Le procès libyen en appel remet Nicolas Sarkozy sous les projecteurs, mais il met surtout en lumière les familles des 170 victimes de l’attentat du DC‑10 d’UTA en 1989. Parmi elles, celle du comédien nancéien Jean‑Pierre Klein, auquel son neveu consacre un documentaire.
Table Of Content
C’est un film né d’un manque, d’un silence et d’un presque trop plein de récits. « En quête d’un acteur », premier long métrage documentaire de Jacob Porraz, remonte les traces de son oncle Jean-Pierre Klein, comédien de théâtre et de cinéma mort à 30 ans dans l’attentat du DC 10 d’UTA en 1989. Un projet intime, sensible, qui cherche moins à enquêter qu’à comprendre comment une absence façonne une famille entière. Une campagne de financement participatif est toujours en cours pour aider le réalisateur à terminer son film. Il est actuellement au montage.
Jean-Pierre Klein, originaire de Nancy (Meurthe-et-Moselle), avait été reçu au Conservatoire national d’art dramatique à 17 ans. Il avait joué pour François Truffaut (Le Dernier Métro), Pierre Granier Deferre, Jean-Claude Grumberg, Pierre Debauche, fondé une compagnie avec son ami Jean-Luc Porraz. En 1989, le ministère de la Coopération lui propose de monter une pièce de Sony Labou Tansi à Brazzaville. Il rentre un jour avant la troupe. L’avion explose en plein vol. Le spectacle sera tout de même joué au Festival des Francophonies de Limoges.
Jacob Porraz ne l’a jamais connu. « Il était omniprésent dans les moments familiaux« , dit-il. « On m’en parlait énormément, mais j’avais envie de confronter ce récit à celui de ses amis, de voir s’il était partagé. » Le film le ramène dans la maison d’enfance de Seichamps, en Meurthe-et-Moselle, auprès d’amis nancéiens à l’époque comme l’acteur Raphaël Amor et dans des archives exhumées : des images d’ateliers de théâtre que Jean-Pierre animait à Nancy.
Le documentaire avance par fragments, par retours, par surgissements. « Ce qui m’intéresse, c’est de raconter l’aspect chaotique de la vie », explique Jacob Porraz. « Dans cette histoire, il y a du tragique, du très sombre, et en même temps de la lumière, puisque ma famille s’est formée autour de ce décès ». Ses parents se sont rapprochés après la disparition. Elle était la sœur, il était le meilleur ami. « Tous les deux étaient dévastés par cet événement. Quand j’y pense, je me dis que c’est étrange que ma vie tient à cela. » Il parle d’un « film de collage faussement décousu« , où la mémoire surgit comme un flot d’images auquel on ne résiste pas.
Pour donner l’illusion d’une continuité entre les archives et les images actuelles, il tourne volontairement avec une caméra de qualité moindre. « Je tiens au grain, à la patine. Le passé inonde le présent. » Le film est en couleur, mais volontairement dégradé, loin des codes d’aujourd’hui, ultra-lisses, des images parfois tournées au smartphone de dernière génération. « C’est pour servir la sensibilité du propos. » Car c’est bien de sensibilité dont il est question dans ce film. Sensibilité d’acteur, de réalisateur, de neveu d’un oncle disparu brutalement à 30 ans dans un attentat. De lui, il ne reste que des photos, des vidéos, des carnets et les souvenirs de ceux qui l’ont connu.
Jean Pierre Klein, originaire de Nancy, avait été reçu au Conservatoire national d’art dramatique à 17 ans.
•
© Jacob Porraz
En faisant ce film, il a eu « le sentiment de rencontrer un peu » son oncle. S’il devait imaginer une phrase de Jean-Pierre Klein en retour, il aimerait qu’il lui réponde : « je suis content qu’on ait passé ce moment ensemble.«
Difficile pourtant de travailler sur cette histoire sans être rattrapé par l’actualité. La mère de Jacob, Danièle Klein, est partie civile dans le procès en appel lié au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, où l’attentat du DC-10 ressurgit. Elle est l’une des figures désormais connues pour représenter les familles et porter ce combat au sein du collectif « Les filles du DC-10 ». La famille est présente « dès qu’elle le peut ». « C’est très traumatisant, et vécu comme une double peine », raconte-t-il.
Ce télescopage entre le film et le procès ne l’a pas détourné de son projet. Au contraire. « La saturation médiatique me conforte dans l’idée que toutes les parties prenantes doivent être représentées équitablement. L’histoire de mon oncle fait partie de ce qui se joue aujourd’hui. Il faut qu’elle existe.«
« En quête d’un acteur » n’est pas un film d’enquête. C’est un film pour faire exister quelqu’un qui n’a pas eu le temps de laisser une œuvre complète, mais dont la présence continue de traverser une famille. Un film pour rencontrer un disparu.
Jacob Porraz espère trouver des financements pour pouvoir utiliser de nouvelles images d’archives de Jean-Pierre Klein qu’il a trouvées. Le montage de ce film n’est pas terminé. Il avance aussi au gré des images qui surgissent du passé mais aussi du présent, de l’histoire qui s’écrit encore dans un palais de justice. Il souhaiterait aussi intéresser un producteur et un distributeur pour son film.
Nicolas Sarkozy : entre procès et mémoire, un drame oublié
Le procès libyen en appel remet Nicolas Sarkozy sous les projecteurs, mais il éclaire surtout les familles des 170 victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989, dont celle du comédien Jean-Pierre Klein, victime d’une tragédie qui semble s’être perdue dans les méandres de l’oubli.
Le procès libyen en appel, un spectacle où les acteurs principaux semblent plus préoccupés par leur propre survie politique que par la mémoire des victimes. Pendant ce temps, un documentaire, « En quête d’un acteur », se fraye un chemin à travers le silence assourdissant de l’histoire, cherchant à redonner vie à Jean-Pierre Klein, comédien nancéien mort à 30 ans dans l’attentat. Un projet intime, certes, mais qui soulève des questions bien plus larges sur la manière dont nous traitons la mémoire des disparus.
Ce qui se passe réellement
Jacob Porraz, le neveu de Jean-Pierre, se lance dans un voyage pour comprendre l’absence de son oncle, dont la vie a été interrompue par un attentat tragique. Le film n’est pas une enquête, mais une quête de sens, cherchant à comprendre comment cette absence a façonné sa famille. Jean-Pierre, un talent prometteur, avait déjà joué pour des réalisateurs de renom avant que son vol ne soit tragiquement interrompu. La campagne de financement participatif pour le documentaire est toujours en cours, un écho des luttes pour la reconnaissance et la mémoire.
Pourquoi cela dérange
La juxtaposition entre le procès de Sarkozy et la mémoire des victimes est dérangeante. D’un côté, des politiciens qui se débattent dans des accusations de corruption, de l’autre, des familles qui cherchent désespérément à faire entendre leur voix. La mère de Jacob, Danièle Klein, est partie civile dans ce procès, représentant les familles des victimes, mais son combat semble souvent noyé dans le bruit des scandales politiques. Une double peine pour ceux qui ont déjà perdu tant.
Ce que cela implique concrètement
Ce télescopage entre le film et le procès souligne une réalité troublante : la mémoire des victimes est souvent reléguée au second plan, au profit de jeux politiques. Les familles doivent se battre non seulement pour leur deuil, mais aussi pour que leur histoire ne soit pas oubliée. La saturation médiatique autour du procès de Sarkozy ne fait qu’ajouter à cette tragédie, transformant des vies en simples statistiques.
Lecture satirique
Il est ironique de voir des figures politiques, qui ont souvent fait preuve d’un cynisme déconcertant, se présenter comme des défenseurs de la justice. Les promesses de transparence et de responsabilité semblent s’évanouir face à la réalité d’un système qui privilégie l’impunité. Pendant ce temps, les familles des victimes continuent de porter le poids d’un passé tragique, souvent ignoré par ceux qui devraient être les premiers à défendre leur mémoire.
Effet miroir international
Ce drame n’est pas isolé. À l’échelle mondiale, des gouvernements, qu’ils soient en Russie, aux États-Unis ou ailleurs, semblent souvent plus préoccupés par leur image que par la justice. Les discours politiques, pleins de promesses, se heurtent à une réalité où les victimes sont souvent oubliées. Une dérive autoritaire qui rappelle que la mémoire est un luxe que peu peuvent se permettre.
À quoi s’attendre
Le documentaire de Jacob Porraz pourrait bien être un cri du cœur dans un océan de silence. Alors que le montage avance, il est essentiel de se demander si cette histoire trouvera un écho dans une société qui semble parfois plus intéressée par le sensationnel que par la vérité. Les tendances actuelles laissent présager une lutte acharnée pour que la mémoire de Jean-Pierre Klein et des autres victimes ne soit pas effacée.
Sources
Source : france3-regions.franceinfo.fr

/regions/2026/04/09/69d7d1f79748c020215577.jpg)

