Livraison de repas : un plat froid servi à la française
Malgré une présence omniprésente dans les rues et les médias, la livraison de repas à domicile peine à s’imposer, représentant seulement 12 % du marché de la restauration en France.
Table Of Content
La livraison de repas à domicile, mise en avant dans des films comme L’histoire de Souleymane (de Boris Lojkine, 2024), semble être le rêve d’un futur où l’on pourrait se faire servir des plats gastronomiques sans bouger de son canapé. Pourtant, ce rêve est bien loin de la réalité, car ce secteur ne progresse qu’à pas de tortue depuis son arrivée en France en 2015, avec une part de marché qui stagne à 12 % et une croissance d’à peine 1 à 2 points par an. Les géants Uber Eats et Deliveroo, qui se disputent le marché, semblent avoir du mal à convaincre les Français de délaisser leurs restaurants préférés.
Ce qui se passe réellement
Bernard Boutboul, fondateur de Gira, un cabinet de conseil en restauration, explique que la situation est à la fois culturelle et générationnelle. Les Français, avec leur amour inconditionnel pour la gastronomie, préfèrent encore se rendre au restaurant. En comparaison, les Américains et les Britanniques ont intégré la livraison dans leur quotidien, représentant respectivement 35 % et 25 % du marché de la restauration. En France, aller au restaurant est un luxe réservé aux plus de 35 ans, tandis que la Gen Z, plus adepte de la livraison, se demande si elle continuera à le faire une fois sur le marché du travail.
Un marché résilient
Les récentes amendes infligées à Deliveroo pour travail dissimulé et les enquêtes sur les conditions de travail des livreurs pourraient refroidir les consommateurs. Pourtant, la livraison de repas à domicile reste étonnamment stable en période de crise. Comme le souligne Florence Berger de FoodService Vision, « les gens continuent à vouloir se faire plaisir, mais chez eux ». Cela dit, les habitudes des consommateurs ont évolué, et il est désormais rare de se faire livrer un plat d’un restaurant situé à 500 mètres.
En attente d’acteurs économiques majeurs
Le marché de la livraison de repas à domicile aurait atteint une « certaine maturité », selon Boutboul. Mais il manque un élément crucial : des acteurs économiques adaptés à l’ensemble du territoire. Actuellement, 88 % des utilisateurs réguliers de ces plateformes vivent dans les six plus grandes villes françaises, dont 70 % à Paris. Les acteurs locaux tentent de s’implanter, mais l’arrivée d’Amazon pourrait bouleverser la donne. Si le géant du e-commerce décide de s’équiper d’entrepôts réfrigérés pour livrer n’importe quel plat en quelques heures, alors la livraison pourrait devenir le nouveau mode de restauration.
Pourquoi cela dérange
Cette stagnation du marché de la livraison soulève des questions sur la capacité des entreprises à s’adapter aux besoins des consommateurs. Les promesses de croissance et d’innovation semblent se heurter à la réalité d’un marché qui ne décolle pas. Les discours politiques vantant la modernité et l’innovation sont en décalage avec une réalité où les Français continuent de privilégier l’expérience du restaurant.
Ce que cela implique concrètement
La situation actuelle implique que les acteurs de la restauration doivent repenser leur modèle économique. Avec une clientèle qui évolue et des attentes qui changent, il est impératif de s’adapter pour ne pas se retrouver à la traîne. Les consommateurs, de plus en plus conscients des enjeux sociaux et environnementaux, pourraient également se détourner de ces plateformes si les conditions de travail des livreurs ne s’améliorent pas.
Lecture satirique
Il est ironique de constater que, dans un pays où la gastronomie est presque une religion, la livraison de repas à domicile peine à séduire. Les discours politiques promettant une modernisation rapide de la restauration semblent se heurter à une réalité bien plus complexe. Les promesses de croissance et d’innovation sont souvent suivies d’une réalité où les Français préfèrent encore se rendre au restaurant, même si cela signifie braver la pluie et le froid.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, la situation en France fait écho aux dérives autoritaires et aux discours déconnectés de la réalité que l’on observe dans d’autres pays. Les promesses de prospérité et de modernité sont souvent accompagnées d’une précarisation des travailleurs, qu’ils soient livreurs à Paris ou ouvriers dans d’autres secteurs. La question de l’équité et des conditions de travail reste au cœur des préoccupations, tant en France qu’ailleurs.
À quoi s’attendre
À l’avenir, il est probable que le marché de la livraison de repas à domicile continuera d’évoluer, mais à un rythme lent. Les acteurs devront s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs, tout en veillant à améliorer les conditions de travail des livreurs. La question demeure : la livraison deviendra-t-elle un mode de restauration dominant, ou restera-t-elle un service de niche pour les citadins pressés ?


