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L’État reprend Bull, dont l’usine d’Angers achève cinq ans de modernisation

À Angers, Bull a inauguré un nouveau bâtiment de production dans le cadre d’un programme de modernisation de 80 millions d’euros. Cette relance industrielle accompagne le retour de la marque, rachetée à Atos par l’État le 31 mars 2026. Après près d’un siècle d’alliances, de revers et de changements de stratégie, l’entreprise mise désormais sur le calcul intensif, l’intelligence artificielle et les technologies quantiques.

Majestic bull and calf sculpture at Palais de Chaillot, Paris, under clear blue skies.
Mehmet Turgut Kirkgoz · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Angers, pièce maîtresse de la relance

Angers Cathedral's towering spires under a vibrant sky in Pays de la Loire, France.
TBD Traveller · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Le site angevin, créé en 1963, assemble et teste des supercalculateurs. Bull y a inauguré un nouveau bâtiment le 2 octobre 2026, étape importante d’un chantier de transformation estimé à 80 millions d’euros. Le groupe indique toutefois que la reconstruction et la modernisation de l’ensemble du site doivent se poursuivre jusqu’en 2028. (bull.com)

Cette usine est au cœur du repositionnement de Bull sur les infrastructures de calcul avancé. Le prochain enjeu est notamment Alice Recoque, un supercalculateur européen de classe exaflopique — capable d’effectuer un milliard de milliards de calculs par seconde. Le CEA prévoit sa mise à disposition des communautés utilisatrices en 2027. (www-ccrt.cea.fr)

Un pionnier confronté à IBM

L’histoire de Bull commence en 1931 avec la Compagnie des machines Bull, fondée autour des brevets de l’ingénieur norvégien Fredrik Rosing Bull. En 1933, la famille Calliès en prend la majorité du capital. L’entreprise fournit alors de grandes sociétés et des administrations, sur un marché où l’américain IBM s’impose comme son principal rival.

Bull dépasse IBM sur le marché français à partir de 1948. Portée par la demande d’après-guerre en matière de gestion, de banque, de transport et de télécommunications, la société atteint en 1964 le premier rang européen et le deuxième rang mondial. Elle réalise alors 60 % de son chiffre d’affaires à l’exportation. Mais la course aux innovations coûte cher : la même année, le groupe décroche et s’effondre en Bourse.

Les changements de propriétaires et de cap

La crise de Bull devient un enjeu industriel pour l’État, qui souhaite préserver une capacité informatique nationale. Après l’échec d’une solution entièrement française, l’entreprise passe sous le contrôle de l’américain General Electric. L’État lance ensuite le Plan calcul et crée la Compagnie internationale pour l’informatique (CII). En 1976, celle-ci est réunie à Bull, alors détenu par Honeywell. L’État prend 20 % du nouvel ensemble avant la nationalisation de 1982.

La période publique ne met pas fin aux difficultés. Bull manque le virage du PC malgré sa propriété de Micral, puis rachète l’américain Zenith en 1989, une opération qui se solde par un échec. Après des années de restructurations et de soutiens publics, le groupe est progressivement privatisé sous le gouvernement Balladur. Il délaisse l’informatique de masse pour se spécialiser dans le calcul intensif.

En 2004, une commande du Commissariat à l’énergie atomique marque une étape dans ce recentrage. Un autre supercalculateur, Curie, est livré en 2012. En 2014, Bull rejoint Atos et la marque disparaît en 2022 au profit d’Eviden. La crise financière d’Atos conduit finalement l’État à reprendre Bull : l’acquisition de l’intégralité du capital auprès du groupe a été finalisée le 31 mars 2026. (presse.economie.gouv.fr)

Un retour qui pose la question du financement

Le retour de Bull sous le contrôle de l’État restaure une marque historique, mais ne garantit pas à lui seul la réussite industrielle. Le calcul intensif exige des investissements importants, tandis que l’entreprise doit consolider sa place dans des domaines stratégiques. La modernisation d’Angers et les futurs projets de supercalculateurs donnent une forme concrète à cette ambition ; leur développement reste toutefois un défi de long terme.


Source : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)

Article original : Consulter la source originale

Auteur : leJDD

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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