Des usages déjà installés, une gouvernance encore fragmentée
Rédaction de documents, synthèse d’informations, reformulation de courriers ou recherche dans des textes réglementaires : les assistants génératifs s’intègrent aux tâches quotidiennes de certains agents. Leur diffusion a toutefois devancé la mise en place de règles communes, selon la note signée par Amandine Clavaud.
Un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances, de l’Inspection générale de l’administration et de l’Inspection générale des affaires sociales, publié en 2026, souligne que les expérimentations se multiplient sans former encore un déploiement cohérent. Près de 40 % des agents utiliseraient des outils non autorisés par leur administration, une pratique désignée sous le terme de « shadow IA ».
La note estime qu’une interdiction générale ne répondrait pas aux besoins qui conduisent les agents à expérimenter. Elle préconise plutôt des outils sécurisés, des règles compréhensibles et des formations. L’enjeu est notamment de protéger les données et de maintenir la capacité des administrations à expliquer comment une réponse a été produite et contrôlée.
Plusieurs initiatives illustrent l’extension de ces usages. En juillet 2025, l’État a retenu une centaine de solutions génératives parmi plus de 430 candidatures à l’appel à manifestation d’intérêt « Solutions d’IA pour le public ». Le 17 novembre suivant, la Direction interministérielle du numérique a lancé avec Mistral AI une expérimentation d’assistant auprès de 10 000 agents de huit ministères.
En juin 2026, le gouvernement a également présenté le plan « Notre IA », consacré au déploiement de ces technologies dans les services publics. Il prévoit notamment des assistants pour les agents, de nouveaux services aux usagers et un renforcement des capacités de l’État en matière d’outils souverains. La note considère toutefois que les annonces et les cas d’usage ne suffisent pas à définir les objectifs de long terme ni la façon d’en mer les effets.
Les agents et les usagers au cœur des arbitrages
Les gains possibles ne sont pas seulement techniques. En prenant en charge certaines tâches répétitives, les outils pourraient dégager du temps pour l’analyse, l’accompagnement et les situations complexes. Mais les résultats produits peuvent contenir des erreurs : la vérification humaine demeure donc essentielle, insiste le texte.
La transformation concerne aussi les métiers et les conditions de travail. Le 30 juin 2026, la Direction générale de l’administration et de la fonction publique a ouvert une négociation avec les organisations syndicales sur l’usage de ces outils dans la fonction publique. La note souligne que le dialogue social intervient alors que les pratiques se diffusent déjà, et appelle à associer les agents à leur évolution et à leur formation.
Du côté des usagers, des assistants pourraient aider à comprendre une démarche ou à trouver les dispositifs adaptés à une situation. La Fondation Jean-Jaurès met néanmoins en garde contre le remplacement du contact humain par des échanges automatisés : l’accès aux droits peut exiger écoute, explication et prise en compte de situations personnelles.
Les auteurs de la note invitent aussi les administrations à examiner les dépendances envers les fournisseurs, les coûts récurrents des licences et les conditions d’hébergement et de traitement des données. La conformité à l’AI Act européen, entré en vigueur le 1er août 2024, ne constitue pas à elle seule une stratégie : le règlement encadre les usages, mais ne fixe pas les finalités politiques poursuivies par les services publics.
Évaluer les effets au-delà de la productivité
La proposition défendue est celle d’un service public « augmenté », où les outils soutiennent les capacités des agents au lieu de viser uniquement la réduction des coûts. Cela suppose, selon la note, des choix explicites sur les tâches automatisables, la transparence envers les citoyens, la responsabilité humaine et la maîtrise des dépendances technologiques.
L’évaluation devrait également porter sur la qualité du service rendu, et pas seulement sur les délais ou la productivité. La note appelle enfin à intégrer la sobriété environnementale dès la conception des projets : mer leur empreinte, limiter les données conservées et privilégier, lorsque cela convient, des modèles moins lourds.
À l’approche de 2027, le défi identifié n’est donc plus seulement de multiplier les outils, mais de définir des règles et des objectifs communs. Pour la Fondation Jean-Jaurès, la place de ces technologies dans les administrations relève d’un choix collectif sur la manière de préserver les principes du service public.
Source : Publications Archive – Fondation Jean-Jaurès (www.jean-jaures.org)
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Auteur : Amandine Clavaud



