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« Je croyais mourir » : les récits de blessés qui racontent la violence du 17 octobre
Par Cédric Balcon-Hermand · 24 octobre 2026
Photographe grièvement blessé, bénévoles venus porter secours, jeunes manifestantes frappées, personnes évacuées dans des conditions difficiles : les témoignages recueillis après les manifestations du 17 octobre décrivent une journée dont les conséquences humaines dépassent largement les images de pillages et d’affrontements.
Ahmed était venu manifester, mais aussi photographier. Présent à Paris le 17 octobre, il a été grièvement blessé par une grenade. L’explosion lui a sectionné l’artère fémorale. Selon les informations rapportées par sa famille, il a été hospitalisé dans un état critique.
Ce jour-là, sa vie a basculé en quelques secondes.
Ses proches racontent l’angoisse de l’attente à l’hôpital, l’incertitude sur son état et la difficulté de comprendre comment un homme venu observer et documenter une manifestation a pu se retrouver entre la vie et la mort.
Sa mère veut que les circonstances de la blessure soient connues. Elle s’interroge sur l’utilisation d’une arme dont les effets peuvent être dévastateurs lorsqu’elle explose à proximité d’une personne.
Ahmed n’est pas le seul à avoir été grièvement blessé. Dans plusieurs villes, des manifestants, des observateurs et des personnes venues porter assistance aux blessés racontent avoir été frappés, gazés ou touchés par des projectiles et des grenades.
« Elles rentrent chez elles avec des blessures graves »
Les récits recueillis auprès de victimes et de leurs familles évoquent des jeunes femmes blessées à la tête par des coups de matraque, des personnes atteintes aux jambes et des manifestants dont les blessures pourraient laisser des séquelles durables.
Certains témoignages sont transmis par les parents. Des pères racontent leur colère lorsqu’ils découvrent leurs filles blessées après une manifestation. D’autres proches tentent de comprendre ce qui s’est passé, de retrouver des images et des témoins, ou de déterminer si les blessures auraient pu être évitées.
Plusieurs victimes disent avoir eu le sentiment d’être abandonnées à leur sort. Elles ne comprennent pas pourquoi elles ont été frappées alors qu’elles affirment ne pas avoir participé à des violences.
Une difficulté revient dans ces récits : certaines personnes hésitent à déposer plainte. Elles doutent de l’utilité de leur démarche et craignent de ne pas être entendues. D’autres veulent avant tout que leur histoire soit connue, même si elles ne s’attendent pas à ce qu’une procédure aboutisse.
Ces témoignages ne permettent pas de conclure automatiquement sur la responsabilité de chaque agent ou sur les circonstances précises de toutes les blessures. Ils font néanmoins apparaître une question essentielle : comment les personnes présentes à une manifestation peuvent-elles faire valoir leurs droits lorsqu’elles estiment avoir subi une violence injustifiée ?
À Toulouse, une bénévole venue soigner les blessés
À Toulouse, une intervenante bénévole chargée de porter secours aux manifestants aurait été gravement blessée au pied par une grenade alors qu’elle tentait de soigner une personne blessée.
Son histoire est particulièrement troublante. Les personnes qui assurent les premiers secours lors des rassemblements sont généralement présentes pour limiter les conséquences des blessures, apporter une assistance immédiate et aider les personnes en difficulté.
Lorsqu’une personne venue soigner les autres se retrouve elle-même gravement blessée, une question se pose sur les conditions dans lesquelles les secours peuvent intervenir : les bénévoles disposent-ils d’un espace suffisamment sûr pour travailler ? Les personnes blessées peuvent-elles être évacuées rapidement ? Les opérations de dispersion prennent-elles suffisamment en compte la présence de personnes qui ne participent pas aux affrontements ?
Ces questions ne concernent pas seulement les organisateurs de manifestations. Elles touchent aussi les autorités responsables de la sécurité publique et de l’organisation des interventions.
À Nancy, des blessés bloqués dans un sas de banque
À Nancy, des témoignages font état d’une trentaine de personnes blessées regroupées dans le sas d’une banque. Elles seraient restées dans cet espace pendant environ une heure et demie, sans pouvoir sortir pour rejoindre les secours.
Parmi elles, certaines présentaient des blessures graves, notamment des fractures ouvertes. Une personne aurait tenté de sortir pour transporter un blessé dont l’état nécessitait une prise en charge urgente. Elle aurait alors été frappée par des policiers.
Les personnes présentes décrivent une situation de grande détresse. Des blessés attendent, d’autres cherchent comment les aider, tandis que les moyens d’évacuation semblent difficiles à mobiliser.
Dans ces circonstances, chaque minute compte. Une blessure grave peut nécessiter une intervention médicale rapide, et l’impossibilité de rejoindre les secours peut aggraver les conséquences d’un traumatisme.
Les circonstances exactes de cet épisode doivent être établies à partir des témoignages, des images et des éventuels documents médicaux. Mais le récit pose déjà une question de fond : comment garantir l’accès aux soins lorsque les opérations de maintien de l’ordre rendent les déplacements difficiles ou dangereux ?
Des étudiants en médecine improvisent une évacuation
Autour d’Ahmed, les personnes présentes auraient dû improviser pour lui porter assistance. Des étudiants en médecine et des apprentis soignants, disposant de peu de matériel, auraient réussi à le transporter sur une table à roulettes provenant d’un restaurant voisin.
Cette scène donne une idée de la difficulté rencontrée par les personnes qui tentent de secourir un blessé dans un environnement dangereux.
Ceux qui se trouvent à proximité deviennent parfois les premiers intervenants, avant l’arrivée des professionnels. Ils doivent alors prendre des décisions urgentes, sans disposer nécessairement de l’équipement ou de la formation adaptés.
Leur geste a pu contribuer à sauver une vie. Il révèle aussi les limites d’une situation dans laquelle l’évacuation d’un blessé dépend de l’improvisation de personnes présentes sur place.
Les récits des soignants évoquent également la difficulté de rejoindre certaines zones de manifestation. Des médecins et des infirmiers décrivent des scènes particulièrement éprouvantes, avec des blessés jeunes, des fractures et des lésions graves.
Des victimes qui veulent être entendues
Pour plusieurs personnes blessées, raconter ce qu’elles ont vécu constitue une première étape. Elles souhaitent que leur expérience ne disparaisse pas derrière les images de vitrines brisées, de magasins pillés et d’affrontements avec les forces de l’ordre.
Leur parole doit être recueillie avec sérieux. Les témoignages peuvent être confrontés aux vidéos, aux photographies, aux documents médicaux et aux déclarations des autres personnes présentes. Ce travail est nécessaire pour établir les circonstances de chaque blessure et, le cas échéant, déterminer les responsabilités.
La présence de violences commises par certains manifestants ne suffit pas à expliquer toutes les blessures. Inversement, un récit de violence policière doit pouvoir être examiné à partir d’éléments vérifiables, sans présumer de la culpabilité d’un agent.
Le principe est simple : toute personne blessée mérite que les faits soient examinés, quelle que soit son opinion politique, sa participation à la manifestation ou la nature des événements qui l’entouraient.
Au-delà du 17 octobre, la question des responsabilités
Les blessures rapportées soulèvent des interrogations sur les conditions d’utilisation des armes de maintien de l’ordre, la protection des personnes présentes, l’accès aux secours et les mécanismes de contrôle des interventions policières.
Il appartient aux autorités compétentes d’établir les circonstances des blessures les plus graves et des décès signalés dans le contexte de cette journée. Les responsabilités éventuelles doivent être déterminées sur la base des preuves et dans le respect des procédures judiciaires.
Les personnes blessées, leurs proches et les témoins ne demandent pas tous la même chose. Certains veulent comprendre, d’autres veulent porter plainte, d’autres encore cherchent simplement à faire connaître ce qu’ils ont vécu.
Mais leurs récits convergent sur un point : une manifestation ne peut pas être réduite aux dégâts matériels ou aux affrontements visibles à l’écran. Derrière les images, il y a des personnes qui ont été hospitalisées, des familles qui ont attendu des nouvelles, des bénévoles qui ont tenté de secourir les blessés et des vies qui pourraient avoir été durablement transformées.
La gravité de ces témoignages impose de ne pas détourner le regard. Elle exige aussi de poursuivre le travail de vérification, afin que les faits soient établis et que les responsabilités, lorsqu’elles existent, puissent être reconnues.







