La santé des mères et des nouveau-nés en France semble s’éroder, avec une augmentation de la mortalité périnatale et infantile. Ce phénomène soulève des questions sur la manière dont les naissances sont prises en charge, notamment en raison d’une certaine industrialisation des accouchements. Ce modèle pose des défis tant pour les patientes que pour les professionnels de santé, acculés par des logiques de rentabilité au détriment de la qualité des soins.
Ce que montrent les données
En 2024, le taux de mortalité périnatale a atteint 12 décès pour 1 000 naissances dans les zones rassemblant la population la plus défavorisée, comparativement à 9,5 pour 1 000 dans les zones les moins défavorisées. Entre 2000 et 2017, le nombre de femmes en âge de procréer vivant à plus de 30 minutes d’une maternité a augmenté d’un tiers, atteignant 7% de la population. Un accès limité aux soins liés à la grossesse et à l’accouchement se traduit ainsi par un risque accru de complications, illustrant l’impact des inégalités territoriales sur la santé publique.
Comment comprendre le phénomène
Au cœur de cette crise, les institutions médicales se retrouvent piégées par des systèmes de santé orientés vers la productivité, où les actes médicaux les plus rémunérateurs deviennent prioritaires. Selon Clélia Gasquet-Blanchard, maîtresse de conférences à l’École des hautes études en santé publique, l’accouchement est devenu une industrie. Malgré les réformes visant à promouvoir des pratiques de soin plus humaines, telles que la loi Bachelot qui élargit les compétences des sages-femmes, la césarienne reste souvent plus rentable pour les établissements de santé que les accouchements par voie basse. Les conséquences de cette rentabilité sont préoccupantes : au lieu de privilégier le suivi post-partum, la logique de rentabilité pousse à une gestion des soins qui insuffise dans la qualité des interactions entre soignants et patientes.
Qui est concerné
Les femmes sont les premières touchées par cette dynamique. Les attentes en matière de soins varient considérablement, et beaucoup recherchent des environnements plus accueillants et personnalisés, tels que les maisons de naissance, qui connaissent un certain succès dans d’autres pays, mais dont le nombre en France reste très limité. Les sages-femmes, qui gèrent aujourd’hui plus de 60% des accouchements, en subissent aussi les conséquences. Elles s’expriment souvent sur la souffrance que leur travail entraîne, notamment en raison de la précarité des conditions de travail et de la baisse de l’effectif médical.
Les limites et les incertitudes
Les choix politiques qui sous-tendent les pratiques de santé en matière d’accouchement manquent souvent de cohérence. Les fermetures de maternités de proximité exacerbent les inégalités géographiques et aggravent les risques pour les femmes enceintes. Les politiques publiques en faveur de la natalité ne se traduisent pas toujours par des actions concrètes pour améliorer l’accès aux soins. En parallèle, les chiffres alarmants concernant la santé mentale des mères doivent aussi être pris en compte. Avec le suicide comme première cause de mortalité maternelle en France, il est essentiel de reconnaître les contextes sociaux et économiques qui pèsent sur la santé des femmes.
Des modèles alternatifs existent et pourraient inspirer des changements significatifs dans la manière dont les naissances sont gérées, notamment en prônant une « maternité émancipatrice » proposant des soins adaptés et respectueux. L’hôpital de Montreuil est un exemple où le temps passé avec les patientes a eu un impact positif sur leur état de santé général.
Source : CNRS le Journal thématique : Sociétés
Article original : Consulter la source originale







