Maisons closes : la promesse du RN ou l’illusion d’un modèle coopératif ?
Le député Jean-Philippe Tanguy promet de réouvrir les maisons closes, mais les travailleuses du sexe ne veulent pas de sa vision. Ironie ou incohérence ?
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Il avait surpris tout le monde en promettant une loi visant à rouvrir les maisons closes. Quatre mois après sa proposition, le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a écrit à plusieurs associations et syndicats représentant les travailleuses du sexe pour les associer à sa réflexion. Dans son courrier, que 20 Minutes a pu consulter, le député d’extrême droite évoque un projet de proposition de loi visant « à réglementer l’exercice de la prostitution au sein d’établissements autorisés, sur un modèle de structures égalitaires et coopératives ».
Ce qui se passe réellement
Pour fonctionner, ces maisons closes « seraient composées exclusivement de prostituées associées entre elles, disposant chacune d’une voix et d’une part identique de capital, excluant ainsi tout lien de subordination entre associé et toute forme d’exploitation ou d’abus de domination économique ». Des revendications que portent depuis longtemps les travailleuses du sexe. Mais pas comme ça.
Dans un communiqué, le Syndicat du travail sexuel (Strass) annonce pourtant qu’il ne souhaite pas s’associer à la réflexion du député. En reprenant point par point les propositions de Jean-Philippe Tanguy, le Strass s’explique. Il refuse « l’inscription à un registre administratif obligatoire », s’oppose à « toute licence obligatoire » pour exercer et rejette l’idée d’un « agrément sanitaire » pour travailler, ainsi que « toute mesure hygiéniste ».
Plus de 40.000 personnes, dont de plus en plus de mineures, seraient en situation de prostitution en France selon les chiffres de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof).
Des craintes pour les sans papiers
Dans son courrier, le syndicat rappelle son souhait de voir la prostitution être légalisée. « Le fait de vouloir sanctionner lourdement toute forme de travail sexuel en dehors du cadre légal proposé réintroduirait une forme de criminalisation que nous avons toujours combattue ». « Dans mon monde idéal, le terme de prostitution disparaîtrait de la loi », nous confiait en décembre Mia, une travailleuse du sexe. La profession craint également que les personnes sans papiers soient exclues de ces bordels autogérés. Elle encourage à s’inspirer du modèle belge. En décembre 2024, la Belgique était devenue le premier pays au monde à proposer un cadre social et salarial aux prostituées et prostitués.
Notre dossier sur la prostitution
En France, une personne qui se prostitue ne peut pas être punie par la loi. « En revanche, les clients de prostitués et les proxénètes peuvent être sanctionnés. Il en est de même du gérant d’un lieu dans lequel des personnes se prostituent », rappelle l’État.
Pourquoi cela dérange
Le projet de Tanguy, bien qu’enveloppé dans un vernis de « structures égalitaires », semble surtout une tentative de réintroduction d’un cadre légal qui pourrait renforcer la stigmatisation et la criminalisation des travailleuses du sexe. En effet, comment peut-on parler d’égalité tout en imposant des contrôles administratifs et des licences ?
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette proposition pourraient être désastreuses pour les travailleuses du sexe, qui risquent de se retrouver encore plus marginalisées et vulnérables. La peur de la répression pourrait les pousser à travailler dans l’illégalité, augmentant ainsi les risques d’exploitation.
Lecture satirique
Ah, le Rassemblement national, ce champion des droits des travailleurs ! Qui aurait cru qu’ils se transformeraient en défenseurs des prostituées ? Mais attention, pas n’importe comment : avec un bon vieux registre administratif et des licences à la clé. Quelle belle ironie ! On pourrait presque croire qu’ils ont pris des notes sur la façon de gérer les droits des travailleurs… en se basant sur les pires pratiques autoritaires.
Effet miroir international
En regardant au-delà des frontières, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec des politiques autoritaires qui, sous couvert de protection, imposent des régulations qui étouffent la liberté individuelle. Les États-Unis, avec leurs lois sur la prostitution, ou la Russie, avec ses dérives autoritaires, montrent que le contrôle ne mène jamais à l’émancipation.
À quoi s’attendre
Si cette proposition de loi venait à passer, nous pourrions assister à une nouvelle ère de criminalisation du travail sexuel, où les travailleuses du sexe seraient prises au piège entre la légalité et l’illégalité, tout en continuant à subir les conséquences des politiques ultraconservatrices.



