme d’« obstruction parlementaire » des oppositions.

L’avenir de cette réforme semble fortement compromis. Pour être adopté, un projet de loi constitutionnelle doit être adopté dans les mêmes termes par les deux chambres parlementaires. Le texte va être renvoyé dans la navette parlementaire vers le Sénat (où la droite dispose d’une majorité), qui l’avait largement adopté en première lecture le 24 février. Mais il retournera ensuite à l’Assemblée, où, sans changement majeur, le texte devrait rester dans une impasse.

C’est un camouflet pour le gouvernement, qui appelait les députés à ne pas rejeter ce texte. Mercredi, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait jugé « impensable que ce texte soit rejeté sans examen » et assimilé sur X la motion de rejet à une « forme de ‘motion de mépris' » pour les signataires de l’accord de Bougival. L’objectif de ce texte est d’inscrire dans la loi constitutionnelle cet accord conclu à l’été 2025 entre le gouvernement et les forces politiques locales, et complété en janvier par un accord dit « Elysée-Oudinot ». Il prévoit la tenue avant le 26 juillet d’un référendum, au cours duquel les électeurs calédoniens se prononceraient pour ou contre la création d’un « Etat de la Nouvelle-Calédonie », inscrit dans la Constitution française mais doté d’une nationalité propre. Mais il est contesté par le FLNKS, principal mouvement indépendantiste kanak.

Juste après le résultat du vote, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a dénoncé sur son compte X une décision qui « prive les Calédoniennes et les Calédoniens d’un débat parlementaire sur l’avenir du territoire », tout en assurant que l’exécutif « prendra[it] ses responsabilités » face à ce « blocage inédit », « ni dans l’immobilisme, ni dans le passage en force ». Il a également annoncé la réunion, dès la semaine prochaine, des signataires de l’accord de Bougival, comme prévu en cas d’impasse.

Parmi les points de crispation, le calendrier des élections provinciales. Déjà reporté trois fois depuis mai 2024, ce vote doit se tenir avant le 28 juin mais le texte prévoit de le reporter au plus tard au 20 décembre 2026. Le dégel du corps électoral est la question la plus sensible, déjà à l’origine des émeutes qui ont fait 14 morts et meurtri l’économie locale en mai 2024. Réservé aux personnes installées dans l’archipel avant 1998 et leurs descendants, le droit de vote à ces élections serait élargi aux natifs de Nouvelle-Calédonie, à leurs conjoints ou aux résidents depuis au moins quinze ans, une mesure rejetée par les indépendantistes, qui craignent une dilution du vote kanak.

« S’il y a une motion de rejet, on installe le vide politique, parce qu’il n’y a pas d’alternative à l’accord de Bougival », s’inquiétait mercredi la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, interrogée par le journal Ouest-France. La motion de rejet, « c’est le refus même du débat, c’est la décision de fermer la porte avant même de regarder ce qu’il ouvre », a-t-elle de nouveau dénoncé lors de la discussion à l’Assemblée jeudi matin. Après ce vote, « la réforme est enterrée, non pas juridiquement, mais de fait », constate le député Les Républicains Philippe Gosselin, rapporteur du texte à l’Assemblée. Mais une consultation directe des Calédoniens « n’est pas écartée », selon Naïma Moutchou. Quant aux élections provinciales, elles pourraient donc avoir lieu avant l’été.

Nouvelle-Calédonie : L’Assemblée nationale enterre le projet de loi constitutionnelle

L’Assemblée nationale a décidé de ne pas examiner le projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie, après qu’une motion de rejet a été adoptée par la gauche et le Rassemblement national. Sébastien Lecornu, le Premier ministre, a promis de réunir les signataires de l’accord de Bougival la semaine prochaine.

Introduction

C’est un nouveau coup de théâtre dans le feuilleton législatif français. Le projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie, qui devait être examiné avec plus de 3 100 amendements, a été rejeté avant même d’avoir pu voir le jour. Une motion de rejet, portée par le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou, a rassemblé 190 voix, dont celles du Rassemblement national et de la gauche. Qui aurait cru que Marine Le Pen et les socialistes pourraient un jour s’accorder sur un sujet aussi épineux ?

Ce qui se passe réellement

Le rejet de cette réforme, qualifiée de « rupture du processus de décolonisation » par Tjibaou, met en lumière les tensions persistantes autour du statut de la Nouvelle-Calédonie. La motion de rejet a été soutenue par des figures politiques aussi diverses que Marine Le Pen, qui a qualifié le texte de « dangereux pour l’unité nationale », et Mélanie Thomin, députée socialiste, qui a dénoncé l’entêtement du gouvernement.

Le texte, qui devait inscrire dans la Constitution un accord controversé signé en 2025, semble désormais voué à l’échec. Le gouvernement, qui espérait un soutien, a été pris de court par cette alliance inattendue.

Pourquoi cela dérange

Ce rejet soulève des questions sur la capacité du gouvernement à mener à bien ses réformes. La motion de rejet, assimilée par Lecornu à une « forme de mépris », illustre la fracture politique actuelle. Les oppositions, qu’elles soient de gauche ou d’extrême droite, semblent unies dans leur volonté de contrecarrer un projet qu’elles jugent inacceptable.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de ce rejet sont multiples. Le projet de loi va être renvoyé au Sénat, où la droite dispose d’une majorité, mais il risque de revenir à l’Assemblée dans une impasse. Le calendrier des élections provinciales, déjà reporté à plusieurs reprises, est également en jeu. Le vote, prévu avant le 28 juin, pourrait être repoussé jusqu’à décembre 2026, exacerbant les tensions locales.

Lecture satirique

Il est fascinant de voir comment les discours politiques peuvent se contredire. D’un côté, le gouvernement prône le dialogue et la décolonisation, tandis que de l’autre, il se heurte à une opposition qui refuse de débattre. C’est un peu comme si on essayait de convaincre un chat de prendre un bain : une mission vouée à l’échec.

Effet miroir international

Ce rejet rappelle les dérives autoritaires observées ailleurs, notamment aux États-Unis ou en Russie, où les gouvernements tentent d’imposer des réformes impopulaires sans véritable consultation. À quand une alliance entre les opposants français pour faire face à cette dérive ?

À quoi s’attendre

Avec un avenir législatif aussi incertain, il est difficile de prédire ce qui va se passer. Une consultation directe des Calédoniens pourrait être envisagée, mais cela ne résoudra pas les tensions sous-jacentes. Les promesses de réforme semblent s’évanouir dans les méandres d’un parlement en crise.

Sources

Source : www.franceinfo.fr

Réforme constitutionnelle de la Nouvelle-Calédonie : les députés rejettent le projet de loi, Sébastien Lecornu dénonce une privation de'discussion parlementaire sur l'avenir du territoire'
Visuel — Source : www.franceinfo.fr
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