Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti Les Ecologistes, à Vitry-sur-Seine, le 17 mars 2026. LUDOVIC MARIN/AFP
Table Of Content
- • Que prévoit la législation française sur le diagnostic préimplantatoire ?
- • Pourquoi le DPI n’est-il pas généralisé ?
- • Qu’en est-il des autres pays de l’UE ?
- Ce qui se passe réellement
- Pourquoi cela dérange
- Ce que cela implique concrètement
- Lecture satirique
- Effet miroir international
- À quoi s’attendre
- Sources
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« J’attends un enfant. “Un bébé miracle”, que je n’osais plus espérer. » L’annonce de la seconde grossesse de Marine Tondelier dans « Elle » puis sur les réseaux sociaux lundi 30 mars a fait grand bruit. Une déclaration que la chef du parti Les Ecologistes veut politique : elle sera une de ces très rares femmes à s’engager dans une campagne présidentielle en étant enceinte. Et elle compte bien ne pas s’en « excuser ». Au-delà de ce « défi », Marine Tondelier réintroduit aussi dans le débat public les questions autour des parcours de PMA (procréation médicalement assistée) et de FIV (fécondation in vitro). Car, « comme beaucoup de couples, nous avons connu avec mon conjoint [ce] parcours du combattant », explique-t-elle. Succession d’échecs, fausse couche…
La responsable politique entend donc réformer le cadre législatif bioéthique pour mieux appréhender certains enjeux « invisibilisés » autour de l’infertilité. Parmi ses idées : rendre possible l’analyse des embryons avant l’insémination, c’est-à-dire élargir l’accès au diagnostic préimplantatoire (DPI). « Cela permettrait d’éviter une forme d’acharnement à implanter des embryons non viables », avance Marine Tondelier, ce qui est « très courant, surtout avec l’âge », détaille-t-elle.
• Que prévoit la législation française sur le diagnostic préimplantatoire ?
En France, les parcours de PMA sont encadrés par les lois de bioéthique, dont la première date de 1994. La dernière révision remonte à 2021 et rend notamment accessible l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes.
Un sujet peine à faire consensus : la généralisation du diagnostic préimplantatoire (DPI). L’idée est d’analyser génétiquement les embryons dans le cadre d’une fécondation in vitro, avant le transfert dans l’utérus, pour identifier de possibles anomalies génétiques. Consacré pour la première fois par la loi du 29 juillet 1994, le régime du DPI, qui relève de l’article L2131-4 du Code de la Santé publique, a peu évolué en France et est très encadré.
Ne peuvent y accéder que les couples (ou femme non-mariée) qui présentent « une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic ». Autrement dit, seuls les couples ou femme célibataire pour lesquels le risque de transmettre une maladie génétique est élevé peuvent faire analyser les embryons et sélectionner ceux non porteurs de l’anomalie génétique. Le recours au DPI, à titre exceptionnel, se fait notamment dans le cadre de maladies héréditaires comme la mucoviscidose ou la maladie de Huntington (autrefois appelée chorée). Une autorisation finale de l’Agence de la Biomédecine, qui s’assure du respect des critères scientifiques et éthiques, est nécessaire. Selon cette agence, 369 enfants sont nés à la suite d’un DPI en 2022.
• Pourquoi le DPI n’est-il pas généralisé ?
Pour l’heure, la France est très prudente sur l’autorisation du DPI, conditionné à des risques de transmission de pathologies génétiques clairement identifiées. Ainsi, le DPI-A pour les aneuploïdies (anomalies chromosomiques), le test qui cherche à détecter des anomalies de manière générale et non ciblée en particulier vis-à-vis du nombre de chromosomes, n’est pas autorisé en France.
Et c’est ce pour quoi plaide Marine Tondelier, qui n’est pas la seule. En décembre 2023, des médecins et spécialistes de la reproduction ont signé une tribune dans « le Monde » qui avance que « la PMA est une médecine hasardeuse en l’absence de diagnostic préimplantatoire ». Ils rappellent que les anomalies chromosomiques ou métaboliques sont « fréquentes », pas seulement en cas de risques familiaux, et augmentent avec l’âge. Et comme les femmes en parcours de PMA sont « souvent plus âgées », elles sont davantage confrontées aux échecs de conception. Ils estiment que le fait de « connaître les potentialités de développement d’un embryon […] permettrait de réduire le délai pour obtenir une naissance viable, diminuerait le nombre de fausses couches, les grossesses multiples et les transferts d’embryons non viables ». D’autant plus que, selon le gynécologue obstétricien René Frydman, interrogé par « le Figaro », « 60 % des embryons qu’on réimplante ne vont jamais se développer. On pourrait connaître ceux qui peuvent s’implanter, et on fait la politique de l’autruche ».
La question du DPI-A investit largement le terrain de l’éthique car pour ses détracteurs, il pave la voie à l’eugénisme. Comme si la société décrite dans le film d’anticipation « Bienvenue à Gattaca » d’Andrew Niccol était à deux pas de la nôtre. En 2019, l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn craignait déjà à l’époque une « dérive eugénique », selon « le Monde » : « Si on autorise cela […], tous les couples qui font des enfants par voie naturelle se diront “moi aussi j’ai droit à un enfant sain” et s’engageront dans une démarche de PMA de façon à disposer de tests génétiques à la recherche d’anomalies. » Mais pour les auteurs de la tribune en faveur du DPI-A, « il n’est pas question de choisir la couleur des yeux, des cheveux ou le sexe d’un enfant », ni de faire une « chasse au handicap » notamment vis-à-vis de la trisomie.
Les chercheurs avertissent d’ailleurs sur un possible détournement du DPIA-A au service notamment d’une sélection genrée pour compenser « le déficit de naissances de filles observé » dans certains pays… D’où l’importance d’établir « un cadre bien défini », comme le défend Marine Tondelier.
• Qu’en est-il des autres pays de l’UE ?
Pour accéder au DPI-A et espérer raccourcir le parcours de PMA, des couples et des femmes sollicitent une prise en charge médicale hors de France. En Espagne, le DPI est pratiqué pour éviter les maladies chez les futurs enfants, dans le cas de maladies génétiques mais aussi d’anomalies chromosomiques ou même de fausses couches récurrentes. Il est aussi autorisé en Belgique, sous contrôle médical, à l’exclusion de certaines motivations, notamment sur le sexe de l’enfant.
Ailleurs, comme aux Etats-Unis, le diagnostic préimplantatoire est plus facile d’accès. La sélection du sexe de l’enfant dans le cadre d’une PMA est par exemple possible… De quoi laisser la place à des appréciations sélectives qui flirtent par moments clairement avec le concept d’eugénisme. Comme le rapporte Franceinfo, la start-up Nucleus Genomics défend une « optimisation génétique » et propose, sur des affiches publicitaires dans le métro New York, aux parents de choisir le « meilleur bébé ».
Marine Tondelier : enceinte et en campagne, la PMA en toile de fond
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, annonce sa grossesse en pleine campagne présidentielle. Une ironie qui soulève des questions sur la PMA et les politiques bioéthiques en France.
Dans un monde où les femmes politiques sont souvent jugées sur leur apparence et leur situation personnelle, Marine Tondelier a décidé de braver les conventions. En annonçant sa grossesse, elle ne se contente pas de célébrer un « bébé miracle », mais réintroduit dans le débat public des questions cruciales sur la procréation médicalement assistée (PMA) et les défis qu’elle implique. Tout en se préparant à affronter les critiques, elle se positionne comme une pionnière, une femme enceinte en campagne, refusant de s’excuser pour sa condition.
Ce qui se passe réellement
Marine Tondelier, après avoir partagé son parcours difficile avec la PMA, propose de réformer le cadre législatif bioéthique. Elle souhaite élargir l’accès au diagnostic préimplantatoire (DPI), permettant ainsi d’analyser les embryons avant l’insémination. « Cela permettrait d’éviter une forme d’acharnement à implanter des embryons non viables », explique-t-elle. Une idée qui, bien qu’innovante, se heurte à une législation française très stricte, héritée d’une époque où la bioéthique était synonyme de tabous.
Pourquoi cela dérange
La France, avec ses lois de bioéthique, reste en retrait par rapport à d’autres pays européens. Le DPI n’est accessible qu’aux couples présentant un risque élevé de transmettre des maladies génétiques graves. Ainsi, les femmes qui souhaitent simplement éviter des échecs de conception sont laissées pour compte. Ce paradoxe entre l’innovation souhaitée par Tondelier et la rigidité de la législation actuelle met en lumière une incohérence criante : pourquoi ne pas permettre à toutes les femmes de connaître le potentiel de leurs embryons ?
Ce que cela implique concrètement
Si la réforme proposée par Tondelier venait à être adoptée, cela pourrait transformer le paysage de la PMA en France. Moins de fausses couches, moins de grossesses multiples, et surtout, une meilleure connaissance des embryons. Mais cela soulève également des inquiétudes éthiques. La peur d’une dérive eugénique, souvent brandie par les détracteurs, reste omniprésente. La question de savoir si nous voulons vraiment savoir quel embryon a le plus de chances de réussir est un débat qui mérite d’être entendu.
Lecture satirique
Il est fascinant de constater que, dans un pays où le droit à l’avortement est encore débattu, la PMA et le DPI sont des sujets qui provoquent tant de frictions. Les promesses de progrès se heurtent à une réalité où les femmes doivent encore se battre pour des droits fondamentaux. La contradiction est flagrante : d’un côté, un discours politique qui prône l’égalité des droits, de l’autre, une législation qui semble dire « pas pour toutes ». En somme, la France est en train de jouer à un jeu de société où les règles changent selon le sexe du joueur.
Effet miroir international
À l’étranger, notamment aux États-Unis, le diagnostic préimplantatoire est plus accessible, mais il est également utilisé pour des raisons discutables, comme la sélection du sexe. Cela pose la question : voulons-nous vraiment ouvrir cette boîte de Pandore ? En regardant les dérives autoritaires et ultraconservatrices qui émergent ailleurs, il est crucial de rester vigilant. La PMA ne devrait pas devenir un outil de discrimination ou de sélection.
À quoi s’attendre
Si la tendance actuelle se poursuit, nous pourrions voir une évolution des mentalités autour de la PMA et du DPI en France. Mais cela nécessitera un combat acharné contre des idéologies qui préfèrent maintenir le statu quo. Marine Tondelier, enceinte et déterminée, pourrait bien être à l’avant-garde de ce changement, mais le chemin reste semé d’embûches.
Sources





