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L’UDC de Marcel Dettling progresse… mais aux dépens de qui?Image: keystone (montage watson)
Analyse
A un an et demi des élections fédérales de 2027, l’UDC enchaîne les succès cantonaux et confirme sa dynamique nationale. Porté par une base fidèle et des thèmes mobilisateurs, le parti pourrait-il franchir la barre symbolique des 30%? Analyse avec le politologue Pascal Sciarini.
11.04.2026, 20:3511.04.2026, 20:35
A un an et demi des prochaines élections fédérales, le premier parti de Suisse est en forme éclatante. L’Union démocratique du centre (UDC) multiplie les succès dans les parlements cantonaux. Dernier exemple en date, fin mars, à Berne, où il a progressé de 3,5% et mène la danse à plus de 19% des voix.
Le parti national-conservateur n’a jamais passé la barre des 30% aux élections fédérales. La voie est-elle ouverte pour celles de 2027? On en discute avec Pascal Sciarini, professeur de sciences politique à l’Université de Genève.
Pascal Sciarini.Image: KEYSTONE
A Berne, l’UDC a fait un carton. Ce fut aussi le cas dans plusieurs élections cantonales ces dernières années, comme en Argovie ou à Soleure. Ce parti a-t-il la cote?
Le phénomène n’est pas nouveau et il est cyclique: les élections cantonales qui suivent les fédérales voient les mêmes tendances se dessiner dans les cantons qu’au niveau national. En 2023, l’UDC a fait son deuxième meilleur score, à 27,9%, et la tendance se poursuit désormais dans les cantons, où il a progressé dans quasiment tous les parlements cantonaux. D’ailleurs, ce n’est pas le seul parti à subir cette tendance. Regardez les Verts: après leur bon score national en 2019, ils ont progressé dans les cantons jusqu’en 2022. Le vent a ensuite tourné pour eux.
L’UDC pourrait-elle passer la barre des 30% aux prochaines élections fédérales?
Il reste encore un an et demi avant que les citoyens soient appelés aux urnes. On verra si le parti continue de progresser. Dans les parlements cantonaux, il a atteint son pic d’élus en 2016, après son meilleur score aux élections fédérales de 2015, où il était à 29,4%.
«Ses succès récents ne l’ont encore donc pas encore amené à un niveau inédit»
Mais si la tendance actuelle se poursuit, oui, il pourrait dépasser les 30% en 2027. Il faut noter qu’en 2019, son moins bon score était surtout dû à une moindre mobilisation de son électorat.
Quels sont les points forts de ce parti?
L’UDC peut compter une base électorale fidèle et les gens qui ont voté pour lui à une élection tendent à le soutenir à nouveau à la suivante. C’est un parti qui mobilise généralement bien, notamment via ses thèmes de campagne et sa visibilité. On va encore beaucoup parler de l’UDC cette année avec son initiative «Pas de Suisse à 10 millions» sur laquelle nous voterons en juin, puis son rôle dans les discussions sur les Bilatérales III. Cela lui donnera un avantage pour les élections de 2027, à moins qu’un thème moins favorable pour eux se profile sur l’agenda politique, comme ce fut le cas avec le climat en 2019.
«Mais difficile de savoir comment l’actualité peut tourner d’ici à l’année prochaine»
A Berne, l’UDC semble avoir siphonné les voix du PLR et du Centre. Cette tendance va-t-elle se poursuivre?
S’il doit «voler» des voix, cela se fera au détriment des partis les plus proches idéologiquement. Le PLR d’abord, puis le Centre et plus marginalement les Vert’libéraux.
«L’UDC a fait des progrès spectaculaires en se démarquant de ses concurrents grâce à sa ligne dure»
Notemment en matière d’immigration, de sécurité ou d’intégration européenne.
La stratégie du Centre de viser des électeurs moins conservateurs et plus urbains, est-elle en train de se retourner contre lui?
Ce qui est compliqué avec les partis de droite modérée, c’est que leur frange la plus conservatrice à tendance à lorgner sur l’UDC. Et les solutions à ce problème ont du mal à fonctionner. Le PLR a tenté de muscler son discours sur l’immigration durant la présidence de Thierry Burkart et a perdu des voix, car on préfère toujours l’original à la copie. Il n’y a pas de stratégie facile pour ces partis, mais celle consistant à se rapprocher de l’UDC n’est pas la bonne.
«Et on voit avec le Centre, désormais, que le recentrage ne donne pas forcément des gains de voix»
Que devraient-ils faire?
La solution pour ces partis, c’est de se positionner sur des enjeux où ils ont une valeur ajoutée et qui les distingue des autres, sur leurs thématiques de prédilection. Regardez le Parti socialiste: ils ont mis le paquet sur les questions d’assurance-maladie, de loyers et de coûts de la vie, et ils progressent aux détriments des Verts. A droite, le PLR est mis à mal avec ses positions ambigües sur l’Union européenne et ce n’est pas bon pour son électorat.
«En cas de doute, celui-ci préfère s’abstenir ou voter sur un parti avec une position claire. Dans ce cas-là, pour les sceptiques, c’est l’UDC»
Et le Centre?
Il est tiraillé entre son aile catholique conservatrice, qu’on trouve par exemple en Valais, et son aile plus proche des Vert’libéraux, comme c’est le cas à Genève.
«L’avantage du Centre, c’est qu’ils tiennent leurs fiefs»
On l’a vu avec le vote sur l’imposition individuelle, notamment en Haut-Valais et en Suisse centrale. Là-bas, les petits cantons conservateurs ont un poids réel. On va aussi en entendre parler sur la question de la double-majorité voulue pour la ratification des Bilatérales III. Dans ces régions rurales, la loyauté au Centre demeure plus élevée.
«Mais on voit aussi que le clivage ville-campagne se renforce, ce qui pourrait favoriser l’UDC, qui représente le plus les campagnes au niveau national»
Le Centre avait pourtant réussi à stabiliser son score aux dernières fédérales, non?
Il faut garder à l’esprit que Le Centre est issu de la fusion du PDC (Parti démocrate-chrétien) et du PBD (Parti bourgeois-démocratique). Son relatif bon score en 2023 et surtout mécaniquement dû à cette fusion. Mais son score actuel dans les parlements cantonaux est en-deça de ce que faisaient les deux partis avant. La formation n’a pas encore trouvé le créneau ou la thématique qui lui permette de se démarquer. Et c’est essentiel pour survivre politiquement.
«D’ici-là, il risque de perdre des plumes au profit de l’UDC»
L’UDC : La Montée d’un Monstre Politique
L’UDC, en pleine ascension, semble séduire les électeurs… mais à quel prix pour la démocratie suisse ?
À un an et demi des élections fédérales de 2027, l’Union démocratique du centre (UDC) fait des vagues. Avec des succès cantonaux à la pelle, le parti national-conservateur pourrait-il enfin franchir la barre symbolique des 30% ? La question mérite d’être posée, surtout quand on sait que cette dynamique s’accompagne de thèmes mobilisateurs qui, disons-le, ne sont pas toujours en phase avec les valeurs démocratiques que nous chérissons.
Ce qui se passe réellement
A Berne, l’UDC a fait un carton, progressant de 3,5% pour atteindre plus de 19% des voix. Ce n’est pas un fait isolé : le parti a connu un succès similaire dans plusieurs cantons, comme en Argovie et à Soleure. En 2023, il a réalisé son deuxième meilleur score avec 27,9%. Mais attention, ce n’est pas la première fois que l’UDC brille avant une élection fédérale. En 2015, il avait atteint 29,4% avant de redescendre. La question est donc : cette fois-ci, la tendance se maintiendra-t-elle ?
Pourquoi cela dérange
Ce qui est inquiétant, c’est que l’UDC semble siphonner les voix du PLR et du Centre, des partis qui, en théorie, devraient défendre des valeurs plus modérées. En se concentrant sur des thèmes comme l’immigration et la sécurité, l’UDC a su se démarquer de ses concurrents. Mais à quel prix ? En jouant sur les peurs et les frustrations, le parti ne fait-il pas que renforcer un climat de division et de méfiance au sein de la société ?
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont déjà visibles : une polarisation accrue du débat public, où les voix modérées sont étouffées par un discours de plus en plus radical. Les électeurs, en quête de clarté, se tournent vers l’UDC, qui, avec sa ligne dure, semble offrir des réponses simples à des questions complexes. Mais cette simplicité est trompeuse et pourrait mener à des décisions politiques désastreuses.
Lecture satirique
Ah, l’UDC ! Ce parti qui, tout en prônant la souveraineté nationale, ne se gêne pas pour siphonner les voix de ceux qui ont du mal à se positionner. C’est un peu comme si un voleur se plaignait de la hausse de la criminalité. Et que dire de leur initiative « Pas de Suisse à 10 millions » ? Une belle promesse qui, en réalité, ne fait que masquer une vision étriquée de la société. Qui aurait cru qu’un parti qui se dit « démocratique » puisse avoir une telle aversion pour la diversité ?
Effet miroir international
En regardant au-delà des frontières, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec des politiques autoritaires qui, elles aussi, exploitent les peurs pour asseoir leur pouvoir. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, la stratégie est la même : diviser pour mieux régner. L’UDC, en s’inspirant de ces modèles, ne fait que renforcer l’idée que la démocratie est en danger, même en Suisse.
À quoi s’attendre
Si la tendance actuelle se poursuit, l’UDC pourrait bien dépasser les 30% en 2027. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que chaque voix donnée à ce parti est une voix contre une vision pluraliste de la société. Les partis modérés doivent se réveiller et proposer des alternatives crédibles, sinon ils risquent de disparaître dans le brouhaha d’un discours populiste qui ne fait que flatter les bas instincts.



