Les comités de paix et technocrates ne mettront pas fin à la résistance palestinienne
Mise à jour le 2026-01-27 06:59:00 : L’administration américaine propose une gouvernance pour Gaza, mais cela pourrait ignorer les aspirations palestiniennes.
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Par Refaat Ibrahim
Rassemblement populaire de soutien au mouvement Hamas (résistance islamique) dans la Bande de Gaza – Photo : via iemed.org
Toute structure de gouvernance qui ne tient pas compte des aspirations nationales palestiniennes est vouée à l’échec.
La semaine dernière, alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza s’intensifiaient, l’envoyé présidentiel américain Steven Witkoff a annoncé sur les réseaux sociaux que le « cessez-le-feu » entrait dans sa deuxième phase.
Dans les jours qui ont suivi, l’administration du président américain Donald Trump a dévoilé la composition d’un comité exécutif étranger et d’un conseil de paix qui superviseront l’administration provisoire de Gaza, composée de technocrates palestiniens.
Cette configuration reflète le souhait du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de voir ni le Hamas ni l’Autorité palestinienne (AP) dominée par le Fatah impliqués dans l’avenir de Gaza.
Bien que cette dernière soit mentionnée dans le « plan de paix » de Trump, elle doit d’abord mener à bien une série de réformes non précisées pour pouvoir jouer un rôle à Gaza. Concrètement, cela signifie que le Fatah peut lui aussi être facilement empêché de revenir gouverner la bande de Gaza sous prétexte que ces vagues réformes n’ont pas été mises en œuvre.
Le problème avec la configuration actuelle et l’insistance d’Israël sur le « ni Hamas, ni Fatah » est qu’elles reflètent une profonde ignorance de la structure de la société palestinienne, de sa politique et de son histoire. L’idée qu’une entité politique palestinienne puisse être créée par des forces extérieures et pleinement intégrée à l’occupation pour gérer les affaires palestiniennes est irréaliste.
Au cours des 77 dernières années, divers mouvements nationaux et révolutions palestiniens ont vu le jour, unis par un seul dénominateur commun : le rejet de la présence coloniale israélienne. Aucun collectif palestinien, quelle que soit sa forme, n’a jamais accepté publiquement de s’intégrer au projet colonial israélien.
C’est dans le cadre de la résistance que s’est forgée la conscience collective palestinienne, que sont nés les partis politiques et que s’est définie la trajectoire de l’opinion publique.
Si les outils et les méthodes adoptés par les différents segments de la société palestinienne et les factions politiques peuvent varier, ils partagent tous un engagement commun envers la cause palestinienne et les droits des Palestiniens.
Le Fatah et le Hamas restent les deux composantes politiques les plus importantes de la société palestinienne. Le Fatah s’est imposé comme le mouvement de libération nationale dominant avant que sa trajectoire politique ne change à la suite des accords d’Oslo, tandis que le Hamas a maintenu son engagement en faveur de la résistance depuis sa création.
Entre ces deux courants et d’autres factions plus petites, le tissu social palestinien rejette naturellement toute direction ou entité qui opère en dehors du cadre de l’indépendance nationale ou accepte la tutelle étrangère.
Israël a décidé d’ignorer cette réalité profondément enracinée, tentant de la contourner en imposant des faits artificiels sur le terrain. En conséquence, il a continuellement cherché des « alternatives locales » pour gouverner Gaza.
Tout au long de la guerre, Israël a tenté de donner du pouvoir et d’armer certains individus et groupes, dans l’espoir qu’ils puissent jouer un rôle dans l’après-guerre.
Beaucoup d’entre eux étaient des personnes marginalisées socialement avant la guerre, et certains ont un casier judiciaire bien rempli. On peut citer l’exemple de Yasser Abu Shabab, membre de la tribu Tarabin, qui a été emprisonné pendant de nombreuses années pour des accusations liées à la drogue et qui, pendant la guerre, a reçu un soutien substantiel d’Israël pour créer sa propre milice. Il a pillé l’aide humanitaire et collaboré de diverses manières avec l’occupant à Rafah, notamment en assurant le passage des troupes israéliennes.
Après sa mort, le 4 décembre, des célébrations ont eu lieu à Gaza et sa propre tribu a publié une déclaration le dénonçant. Les tentatives israéliennes de collaboration avec d’autres clans et de renforcement de leur pouvoir ont également échoué.
Des familles et des clans éminents ont condamné à plusieurs reprises dans des déclarations publiques les actions de certains de leurs membres qui ont décidé de collaborer avec Israël. Ils ont retiré leur protection et ostracisé les collaborateurs, tout en affirmant que les clans palestiniens restaient fermement engagés dans la lutte nationale palestinienne.
Ce rejet reflète l’échec de la politique israélienne visant à créer une extension locale alignée sur son projet. Il confirme également l’incapacité d’Israël à effacer la mémoire nationale palestinienne ou à briser la volonté collective, malgré le génocide, la famine et les déplacements de population.
La situation est similaire en Cisjordanie. Depuis trois décennies, l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, collabore avec l’occupant en matière de sécurité. En conséquence, sa légitimité est aujourd’hui extrêmement faible. Selon un récent sondage, l’Autorité palestinienne n’a qu’un taux d’approbation de 23 % en Cisjordanie, tandis que son président, Mahmoud Abbas, n’en a que 16 %.
Il est important de noter ici que malgré les liens étroits de l’Autorité palestinienne avec l’occupant en matière de sécurité, elle n’a pas réussi à endiguer la résistance palestinienne en Cisjordanie. Dans les années qui ont précédé la guerre génocidaire, la Cisjordanie a vu naître des formations armées indépendantes des factions traditionnelles du Fatah et du Hamas, telles que Areen al-Usud (la Tanière des Lions) à Naplouse et les Brigades de Jénine.
Ces groupes étaient organisés par des jeunes et bénéficiaient d’un large soutien populaire. Leurs campagnes de résistance reflétaient la continuité de l’approche de la lutte armée en dehors des structures traditionnelles et le soutien dont elle bénéficie parmi le peuple palestinien.
Ce qu’Israël et ses alliés occidentaux, qui tentent de créer un nouveau mécanisme de gouvernance pour Gaza, ne comprennent pas, c’est que dans le contexte palestinien, la légitimité est importante. Elle ne peut être créée par des conseils étrangers ou des milices financées par Israël. En effet, en Palestine, la légitimité découle de la résistance, qui lie l’histoire et l’identité nationales.
Toute tentative de contourner cette réalité est vouée à l’échec, car elle ne ferait que transformer Gaza en une zone de chaos permanent, de conflits internes et d’effondrement total de la sécurité. Elle détruirait également l’héritage de Trump en tant que négociateur et révélerait que l’accord actuel n’est rien d’autre qu’un spectacle politique destiné à dissimuler les conséquences d’un génocide perpétré par Israël.
La seule solution susceptible de garantir la stabilité est l’indépendance administrative totale de la Palestine, fondée exclusivement sur la volonté du peuple palestinien dans toute sa diversité et ses affiliations, avec une voie claire vers la création d’un État palestinien pleinement souverain.
18 janvier 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – YG
Ce qu’il faut savoir
- Le fait : L’administration américaine propose une gouvernance pour Gaza sans inclure les principales factions palestiniennes.
- Qui est concerné : Les Palestiniens, l’Autorité palestinienne, le Hamas et le Fatah.
- Quand : Annonce faite la semaine dernière, en janvier 2026.
- Où : Gaza, Palestine.
Contexte
Depuis des décennies, la Palestine fait face à des conflits internes et externes. Les tentatives de gouvernance par des entités extérieures ont souvent échoué. L’Autorité palestinienne, en particulier, a vu sa légitimité diminuer en raison de sa collaboration avec Israël. Les mouvements de résistance, comme le Hamas et le Fatah, continuent de jouer un rôle central dans la lutte pour l’indépendance palestinienne.
Sources
Source : Chronique de Palestine

Source d’origine : Voir la publication initiale
Date : 2026-01-27 06:59:00 — Site : www.chroniquepalestine.com
Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets
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Publié le : 2026-01-27 06:59:00 — Slug : les-comites-de-paix-et-les-technocrates-ne-mettront-pas-fin-a-la-resistance-palestinienne
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