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L’interdiction des téléphones portables dans les lycées est une des priorités du président Emmanuel Macron pour la fin de son deuxième quinquennat. Alors que le Sénat a voté en faveur de cette mesure le 31 mars dernier, elle pourrait s’inscrire prochainement dans la loi française. Projet réaliste ou difficilement applicable ? Nous avons interrogé un expert sur le sujet.
Le 31 mars dernier, les sénateurs ont approuvé une nouvelle mesure : l’interdiction des téléphones portables dans les lycées, lors de l’examen de la proposition de loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Introduite par un amendement de la sénatrice Agnès Evren (LR), cette mesure figure parmi les priorités du président de la République Emmanuel Macron pour son deuxième quinquennat.
Déjà en vigueur dans les écoles et généralisée dans tous les collèges depuis septembre 2025, l’interdiction du téléphone portable chez les plus jeunes interroge les syndicats, les enseignants, mais également les chercheurs, notamment sur son application concrète au quotidien. Jean-François Cerisier, professeur de sciences de l’information et de la communication au sein de l’Université de Poitiers et spécialiste sur le sujet, a répondu à nos questions.
Au sujet de la réglementation de l’accès au téléphone et aux réseaux sociaux chez les plus jeunes, la dangerosité des risques liés à ces outils « est bien mieux connue » que leurs bienfaits, souligne le chercheur. « Les dangers, on les connaît : l’exposition à la pornographie, l’exposition à la violence, la radicalisation politique, le cyberharcèlement ou encore les excès de la sédentarité excessive. » A contrario, les pratiques numériques à caractère « informatives, distractives et culturelles » demeurent peu connues du grand public, notamment chez les parents. « Elles sont assez mal connues des adultes, qui ont une petite tendance à projeter sur les adolescents des usages qu’ils aimeraient qu’eux pratiquent plus. Il y a beaucoup de pratiques informelles numériques des jeunes, des adolescents en particulier, qui sont très utiles à leurs apprentissages scolaires, à leurs réussites scolaires, mais qui ne sont pas vraiment considérées par l’institution scolaire. »
Interdire n’est pas suffisant, quand bien même l’interdiction serait applicable.
Jean-François CerisierEnseignant-chercheur à l’Université de Poitiers
Au début du premier mandat d’Emmanuel Macron, une loi adoptée en 2018 a interdit l’usage des téléphones portables dans les écoles et les collèges. Cette mesure, aujourd’hui envisagée pour les lycéens, repose sur un principe d’interdiction stricte. Or, selon Jean-François Cerisier, interdire n’est peut-être pas la bonne solution. « La recherche montre qu’interdire ne suffit pas à protéger les jeunes, et qu’interdire peut même être contre-productif dans la protection des jeunes. Il ne suffit pas de disposer d’une loi d’interdiction pour qu’elle soit appliquée. Il va être très difficile de demander aux lycéens, parfois majeurs, d’arrêter d’utiliser leur smartphone. Cela ne veut pas dire que ces mesures d’interdiction soient néfastes ou négatives, mais qu’elles sont très difficiles à appliquer et que, seules, elles n’ont aucune chance d’atteindre l’objectif de protection de cette jeunesse face au danger du numérique. »
D’autres pays européens ont déjà pris le pas : d’après une vidéo diffusée sur TikTok sur le compte de son Premier ministre, la Grèce va interdire à partir du 1er janvier 2027 l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans. Il précise par ailleurs, que la législation sera votée cet été. Le professeur et chercheur reste cependant dubitatif sur l’abrogation d’une telle loi : « Tout dépend de la forme que prendra très précisément la loi. Par exemple, le fait d’interdire certains réseaux sociaux et d’en autoriser d’autres est une question posée aux juristes puisqu’elle soulève le problème de la distorsion de la concurrence. Rien ne dit que ce sera possible en France et rien ne dit non plus que ce sera vraiment possible en Grèce. D’autres pays ont pris ce même genre de mesure il y a quelques mois comme l’Australie : interdire n’est pas suffisant, quand bien même l’interdiction serait applicable. Il faut différentes mesures qui concourent à ce que les pratiques des jeunes soient émancipatrices et « vertueuses » et non pas aliénantes et un peu dangereuses.«
Le 16 janvier 2024, le président de la République annonce la création d’une commission dite « des écrans » face aux inquiétudes liées aux usages des réseaux sociaux et des intelligences artificielles chez les plus jeunes. Dans son article publié sur le site sur The Conversation du 23 mars dernier, Jean-François Cerisier rappelle qu’une seule des 29 propositions de ladite commission a été retenue par l’exécutif. Selon lui, cette mesure s’inscrit « dans la logique de ce qui a été fait depuis 2018 par les gouvernements successifs du même président de la République. Dès sa campagne présidentielle de 2017, il avait annoncé qu’il agirait en interdisant les smartphones au collège et puis tout ça continue avec, aujourd’hui, le lycée. Pourquoi est-ce que les mesures d’interdiction prévalent aujourd’hui ? Car c’est la mesure la plus simple, c’est ce qui rassure, en particulier les familles qui sont un peu perdues à la maison et qui ne savent pas comment appréhender cette question du numérique et ce qu’on appelle, aujourd’hui, la parentalité numérique. Donc interdire, c’est facile et c’est rassurant. Mais ça ne marche pas. »
Pour limiter l’impact négatif des téléphones, des smartphones et des réseaux sur les mineurs, Jean-François Cerisier parle d’éducation numérique. « Le système éducatif endosse une responsabilité majeure. Pour qu’elle assume cette responsabilité, l’école doit être finalement organisée pour, c’est-à-dire en avoir la consigne, en avoir les moyens. Il faudrait que ce soit l’État qui accompagne l’école dans cette éducation numérique. »
Le professeur de sciences de l’information et de la communication va même plus loin en abordant cette idée d’éducation numérique. Il estime que si l’enjeu est crucial comme tous les politiques le disent, il faut donner alors à l’éducation, scolaire comme parentale, une « place qui lui revient » de droit. « Ce qui est nécessaire, c’est la formation des enseignants. Il faut que cette éducation numérique puisse se réaliser avec des enseignants dont c’est leur mission. Ce n’est pas marginal, mais ce n’est pas au cœur des programmes. Ça ne se trouve pas à une place comme le français, les mathématiques, l’histoire, la géographie, etc. L’éducation numérique doit avoir une place dans les programmes, dans les directives pédagogiques, dans la formation initiale et continue des enseignants et dans les moyens financiers que nécessitent ce type d’enseignement et d’apprentissage. »
Si le Sénat se montre favorable au principe d’une restriction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, les sénateurs ont néanmoins adopté une approche plus ciblée. Le texte prévoit d’interdire uniquement les plateformes susceptibles de « nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral » des mineurs, avec l’idée d’établir une forme de « liste noire » des réseaux les plus à risque. Toutefois, cette proposition soulève des difficultés. Jean-François Cerisier juge sa mise en œuvre irréaliste. « Interdire sélectivement les réseaux sociaux pose une question : qu’est-ce qui différencie ceux qui seraient autorisés et ceux qui seraient interdits ? C’est assez difficile d’établir cette différence. On peut penser que les différences porteraient sur le comportement des opérateurs de ces réseaux. Mais là encore, est-ce qu’ils ont mis en place une modération suffisante ? Est-ce qu’ils ont mis en place des mesures d’âge effectives ? Est-ce que leurs algorithmes sont favorables à un usage intéressant et pas aliénant ?« , s’interroge l’enseignant-chercheur.
Lycées : Macron et l’obsession des portables, une mesure qui fait débat
L’interdiction des téléphones portables dans les lycées, une promesse présidentielle qui pourrait bien se heurter à la réalité du terrain.
Le 31 mars dernier, le Sénat a voté en faveur de l’interdiction des téléphones portables dans les lycées, une mesure portée par la sénatrice Agnès Evren (LR) et mise en avant par Emmanuel Macron pour son deuxième quinquennat. Alors que cette initiative semble séduisante sur le papier, la question de son application soulève de nombreuses interrogations.
Ce qui se passe réellement
Déjà en vigueur dans les écoles et les collèges depuis septembre 2025, l’interdiction du portable chez les plus jeunes suscite des doutes parmi les syndicats, les enseignants et les chercheurs. Jean-François Cerisier, professeur à l’Université de Poitiers, souligne que les dangers liés à ces outils sont bien connus, mais que leurs bienfaits le sont beaucoup moins. « Interdire n’est pas suffisant », affirme-t-il, pointant du doigt l’inefficacité de telles mesures.
Pourquoi cela dérange
Cette mesure, bien qu’elle vise à protéger les jeunes, semble plus être une solution de facilité qu’une véritable réponse aux enjeux du numérique. En effet, interdire les portables ne fait que masquer une problématique plus profonde : l’éducation numérique. Les adolescents, souvent perçus comme des consommateurs passifs, utilisent en réalité ces outils pour enrichir leurs apprentissages. En interdisant, l’État semble ignorer cette réalité.
Ce que cela implique concrètement
Si cette loi venait à être appliquée, les conséquences seraient multiples. D’une part, elle pourrait créer un climat de défiance entre les élèves et l’administration. D’autre part, elle risque de ne pas atteindre son objectif de protection, car les jeunes, souvent majeurs, ne se plieront pas facilement à une interdiction.
Lecture satirique
On pourrait presque rire de cette situation si elle n’était pas si tragique. Emmanuel Macron, en prônant l’interdiction des portables, semble jouer à l’apprenti sorcier, brandissant une baguette législative pour conjurer les dangers du numérique. Mais au lieu de cela, il ne fait que renforcer l’idée que la solution la plus simple est souvent la moins efficace. Comme si interdire était un acte de bravoure politique, alors que cela ne fait que masquer une incompétence à gérer les véritables enjeux de l’éducation numérique.
Effet miroir international
La Grèce, par exemple, prévoit d’interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Une mesure qui, comme celle de Macron, soulève des questions sur son applicabilité. Les politiques autoritaires, qu’elles soient en Europe ou ailleurs, semblent toutes se heurter au même mur : la réalité du terrain. Interdire sans éduquer, c’est comme construire un mur sans fondations.
À quoi s’attendre
Si cette loi est adoptée, il est fort probable qu’elle soit rapidement contournée par les élèves, qui trouveront des moyens de contourner cette interdiction. Au lieu de protéger, elle pourrait créer un climat de rébellion et d’incompréhension entre les générations.
Sources
Source : france3-regions.franceinfo.fr





