Dangou, quartier de Rufisque en banlieue de Dakar, est paré de ses couleurs. Le rouge vif, signe distinctif de l’Association sportive et culturelle Lebougui, équipe de football de la localité, se marie parfaitement aux couleurs nationales sénégalaises. Des étoffes de tissus verts, jaunes et rouges sont accrochés en hauteur dans les ruelles. “Ce sont les décorations du titre de la CAN”, lance un habitant du quartier, qui se remémore des célébrations grandioses après la victoire du Sénégal sur le terrain, le 18 janvier, lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations.  

Mais ici, cette date est à la fois synonyme de joie et de tristesse. Des dizaines de membres du groupe de supporters de l’ASC Lebougui étaient du voyage pour Tanger et Rabat pour encourager les partenaires de Sadio Mané dans les stades marocains. De ce voyage, quatre d’entre eux ne sont pas revenus. Ils sont détenus depuis près de trois mois dans les prisons de Rabat après leurs arrestations lors des échauffourées qui ont émaillées la finale de la CAN entre supporters sénégalais et stadiers marocains.

Détention “arbitraire”

Mamadou Diagne, jeune carreleur de 25 ans, en fait partie. Il a été condamné à un an de prison lors du procès en première instance le 19 février à Rabat. Dans sa maison familiale, ses proches sont toujours dans l’incompréhension. Sa mère et sa grand-mère sont assises sur le lit d’une chambre dont la porte donne sur le patio. La tristesse se lit sur leur visage dès qu’on aborde la détention de Mamadou. Elles disent prier chaque jour pour sa libération.   

Assane, son oncle, quant à lui ne cache pas sa colère. “Le jour où on a annoncé la condamnation de Mamadou, c’était durant le ramadan, au moment de la rupture du jeûne”, raconte-t-il. “Dans la maison tout le monde avait perdu l’appétit. On pensait que c’était une petite histoire et qu’on allait les libérer au bout de 24 ou 48 heures. Mais là on est à bientôt trois mois. C’est dur, très dur. C’est une injustice. Leur détention au Maroc est arbitraire”, lance-t-il.

Assane Ndiaye, oncle de Mamadou Diagne arrêté depuis le 18 janvier au Maroc.
Assane Ndiaye, oncle de Mamadou Diagne arrêté depuis le 18 janvier au Maroc. © Elimane Ndao

L’avocat des supporters, Me Patrick Kabou, qui suit le dossier depuis le début, a plusieurs fois dénoncé des violations des droits de la défense. Il souligne que les prévenus, qui s’expriment principalement en wolof, n’ont pas bénéficié d’un interprète durant l’enquête préliminaire ni devant le procureur du roi. Selon lui, ils ont enfin compris les charges pesant contre eux lors d’une audience le 12 février, quatre semaines après leur détention. L’avocat a également déploré le fait de ne pas avoir été notifié de la procédure ni des faits précis reprochés à ses clients en temps voulu.

Assane dit ne pas avoir perdu le contact avec son neveu. “De temps en temps, il nous appelle par téléphone”, informe-t-il. “Mais il lui faut débourser 3,5 euros par minute pour pouvoir nous joindre. C’est très dur pour lui. Ces tarifs sont chers et excessifs. Il nous a décrit des conditions de détention difficiles”, poursuit-il.

Solidarité communautaire

Babacar Mbengue, le trésorier général de l’ASC Lebougui, nous montre les dessins et écritures en graffiti inscrites sur les devantures des maisons du quartier de Dangou. “Le lion rouge”, titre de l’hymne du Sénégal et maître-mot de Lebougui, est écrit en majuscule sur la façade d’une maison comme pour rappeler que, ici, c’est le fief de l’un des plus grands groupes de supporters des Lions de la Teranga.

“Depuis leur arrestation, l’ASC Lebougui s’est mobilisé”, affirme Babacar. “On a mis en place une cagnotte pour soutenir leur familles parce qu’ils étaient tous des soutiens de leur famille, elles en avait besoin. Tout le quartier s’est mobilisé. On a organisé une marche pacifique à Dakar pour réclamer leur libération. On continue d’occuper les plateaux télé pour maintenir la pression et pour qu’on ne les oublie pas”, poursuit-il.  

Babacar Mbengue, trésorier général de l'ASC Lebougui.
Babacar Mbengue, trésorier général de l’ASC Lebougui. © Elimane Ndao

La libération des supporters sénégalais est devenue une demande populaire. Le 31 mars, lors d’un match amical face à la Gambie à Dakar, le public a scandé en chœur, au stade Me Abdoulaye Wade, un chant à leur hommage. “Liberté 18”, pouvait-on lire sur le corps de 8 supporters, membres de l’autre groupe emblématique de la sélection sénégalaise, le 12e Gainde, pionnier parmi ceux qui accompagnent les Lions du Sénégal.  

Le sort des 18 supporters a même été évoqué par Patrice Motsepe, le président de la Confédération africaine de football, mercredi, à Dakar. Ce dossier « tient particulièrement à cœur » la CAF, a-t-il laissé entendre en mettant en exergue le fait qu’ils ont été arrêtés lors d’une compétition organisée par l’association qu’il dirige. Motsepe estime que “ce sont des discussions au niveau diplomatique” qu’il faudra “pour résoudre ce problème”.


 

 

La diplomatie est cependant suspendue à la décision de la cour d’appel de Rabat. En effet, ce n’est qu’après une condamnation définitive que des actions pourraient être intentées au plus haut niveau. Dakar a mis sur la table plusieurs pistes parmi lesquelles une potentielle grâce du roi Mohamed VI ou encore l’activation d’un accord entre les deux pays permettant le transfèrement mutuel de condamnés, pour leur permettre de purger leur peine au Sénégal.

Libération des supporters sénégalais : entre promesses et réalité, le grand écart

Des supporters célébrant une victoire se retrouvent derrière les barreaux. Une situation qui soulève des questions sur la justice et la diplomatie.

Dans le quartier de Dangou à Rufisque, la fête bat son plein. Les couleurs vives de l’Association sportive et culturelle Lebougui flottent dans les ruelles, rappelant la victoire du Sénégal à la CAN. Mais derrière cette joie apparente, une ombre plane : quatre supporters, partis encourager leur équipe, sont retenus prisonniers au Maroc depuis près de trois mois. Un paradoxe qui ferait rire si ce n’était si tragique.

Ce qui se passe réellement

Le 18 janvier, la finale de la Coupe d’Afrique des nations a vu le Sénégal triompher. Mais pour certains, la joie s’est rapidement transformée en cauchemar. Mamadou Diagne, 25 ans, fait partie des supporters condamnés à un an de prison pour des échauffourées. Sa famille, désemparée, attend une justice qui semble aussi lointaine que le Maroc lui-même. “On pensait que c’était une petite histoire”, s’insurge Assane, son oncle. “Mais là, on est à bientôt trois mois. C’est une injustice.”

Assane Ndiaye, oncle de Mamadou Diagne arrêté depuis le 18 janvier au Maroc.
Assane Ndiaye, oncle de Mamadou Diagne arrêté depuis le 18 janvier au Maroc. © Elimane Ndao

Les violations des droits de la défense sont dénoncées par l’avocat des supporters, Me Patrick Kabou. Les prévenus, parlant principalement wolof, n’ont pas eu accès à un interprète, ce qui soulève des questions sur la légitimité de leur procès. “Ils ont enfin compris les charges pesant contre eux… quatre semaines après leur détention”, déplore l’avocat. Une situation qui rappelle les dérives autoritaires où la justice semble être un concept flou, réservé à ceux qui maîtrisent la langue du pouvoir.

Pourquoi cela dérange

La détention de ces supporters n’est pas seulement une affaire de justice, mais un reflet des incohérences d’un système qui prône la liberté tout en emprisonnant ceux qui osent exprimer leur passion. Les promesses de justice et de protection des droits humains se heurtent à la réalité d’un traitement arbitraire. La colère gronde dans les quartiers, mais les autorités semblent sourdes aux appels à la libération.

Ce que cela implique concrètement

La mobilisation de la communauté est palpable. Des marches pacifiques et des collectes de fonds sont organisées pour soutenir les familles des détenus. “On continue d’occuper les plateaux télé pour maintenir la pression”, affirme Babacar Mbengue, trésorier général de l’ASC Lebougui. Mais ces efforts suffiront-ils à faire plier un système qui semble plus préoccupé par son image que par la justice ?

Lecture satirique

Dans un monde où les discours politiques sont souvent déconnectés de la réalité, la situation des supporters sénégalais est un parfait exemple de l’absurdité de certaines promesses. Les autorités parlent de justice, mais la réalité est que des jeunes sont enfermés pour avoir voulu soutenir leur équipe. Une belle ironie, n’est-ce pas ?

Effet miroir international

Ce scénario n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires d’autres pays, où la répression des voix dissidentes est monnaie courante. Les États-Unis, la Russie, et bien d’autres, ont leurs propres histoires de détention arbitraire. La question se pose : à quel point les gouvernements sont-ils prêts à sacrifier la liberté d’expression au nom de l’ordre ?

À quoi s’attendre

La diplomatie est suspendue à la décision de la cour d’appel de Rabat. Les discussions sur une grâce royale ou un accord de transfèrement semblent être les seules lueurs d’espoir. Mais tant que les promesses ne se traduisent pas en actes, la situation des supporters sénégalais restera un symbole d’injustice.

Sources

Source : www.france24.com

Au Sénégal, la longue attente des familles des supporters sénégalais détenus au Maroc
Visuel — Source : www.france24.com
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