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Fact Check

Non étayé : à 8 ans, un enfant aurait consommé autant de sucre que son grand-père en une vie

Un enfant aurait-il avalé, à 8 ans, autant de sucre que son grand-père en une vie entière ? La formule a été reprise dans des débats sur la taxation des produits sucrés. Elle met en lumière un vrai sujet de santé publique, mais transforme une inquiétude documentée en comparaison chiffrée que les données disponibles ne […]

À RETENIR

L’essentiel en quelques secondes

  • Un enfant aurait-il avalé, à 8 ans, autant de sucre que son grand-père en une vie entière ?
  • La formule a été reprise dans des débats sur la taxation des produits sucrés.
  • Elle met en lumière un vrai sujet de santé publique, mais transforme une inquiétude documentée en comparaison chiffrée que les données disponibles ne […]

L’affirmation vérifiée

La comparaison n’est pas née avec le débat d’octobre 2026. Dans un rapport publié en octobre 2024, l’Institut Montaigne écrivait que, « selon certains experts », un enfant de 8 ans aurait déjà mangé plus de sucre que son grand-père pendant toute sa vie. Le 22 octobre 2024, Dominique Schelcher, président de Coopérative U et coprésident du groupe de travail à l’origine du rapport, affirmait sur RTL qu’un enfant de cet âge avait consommé « autant de sucre » que son grand-père. Le député Frédéric Maillot a repris une version disant « plus de sucre » à l’Assemblée nationale le 7 novembre 2025. (institutmontaigne.org)

La reprise récente comporte une différence qu’il faut conserver : sur LCI, le 30 septembre 2026, le ministre Serge Papin a parlé d’un enfant de 9 ans, et non de 8 ans, ayant mangé autant de sucre que son grand-père. Il évoquait alors une possible taxe sur les produits sucrés. Dans toutes ces versions, le fait à vérifier est le même : une quantité cumulée depuis la naissance serait comparable à celle accumulée par un autre individu pendant toute sa vie. (tf1info.fr)

Ce que montrent les faits

La première difficulté est de savoir ce que désigne « le sucre ». L’Organisation mondiale de la santé emploie la catégorie des sucres libres : les sucres ajoutés, mais aussi ceux du miel, des sirops et des jus de fruits. L’Anses utilise, pour certains de ses repères, les sucres totaux hors lactose et galactose. Mélanger ces indicateurs, ou confondre sucre ingéré et sucre mis sur le marché, rendrait la comparaison inutilisable. (who.int)

Les données françaises établissent néanmoins une préoccupation réelle. Dans un avis révisé en 2019, fondé sur l’enquête alimentaire INCA 2 de 2006-2007, l’Anses estime que 75 % des enfants de 4 à 7 ans et 60 % de ceux de 8 à 12 ans dépassent les seuils qu’elle retient pour leurs classes d’âge, respectivement 60 et 75 grammes par jour de sucres totaux hors lactose et galactose. Ce sont des proportions d’enfants au-dessus d’un seuil journalier : elles ne ment pas ce qu’ils ont mangé depuis leur naissance. (anses.fr)

Une étude publiée en 2021 à partir d’une enquête alimentaire de 2019 estime l’apport moyen en sucres libres à 67,1 grammes par jour chez les 3-17 ans, contre 56,6 grammes chez les adultes. L’écart existe, mais ces moyennes regroupent de larges tranches d’âge : elles ne décrivent ni précisément les enfants de 8 ans ni l’alimentation passée de leurs grands-pères. Les auteurs indiquent que le financement de l’enquête par Cultures Sucre n’a pas joué de rôle dans sa conception ou ses analyses ; cette déclaration mérite d’être connue lorsqu’on apprécie la source. (mdpi.com)

La vérification

Le test décisif est arithmétique. Si le grand-père a vécu 72 ans, pour qu’un enfant de 8 ans ait atteint le même total, il faut que son apport moyen depuis sa naissance soit neuf fois celui du grand-père en moyenne sur toute sa vie. Avec un enfant de 9 ans, le rapport requis serait de huit. Il ne suffit donc pas de montrer que les enfants consomment aujourd’hui davantage de sucre par jour que des adultes : il faudrait établir un écart d’un tout autre ordre, sur des vies entières.

Or les enquêtes citées décrivent des consommations observées pendant des périodes limitées, pas l’historique alimentaire complet de deux générations d’une même famille. Le rapport de l’Institut Montaigne ne fournit pas ce calcul : sa note associée présente la formule comme une « illustration » donnant un ordre de grandeur, sans désigner les experts invoqués ni produire de série de consommations sur toute une vie. Une image peut servir à ouvrir un débat ; elle ne devient pas une me parce qu’elle figure en note de bas de page. (institutmontaigne.org)

Verdict

Verdict : non étayé. Les sources examinées ne permettent pas de confirmer qu’un enfant de 8 ans — ou de 9 ans dans la version employée par Serge Papin — a ingéré autant de sucre que son grand-père au cours d’une vie. Les données sur les apports journaliers rendent cette généralisation peu plausible, sans autoriser à reconstituer rétrospectivement chaque consommation individuelle. Ce verdict porte sur la comparaison, pas sur la nécessité ou non d’une taxe. (anses.fr)

Ce qu’il faut retenir

La consommation excessive de sucres chez de nombreux enfants est documentée. L’égalité spectaculaire entre huit années et toute la vie d’un grand-père, elle, ne l’est pas. Pour la soutenir, il faudrait préciser le type de sucres comptés, disposer de consommations comparables pour les deux générations et additionner leurs apports sur les périodes annoncées. (anses.fr)


Source principale : Libération (www.liberation.fr)

Article original : Consulter la source originale

Auteur : Elsa de La Roche Saint-André, Florian Gouthière

Sources de vérification

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