Les dissolutions de groupes : un déséquilibre entre ultradroite et ultragauche ?

Mise à jour le 2026-02-26 07:27:00 : Le gouvernement envisage de dissoudre des émanations de la Jeune garde, un mouvement antifasciste, après des violences à Lyon.

Le gouvernement a annoncé vouloir lancer des procédures de dissolution envers des « émanations » de la Jeune garde, un mouvement antifasciste dissous en juin 2025, qui est au centre des débats depuis la mort du militant nationaliste identitaire Quentin Deranque, samedi 14 février à Lyon, après un affrontement entre un groupe d’ultradroite et des militants antifascistes, qui avait eu lieu deux jours plus tôt. Dans ce contexte, la porte-parole du gouvernement a tenu à réassurer de l’engagement de l’exécutif contre les groupes violents. « Nous avons procédé à des dissolutions, 25 dissolutions depuis 2017, d’ultragauche comme d’ultradroite, parce que nous ne hiérarchisons pas la dangerosité de ces différents groupuscules », a déclaré Maud Bregeon dans le 8h30 de franceinfo mercredi 25 février. Vrai ou Faux ?

L’ultradroite, davantage visée par les dissolutions

Le Vrai ou Faux de franceinfo a répertorié toutes les dissolutions qui ont été prononcées depuis la loi de 1936 qui permet aux gouvernements d’interdire les groupes de combats et les milices privées, en s’appuyant sur les travaux du professeur de droit public à l’université Grenoble-Alpes Romain Rambaud (1936 à 2013) puis en les complétant en consultant le Journal officiel et les décisions du Conseil d’État.

Selon les données que nous avons collectées, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017, les gouvernements successifs ont dissous ou tenté de dissoudre 51 associations ou groupements de faits. C’est de très loin un record pour un président de la République. Le deuxième président à avoir le plus eu recours à ce pouvoir de dissolution est le général de Gaulle, avec 28 dissolutions pendant les périodes historiques clés qu’ont été la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l’indépendance de l’Algérie et Mai-68.

Sur ces 51 groupes visés par les gouvernements sous Emmanuel Macron, 20 ont été accusés de prôner un islamisme rigoriste et 25 d’être des groupuscules politiques radicaux d’extrême droite ou d’extrême gauche. Maud Bregeon parle de ces derniers.

Quand la porte-parole du gouvernement dit que des groupuscules « d’ultragauche comme d’ultradroite » sont visés, elle dit vrai, mais à des échelles différentes. Sur les 25 groupuscules politiques radicaux visés depuis 2017, 20 étaient d’extrême droite. Le Bastion social, Génération identitaire, les Zouaves Paris, Civitas, le GUD Paris ou encore, plus récemment, plusieurs groupes et entités lyonnais violents comme Les Remparts, La Traboule, Top Sport Rhône et Lyon Populaire, dont faisait récemment partie Vincent Claudin, un assistant parlementaire de la députée Rassemblement national Lisette Pollet, qui a manifesté en hommage à Quentin Deranque, dimanche 22 février et qui a été écarté par le RN depuis.

Cinq groupements d’extrême gauche seulement ont été visés depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Et encore, il est important de préciser que la moitié des mesures de dissolutions qui ont visé la gauche ces dernières années ont été annulées par le Conseil d’État. Il a estimé, par exemple, que les Soulèvements de la Terre ne pouvaient pas être dissous, car ils n’appelaient pas à la violence contre des personnes. Il a aussi jugé que le gouvernement avait abusé de son pouvoir en dissolvant Défense collective, un collectif de soutien juridique aux manifestants d’extrême gauche. Finalement, seulement trois dissolutions de groupuscules d’extrême gauche ont été validées sous Emmanuel Macron, alors que celles visant l’ultradroite sont toutes effectives.

>> Lire aussi : « Mort de Quentin Deranque : les dissolutions de groupuscules d’ultradroite et d’ultragauche sont-elles vraiment efficaces ? »

Une loi créée pour lutter contre l’extrême droite

Historiquement, l’extrême droite est bien plus violente que l’extrême gauche. Elle est responsable de 90% des meurtres politiques de ces 40 dernières années et a tué dix fois plus que l’extrême gauche, comme le Vrai ou Faux de franceinfo l’a déjà expliqué. De fait, près de quatre fois plus de groupuscules d’extrême droite ont été visés par des dissolutions depuis la création de la loi de 1936, par rapport à des groupuscules d’extrême gauche : 62 contre 17.

Dès le départ, cette loi de 1936 contre les groupes de combat et les milices privées a d’ailleurs été créée pour lutter contre l’extrême droite. Le premier mouvement qui a été dissous en vertu de cette loi est l’Action française, car elle avait tenté de renverser la République en 1934. Huit autres l’ont été dans la foulée. Il y eût ensuite trois autres vagues de dissolution de groupes d’extrême droite : les collaborationnistes et nostalgiques du nazisme au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les partisans de l’Algérie française juste avant et après l’indépendance de l’Algérie, et une période qui s’étend de la mort du militant antifasciste Clément Méric en 2013 à nos jours.

En comparaison, l’essentiel des dissolutions visant l’extrême gauche ont été prononcées après Mai 68 par le général de Gaulle, avec 11 mouvements interdits d’un seul coup. Deux autres vagues, plus petites, sont à noter : l’interdiction de groupes communistes en 1939 juste avant la Seconde Guerre mondiale, et l’interdiction de trois groupes sous Emmanuel Macron depuis 2022.

Ce qui reste à préciser

  • Les critères de dissolution restent flous pour certains groupes.
  • Les effets des dissolutions sur la violence politique sont encore à évaluer.

Citation

« Nous avons procédé à des dissolutions, 25 dissolutions depuis 2017, d’ultragauche comme d’ultradroite, parce que nous ne hiérarchisons pas la dangerosité de ces différents groupuscules » — Maud Bregeon, 25 février 2026.

Sources

Source : Franceinfo

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Visuel d’illustration — Source : www.radiofrance.fr

Source d’origine : Voir la publication initiale

Date : 2026-02-26 07:27:00 — Site : www.radiofrance.fr


Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets

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Publié le : 2026-02-26 07:27:00 — Slug : les-dissolutions-de-groupes-visent-elles-davantage-lultradroite-ou-lultragauche

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