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En Moldavie, une société civile fragilisée face aux défis de l’adhésion à l’UE

Un soutien européen qui ne vaut pas adhésion au gouvernement Le soutien à l’adhésion à l’UE se situe entre 55 % et 65 % selon les sondages cités dans le reportage.

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L’essentiel en quelques secondes

  • Un soutien européen qui ne vaut pas adhésion au gouvernement Le soutien à l’adhésion à l’UE se situe entre 55 % et 65 % selon les sondages cités dans le reportage.

Publié le 15 septembre 2026, le reportage de Voxeurop décrit une Moldavie engagée dans les négociations d’adhésion à l’Union européenne, mais confrontée à des fragilités politiques et institutionnelles. Les organisations de la société civile contribuent aux réformes et au suivi du processus européen, tout en faisant face à des financements incertains, à des tentatives de discrédit et à une influence russe qui se déploie aussi sur les réseaux sociaux.

Un soutien européen qui ne vaut pas adhésion au gouvernement

Le soutien à l’adhésion à l’UE se situe entre 55 % et 65 % selon les sondages cités dans le reportage. Cette majorité ne traduit pas nécessairement une adhésion à l’action du parti au pouvoir, le Parti de l’action et de la solidarité (PAS). Adrian Ermurachi, de l’Institut pour les politiques et les réformes européennes (IPRE), estime qu’une partie des électeurs a soutenu le PAS avant tout pour défendre l’orientation européenne du pays.

Les tensions autour de la lutte contre la corruption ont également mis cette confiance à l’épreuve. Le reportage évoque un scandale à MoldATSA, la régie nationale du contrôle aérien, qui a conduit à la démission du Premier ministre Alexandru Munteanu. Un proche de la présidente Maia Sandu y avait obtenu un poste sans concours public et vu son salaire presque doubler en six mois. Sandu a nié toute malversation et annoncé des mesures sur la rémunération et la gestion des entreprises publiques. Le même mois, un haut responsable du ministère de l’Agriculture a été arrêté pour corruption.

Ces affaires touchent à la crédibilité du PAS, dont la réputation s’est construite autour de la lutte anticorruption. Elles alimentent aussi une interrogation plus large : les institutions évoluent-elles assez vite pour répondre aux attentes suscitées par l’adhésion européenne ?

La justice réformée, mais sous pression

La réforme du système judiciaire a entraîné le départ de plus d’une centaine de juges, selon Ilie Chirtoacă, directeur exécutif du Centre des ressources juridiques de Moldavie. Le processus de vérification des magistrats et des procureurs a aussi laissé de nombreux postes vacants. Les tribunaux sont déjà surchargés et, selon Chirtoacă, certains juges doivent traiter jusqu’à 1 000 affaires.

Le niveau des rémunérations complique le recrutement : le salaire mensuel d’un juge serait d’environ 900 euros, un montant comparable à celui d’un conducteur de trolleybus. Dumitru Jomir, ancien procureur anticorruption, signale par ailleurs des lacunes dans le contrôle des marchés publics, notamment dans les secteurs du gaz, des chemins de fer et de l’achat de médicaments.

Cette question est aussi économique. Lors d’un sommet tenu en juin, des entreprises, l’Union européenne et le gouvernement moldave ont signé des lettres d’intention portant sur environ un milliard d’euros d’investissements. Pour que ces annonces bénéficient à la population, leur mise en œuvre devra s’accompagner d’un contrôle efficace des marchés publics, un point que les organisations interrogées jugent encore insuffisant.

Une influence qui se déplace vers les réseaux sociaux

Le reportage décrit une ingérence russe qui, selon ses interlocuteurs, s’est transformée depuis 2022 sans disparaître. Des enquêtes menées par le journal Ziarul de Gardă ont documenté des réseaux d’achat de voix liés à l’oligarque Ilan Șor. La police estime que ces réseaux ont impliqué quelque 140 000 personnes, rémunérées via une application liée à une banque russe.

Les relais d’influence ne se limitent pas aux partis. Victoria Mereuță, juriste au Centre des ressources juridiques, met en garde contre des structures qui prennent l’apparence d’ONG tout en servant, selon elle, des intérêts politiques. Les médias indépendants sont également visés par des campagnes de discrédit. Les organisations interrogées disent voir leurs budgets présentés hors contexte pour nourrir des accusations de corruption.

La bataille se joue aussi en ligne. La fermeture de chaînes de télévision en langue russe liées à Șor n’a pas fait disparaître les contenus d’influence, qui circulent désormais sur Facebook, TikTok ou Telegram. Sergiu Tofilat, chercheur chez WatchDog, estime que les plateformes ne modèrent pas toutes ces contenus de la même manière. Les deepfakes et l’utilisation de l’image de journalistes indépendants compliquent encore la situation.

Des ONG indispensables, mais exposées

La société civile participe aux groupes de travail gouvernementaux et contribue au suivi des droits humains demandé par Bruxelles. Pourtant, les organisations restent fragiles : la suspension du soutien de l’USAID en 2025 a privé certaines d’entre elles d’environ 80 % de leurs financements, selon le reportage. Les demandes de subvention sont nombreuses et leur obtention incertaine.

Leur rôle est d’autant plus délicat qu’elles peuvent être perçues comme proches du PAS, notamment parce que des responsables publics ont auparavant travaillé dans la société civile. Cette proximité nourrit le risque qu’elles soient associées au pouvoir, alors même que leur fonction de contrôle suppose une certaine indépendance.

La Moldavie a connu une évolution plus nette dans le domaine énergétique : depuis 2022, elle compte au moins 22 fournisseurs de gaz, a multiplié par douze sa production d’énergies renouvelables et s’est synchronisée avec le réseau électrique continental européen. Le reportage souligne toutefois qu’il est plus facile de transformer les approvisionnements que de restaurer la confiance du public.

La perspective d’une adhésion d’ici 2030 constitue ainsi un horizon politique autant qu’une échéance de réformes. Le maintien du soutien à la trajectoire européenne dépendra aussi de résultats perceptibles pour la population, notamment en matière d’investissements et de progrès vers l’adhésion. Pour les organisations de la société civile, l’enjeu est de continuer à contribuer aux réformes tout en préservant leur indépendance et leur capacité de contrôle.


Source : Voxeurop (voxeurop.eu)

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