Les Nouveaux Dieux d’Abidjan : Influenceurs ou Manipulateurs ?
En Côte d’Ivoire, l’exposition « Babi, cité des dieux » de Pascal Konan interroge la place des influenceurs, ces nouveaux demi-dieux des réseaux sociaux, dans une société en quête de repères.
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Depuis le 2 avril, la galerie Houkami Guyzagn d’Abidjan est le théâtre d’une exposition qui pourrait bien faire trembler les fondations du culte de la personnalité. Le peintre Pascal Konan, figure montante de l’art visuel, s’attaque à la question épineuse des influenceurs, ces icônes modernes qui, comme le pasteur Camille Makosso ou la championne du bien-être Maa Bio, règnent sur TikTok avec une ferveur presque religieuse.
Ce qui se passe réellement
Konan, avec sa série de 25 toiles, dépeint ces influenceurs comme des « dieux » — avec un petit « d » pour ne pas froisser les véritables divinités. Il questionne notre rapport à l’image et à l’héritage, tout en dénonçant la superficialité d’une société qui privilégie le paraître au détriment de l’être. « C’est un marmailleur », dit-il, évoquant ceux qui exploitent les autres pour briller, mais finissent par s’y perdre eux-mêmes.
Cette exposition, à découvrir jusqu’au 25 avril, s’inscrit dans un contexte où les Ivoiriens, désillusionnés par les médias traditionnels, se tournent vers ces figures charismatiques. Le professeur Jean-Claude Oulaï, de l’université de Bouaké, souligne que les influenceurs sont devenus des « personnes ressources » pour une jeunesse en quête de modèles, malgré leur manque d’engagement pour un changement social réel.
Pourquoi cela dérange
Le débat sur le rôle des influenceurs soulève des incohérences frappantes. D’un côté, ils sont perçus comme des guides, de l’autre, leur impact sur la société est souvent critiqué pour son caractère superficiel. Les promesses de réussite qu’ils véhiculent semblent plus être un mirage qu’une réalité tangible, laissant les jeunes dans une quête désespérée de validation.
Ce que cela implique concrètement
Cette dynamique crée un effet de miroir : les jeunes, au lieu de se tourner vers des modèles éthiques et engagés, se laissent happer par des discours qui ne font que surfer sur la vague du sensationnalisme. Cela pose la question de l’avenir de la société ivoirienne, où l’authenticité semble se diluer dans un océan de faux-semblants.
Lecture satirique
Ironiquement, ces influenceurs, qui prétendent apporter des solutions, semblent souvent plus préoccupés par leur image que par le bien-être de leurs suiveurs. On pourrait presque les comparer à des politiciens en campagne, promettant monts et merveilles tout en évitant soigneusement de s’attaquer aux véritables problèmes sociétaux. La promesse d’un monde meilleur se heurte à la réalité d’un buzz éphémère.
Effet miroir international
Si l’on observe les dérives autoritaires à l’échelle mondiale, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec ces influenceurs qui, à leur manière, exercent un contrôle sur l’opinion publique. À l’image de certains dirigeants, ils exploitent le culte de la personnalité pour asseoir leur pouvoir, tout en se drapant dans une fausse légitimité.
À quoi s’attendre
À l’avenir, si cette tendance se poursuit, nous pourrions assister à une société où l’authenticité est remplacée par une quête incessante de likes et de followers. La jeunesse, au lieu de se mobiliser pour des causes sociales, pourrait se retrouver piégée dans un cycle de consommation de contenu superficiel.




