Entre stratégies d’influence étrangères et reprise en main des récits nationaux par les autorités de transition, le contrôle des médias est désormais un levier central de la souveraineté au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Pour décrypter ces mutations, L’atelier des médias reçoit la géopolitologue Selma Mihoubi.

Depuis la série de coups d’État survenus entre 2021 et 2023, les pays qui se sont réunis en confédération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont opéré un tournant radical, y compris sur le plan médiatique. Loin d’être uniquement le fruit d’ingérences extérieures, cette transformation s’appuie sur des racines locales profondes.

Un « alignement narratif »

Selma Mihoubi, docteure en géopolitique à Sorbonne Université et consultante, souligne que ce « régime narratif » s’articule autour de trois axes : la célébration d’une souveraineté retrouvée face à l’ancienne puissance coloniale française, l’instrumentalisation de l’histoire et une occultation volontaire des revers sécuritaires face aux groupes djihadistes.

Face à ce que l’experte nomme un « encerclement cognitif », les États de l’AES structurent leurs propres outils de communication. La création de la radio La Voix du Liptako, de la télévision AES TV et d’une agence de presse commune à Niamey vise à créer un « alignement narratif », explique la géopolitologue. « En fait, il y a vraiment une recherche de coalition informationnelle pour diffuser un même narratif. Et d’ailleurs, les dirigeants des pays de l’AES l’ont dit eux-mêmes : les médias de service public de ces trois États [L’ORTM au Mali, la RTB au Burkina et la RTN au Niger, ndlr] doivent travailler pour le rayonnement de l’Alliance des États du Sahel et diffuser des contenus qui vont véhiculer ces narratifs-là. Donc il y a ce partage de contenus gratuits, justement pour s’assurer en fait d’un alignement narratif. »

La vulnérabilité économique, un terreau fertile

Les journalistes locaux ont été mis au pas tandis que le paysage médiatique sahélien souffre d’un sous-développement chronique et d’une précarité financière qui facilitent l’influence de puissances étrangères.

Ainsi, l’agence étatique chinoise Xinhua propose ses dépêches gratuitement, une oportunité pour des médias locaux qui ne peuvent souscrire aux flux des agences européennes (AFP et Reuters) ou américaines (AP). Mais Selma Mihoubi explique que « cette opportunité économique de récupérer des informations gratuites n’est pas nécessairement synonyme d’une adhésion idéologique ».

À cette influence feutrée s’ajoute la stratégie plus frontale de la Russie, qui utilise massivement des comptes inauthentiques et des campagnes d’astroturfing sur les réseaux sociaux pour saturer l’espace numérique de discours hostiles à la France.

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Les Médias au Sahel : Souveraineté ou Propagande ?

Entre promesses de souveraineté et réalité de la censure, les médias au Mali, Burkina Faso et Niger deviennent les instruments d’un discours autoritaire.

Depuis la série de coups d’État entre 2021 et 2023, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont radicalement transformé leur paysage médiatique. Mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas une quête de liberté d’expression, mais un contrôle serré des récits nationaux. Ironiquement, ces régimes se présentent comme les champions de la souveraineté, tout en mettant au pas les journalistes locaux.

Ce qui se passe réellement

Selma Mihoubi, géopolitologue à Sorbonne Université, décrit un « régime narratif » qui célèbre une souveraineté retrouvée face à la France, tout en occultant les revers sécuritaires face aux djihadistes. Les médias d’État, comme La Voix du Liptako et AES TV, sont devenus des outils de propagande, diffusant un narratif uniforme pour glorifier l’Alliance des États du Sahel. Les dirigeants eux-mêmes l’affirment : ces médias doivent œuvrer pour le rayonnement de l’AES.

La vulnérabilité économique, un terreau fertile

Dans un paysage médiatique déjà sous-développé, les journalistes sont muselés. L’agence chinoise Xinhua offre des dépêches gratuites, attirant les médias locaux dans un piège économique. Mais attention, cette « opportunité » n’implique pas nécessairement une adhésion idéologique, comme le souligne Mihoubi. Pendant ce temps, la Russie, avec ses campagnes d’astroturfing, s’emploie à saturer l’espace numérique de discours anti-français.

Pourquoi cela dérange

Ce contrôle des médias pose la question de la véritable souveraineté. Est-ce vraiment une indépendance retrouvée ou une soumission à de nouvelles puissances ? Les contradictions sont flagrantes : proclamer la souveraineté tout en dépendant d’informations étrangères, c’est un peu comme vouloir être végétarien tout en se régalant de steak.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences sont directes : une information biaisée, une population mal informée et une démocratie en berne. Les journalistes, au lieu d’être des vigies de la société, deviennent des porte-voix de régimes autoritaires.

Lecture satirique

On pourrait presque rire de cette farce tragique. Les dirigeants se pavanent en héros de la souveraineté, tout en brandissant des chaînes invisibles. Promettre la liberté d’expression tout en muselant les voix critiques, c’est un peu comme un clown qui promet de ne pas faire rire tout en jonglant avec des bombes.

Effet miroir international

Ce phénomène n’est pas isolé. À l’échelle mondiale, des régimes autoritaires, qu’ils soient en Russie ou aux États-Unis, exploitent les médias pour façonner des narratifs qui leur sont favorables. La question se pose : ces gouvernements ne sont-ils pas en train de suivre un modèle éprouvé de manipulation de l’information ?

À quoi s’attendre

À l’avenir, on peut s’attendre à une intensification de ce contrôle médiatique. Les régimes de l’AES pourraient renforcer leur emprise sur l’information, tout en continuant à se présenter comme des bastions de la liberté. Une belle ironie, n’est-ce pas ?

Sources

Source : www.rfi.fr

Mali, Burkina Faso, Niger : les dynamiques médiatiques au sein de l’AES - Atelier des médias
Visuel — Source : www.rfi.fr
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