La mobilisation du 5 novembre a mis en lumière l’engagement de lycéens et d’étudiants, mais celui-ci ne se traduit pas automatiquement par une adhésion syndicale. En France, les jeunes reconnaissent l’utilité des syndicats tout en jugeant souvent les mouvements citoyens plus efficaces. Entre méconnaissance du dialogue social, précarité au début de la vie professionnelle et nouvelles formes d’organisation, les liens avec les organisations syndicales se construisent de manière inégale.

Une mobilisation qui dépasse les établissements scolaires

À l’approche de la journée de mobilisation, Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, anticipait une convergence entre les revendications de la jeunesse et celles des salariés en grève. Les lycéens et les étudiants devaient rejoindre les cortèges aux côtés de syndicats comme la CGT, la CFDT et Force ouvrière, ainsi que de « gilets jaunes » mobilisés pour le pouvoir d’achat.
Étudiante en master d’anthropologie à l’université d’Aix-Marseille, Sabrine Kharbach jugeait insuffisantes les annonces faites fin octobre par Sébastien Lecornu. Parmi les mesures réclamées par les étudiants et les lycéens figurent la rénovation des établissements scolaires, l’abrogation de Parcoursup, la création de 250 000 places supplémentaires en licence et en master, ainsi que la revalorisation des bourses en fonction de l’inflation.
Une utilité reconnue, une efficacité discutée
Les jeunes ne rejettent pas les syndicats, mais leur font concurrence avec d’autres formes d’action collective. Selon une enquête publiée en février 2026 par l’association Réalités du Dialogue social, plus des trois quarts des 18-35 ans interrogés estiment que les syndicats de salariés sont nécessaires dans l’entreprise. Dans le même temps, 64 % considèrent les mouvements citoyens plus efficaces pour résoudre leurs problèmes professionnels.
La connaissance limitée du syndicalisme constitue un autre obstacle, relève Maud Stéphan, déléguée générale de l’association. Selon elle, les jeunes associent souvent les syndicats aux conflits et aux manifestations, tandis que l’école et les médias ont aussi une part de responsabilité dans cette représentation.
La précarité des débuts de carrière complique également l’adhésion, soulignent les syndicalistes interrogés. Les contrats à durée déterminée et le travail en auto-entreprise peuvent éloigner les jeunes des structures professionnelles. En 2019, 10,3 % des salariés étaient syndiqués en France, contre 2,7 % des moins de 30 ans, d’après les données du ministère du Travail citées dans l’enquête.
Représenter ses camarades, apprendre à négocier
Pour Louis Letoublon, vice-président du mouvement Les Lycéens !, l’engagement est d’abord né de la volonté de « porter la voix de [ses] camarades » et de défendre leurs revendications. Élu au conseil de vie lycéenne de son établissement en première, il a ensuite représenté les lycéens à l’échelle académique et nationale, notamment au Conseil national de la vie lycéenne, puis au Conseil supérieur de l’éducation.
Ces instances lui ont permis de découvrir des espaces de discussion peu connus du grand public et de côtoyer les syndicats de l’Éducation nationale. Louis Letoublon estime aussi que cette expérience lui a fait comprendre comment les décisions concernant les politiques éducatives sont élaborées. Il dit y avoir développé sa prise de parole en public et ses capacités rédactionnelles.
Des liens qui varient selon les organisations
Les relations entre syndicats et organisations de jeunesse ne prennent pas partout la même forme. FO Jeunes, relancée en 2024, propose notamment de l’information aux jeunes dans les entreprises. Branislav Rugani, secrétaire confédéral de Force ouvrière chargé de l’international et de la jeunesse, décrit des échanges souvent indirects avec les lycéens, qui sollicitent parfois les syndicats pour organiser une action, tout en élaborant eux-mêmes leurs revendications.
En Seine-Saint-Denis, le secrétaire général de la CGT, Kamel Brahmi, décrit une convergence entre les revendications de lycéens et celles d’enseignants mobilisés pour un plan d’urgence dans l’éducation en 2024. La CGT a notamment accueilli des réunions de lycéens dans les Bourses du travail. Kamel Brahmi voit aussi dans les pratiques de la jeunesse, notamment sur les réseaux sociaux, des façons de s’organiser susceptibles d’apporter de nouvelles idées au syndicalisme.
Louis Letoublon, désormais étudiant à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, ne sait pas encore s’il poursuivra son engagement dans un syndicat étudiant ou dans un cadre politique. Il envisage toutefois de se syndiquer en fonction de son futur métier et souhaite continuer à défendre la voix des citoyens.
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
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Auteur : Bastien Brun







