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Menton conserve un patrimoine Belle Époque unique, avec une vingtaine d’anciens palaces construits entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Devenus pour la plupart des copropriétés, ces grands hôtels racontent encore l’âge d’or de la ville, que l’association du « Cercle des Palaces retrouvés » s’emploie aujourd’hui à faire revivre.

À Menton, il suffit de lever les yeux pour en apercevoir un, puis deux, puis parfois trois depuis un même endroit.
Derrière les palmiers, les jardins et les façades plus récentes, la ville garde les traces très visibles d’une autre époque. Celle des hivernants, de la villégiature aristocratique, des longs séjours au soleil, quand la Riviera attirait une clientèle fortunée venue passer plusieurs mois entre mer et montagne.
Bruno Geffroy, le président du « Cercle des Palaces retrouvés », résume d’une phrase dans Menton-Presse ce qui singularise la commune. « Nous avons une commune avec une concentration presque unique au monde. » Ces hôtels de très grand standing se développent à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, dans une ville alors portée par un climat doux et une végétation luxuriante.

Mais c’est bien l’arrivée du train qui joue un rôle décisif.
« La voie ferrée a ouvert au développement économique » rappelle-t-il. Elle a surtout rendu Menton beaucoup plus accessible à cette clientèle étrangère, principalement anglaise, qui descend alors sur la Côte d’Azur avec bagages, domestiques et habitudes de vie.
À la gare, des calèches attendent les voyageurs pour les conduire jusqu’aux établissements. Les plus grands hôtels se multiplient. Certains sont construits spécialement pour cette fonction, d’autres prolongent ou transforment de vastes maisons.
Tous doivent répondre à des attentes nouvelles. « Il faut du volume, du confort, des salons, des salles à manger, des ascenseurs parfois, des bains, du gaz, une façade qui impressionne et une exposition qui capte la lumière. »
Une ville façonnée par les hivernants
Le Grand Hôtel du Cap Martin, sur la commune de Roquebrune, figure parmi les premiers grands noms de cette histoire. Puis viennent l’Orient, le Riviera Palace, le Winter Palace, l’Impérial, l’Astoria, le Mont Fleuri, le Regina, les Iles Britanniques, le National ou encore le Bellevue. Le Royal Westminster, le Balmoral et l’Orangeraie, eux, ont conservé une activité hôtelière.
La ville garde aujourd’hui la trace de ces différentes générations d’architecture. Certaines façades relèvent d’un néo-classicisme très strict, presque haussmannien. D’autres s’autorisent davantage de fantaisie, dans un registre plus éclectique, parfois floral, parfois d’inspiration italienne ou orientalisante.
« On est parfois plutôt sur l’Art nouveau » note Bruno Geffroy, qui évoque les lignes florales du Riviera Palace ou, à l’inverse, la présence plus minérale du Winter Palace.

Le Riviera Palace reste sans doute la silhouette la plus spectaculaire. Construit en 1898 et ouvert fin 1899, il incarne cette ambition monumentale avec ses tours, ses loggias, ses céramiques et son immense parc. Plus atypique, le Grand Hôtel d’Orient occupe une place centrale à Menton.
L’Impérial, édifié en 1913, témoigne quant à lui d’un luxe plus moderne, avec ascenseurs, salles de bains et téléphone. Le Winter Palace, construit en 1901, se distingue par sa structure parasismique inspirée des techniques métalliques de son temps.
Des hôtels devenus immeubles d’habitation
Mais l’âge d’or a fini par prendre fin au XXe sicèle. La Première Guerre mondiale fragilise une partie de la clientèle étrangère. La Seconde Guerre mondiale accélère encore la rupture. Les grands bâtiments sont occupés, réquisitionnés, parfois transformés en hôpitaux. Puis, dans les années 1950 et surtout 1960, le basculement s’opère. Menton change d’époque. Il faut loger davantage. Le tourisme évolue. Les longs séjours aristocratiques disparaissent.
« Les années soixante ont été un grand élément de changement » observe Bruno Geffroy. Les anciens palaces sont alors morcelés en appartements. Les grands salons, les cuisines, les équipements collectifs sont transformés.
Une part des décors disparaît au passage. Boiseries, lustres, baignoires, portes anciennes, tapis, tout se revend. « Dans certains, on a gagné plus d’argent en vendant les biens qu’en vendant les surfaces au mètre carré » résume-t-il à propos de certaines opérations de l’époque !

L’association du « Cercle des Palaces retrouvés » recense dix-sept anciennes résidences de ce type, auxquelles s’ajoutent plusieurs hôtels encore en activité. L’association, créée en 2016 pour fédérer les syndicats de copropriétaires et valoriser ce patrimoine, a installé une signalétique devant les bâtiments concernés. L’idée est simple, permettre aux habitants comme aux visiteurs de lire autrement ces grandes masses souvent dissimulées derrière les arbres ou les grilles.
La plupart de ces immeubles sont désormais habités par des résidents venus de Menton, d’ailleurs en France ou de l’étranger, notamment d’Italie. Trois sites bénéficient d’ailleurs d’une protection au titre des Monuments historiques : le Riviera Palace, le Winter Palace en partie et l’Impérial.
Menton : Entre Palaces et Illusions
À Menton, l’âge d’or des palaces côtoie une réalité bien plus prosaïque, où le patrimoine se transforme en copropriété. Une ironie qui ne manque pas de piquant.
À Menton, il suffit de lever les yeux pour apercevoir les vestiges d’une époque révolue, où la Riviera attirait une clientèle fortunée. Ces palaces, témoins d’une aristocratie en quête de soleil, sont désormais devenus des copropriétés. L’association du « Cercle des Palaces retrouvés » s’emploie à faire revivre cet héritage, mais la question demeure : à quoi bon préserver des souvenirs d’un temps révolu lorsque la réalité actuelle semble si éloignée ?
Ce qui se passe réellement
Menton conserve un patrimoine Belle Époque unique, avec une vingtaine d’anciens palaces construits entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Ces grands hôtels, devenus pour la plupart des copropriétés, racontent encore l’âge d’or de la ville. Bruno Geffroy, président du « Cercle des Palaces retrouvés », souligne que la commune possède une concentration presque unique au monde d’hôtels de grand standing, développés grâce à un climat doux et une végétation luxuriante.
Mais l’arrivée du train a été le véritable catalyseur de ce développement. « La voie ferrée a ouvert au développement économique », rappelle Geffroy. Cela a rendu Menton accessible à une clientèle étrangère, principalement anglaise, qui descendait sur la Côte d’Azur avec bagages et domestiques. À la gare, des calèches attendaient pour conduire ces privilégiés vers leurs établissements luxueux.
Pourquoi cela dérange
La transformation de ces palaces en appartements témoigne d’une époque où le tourisme aristocratique a laissé place à une réalité plus prosaïque. Les grands salons et cuisines ont été morcelés, et une part des décors a disparu, tout cela au profit d’une rentabilité immédiate. Une ironie cruelle : ces lieux, autrefois synonymes de luxe, sont devenus des immeubles d’habitation, souvent habités par des résidents venus d’ailleurs, notamment d’Italie.
Ce que cela implique concrètement
Cette évolution soulève des questions sur la préservation du patrimoine. Alors que Menton tente de valoriser son histoire, les anciens palaces, désormais invisibles derrière des grilles et des arbres, perdent leur âme. L’association a installé une signalétique pour rappeler aux habitants et aux visiteurs l’importance de ces bâtiments, mais est-ce suffisant ?
Lecture satirique
Il est fascinant de constater que, pendant que Menton cherche à faire revivre son passé, d’autres villes, sous des régimes autoritaires, tentent de réécrire leur histoire. La promesse d’un développement économique à travers le tourisme semble se heurter à la réalité d’une ville qui se transforme en musée à ciel ouvert, où les souvenirs sont plus précieux que les réalités contemporaines. Une belle promesse, mais à quel prix ?
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, cette situation rappelle les dérives autoritaires où le passé est souvent utilisé comme un outil de propagande. Tandis que certains pays tentent de restaurer des monuments historiques pour renforcer leur image, Menton semble s’enliser dans une nostalgie qui ne fait que masquer une réalité bien moins reluisante.
À quoi s’attendre
Si la tendance actuelle se poursuit, Menton pourrait devenir un exemple de ce qu’il ne faut pas faire : préserver des souvenirs au détriment de la réalité. Les promesses de développement et de valorisation du patrimoine risquent de rester lettre morte si les décisions ne s’accompagnent pas d’une véritable volonté de préserver l’âme de la ville.
Sources




