Le pape Léon XIV entame une tournée africaine de dix jours qui le verra visiter quatre pays, à commencer par l’Algérie ce lundi 13 avril. Une première historique.
Table Of Content
- · Guerre au Moyen-Orient, Sahara occidental… Un contexte géopolitique lourd
- · Dialogue interreligieux et protection des minorités
- · Léon XIV sur les traces de son père spirituel
- · Le sort de Christophe Gleizes entre les mains du pape?
- · Hommage aux martyrs catholiques de la « décennie noire »
- Ce qui se passe réellement
- Pourquoi cela dérange
- Ce que cela implique concrètement
- Lecture satirique
- Effet miroir international
- À quoi s’attendre
- Sources
Une visite pour les livres d’histoire. Léon XIV va devenir ce lundi 13 avril le premier pape à fouler le sol de l’Algérie, un pays à l’écrasante majorité musulmane où l’islam est religion d’État.
« J’espère aller en Algérie pour visiter les lieux de vie de saint Augustin mais aussi pour poursuivre le dialogue et tisser des liens entre les mondes chrétien et musulman », avait annoncé en décembre dernier le souverain pontife élu en mai 2025.
Le programme de Léon XIV s’annonce chargé en symboles. Reçu par le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, le chef de l’Église catholique célébrera notamment une messe à la basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger et une autre à Annaba, au nord-est du pays. Il est aussi attendu au pied du Monument des Martyrs de l’indépendance algérienne, sur les hauteurs de la capitale, avant une rencontre avec les hautes autorités du pays au centre des conférences de la Grande Mosquée.
· Guerre au Moyen-Orient, Sahara occidental… Un contexte géopolitique lourd
Le voyage du pape Léon XIV en Algérie survient au milieu d’une actualité internationale particulièrement chargée, récemment assombrie par la guerre au Moyen-Orient. Le premier pape américain de l’histoire, qui entretient des relations délicates avec l’administration de Donald Trump, s’est exprimé contre la guerre en Iran et a jugé « inacceptable » la menace du président américain d' »anéantir la civilisation iranienne ».
Côté algérien, le pouvoir s’est refusé à condamner franchement l’offensive israélo-américaine, préférant apporter son soutien aux pays arabes touchés par les représailles iraniennes. Alors que les prix du gaz et du pétrole explosent, Alger y a vu une opportunité pour augmenter ses exportations d’hydrocarbures, notamment vers l’Europe, et par la même occasion sortir d’un d’isolement diplomatique qui dure depuis plusieurs années.
Les fortes tensions avec le Maroc, dont les relations avec Alger sont rompues depuis 2021, sont aussi en toile de fond de la visite papale. La crise entre les deux voisins a débouché sur une seconde, cette fois avec la France, quand Emmanuel Macron a reconnu en 2024 la souveraineté de Rabat sur la Sahara Occidental. Ce territoire au statut non défini selon l’ONU est le théâtre d’un conflit opposant depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par Alger.
En recevant Léon XIV, « l’intérêt d’Alger est aussi de chercher une forme de rééquilibrage après la visite du pape François au Maroc en mars 2019, qui avait froissé les autorités algériennes », note l’agence de presse spécialisée dans l’actualité vaticane I.media.
· Dialogue interreligieux et protection des minorités
Léon XIV a exprimé sa volonté de « poursuivre le dialogue et tisser des liens entre les mondes chrétien et musulman », une thématique chère à son prédécesseur le pape François.
« C’est cette idée de faire du pourtour méditerranéen, lieu d’émergence des monothéismes, un espace de paix », décrypte pour BFM François Mabille, directeur de l’Observatoire de géopolitique des religions à l’IRIS.
L’importance « du dialogue interreligieux et de la collaboration culturelle dans la construction de la paix et de la fraternité dans le monde » avait été soulignée lors de la visite au Vatican d’Abdelmadjid Tebboune l’été dernier.
Du côté du Saint-Siège, on entend mettre l’accent sur la tolérance à l’égard des minorités religieuses dans un pays comptant moins de 10.000 catholiques pour une population d’environ 48 millions d’habitants, la plupart musulmans.
« L’Algérie est un pays où l’islam est religion d’État et où la liberté religieuse est tout de même assez réduite pour les chrétiens, en particulier pour les protestants dont la dimension missionnaire est mal perçue », souligne François Mabille.
« Le fait que le pape vienne, c’est une façon pour l’Algérie de montrer un visage de tolérance, une ouverture au christianisme », soulève le spécialiste du Vatican. « Et compte tenu de la place de l’Algérie actuellement, aussi bien dans le contexte africain qu’international, c’est important ».
· Léon XIV sur les traces de son père spirituel
Léon XIV profitera de son voyage pour se rendre sur les traces de saint Augustin (354-430) sur le site antique d’Hippone au nord-est de l’Algérie.
Considéré comme l’un des plus grands penseurs du christianisme, le saint était originaire de l’actuelle région algérienne de Souk Ahras. Il a été l’évêque d’Hippone, actuelle ville d’Annaba, où il écrivit ses Confessions et y mourut en 430. Canonisé en 1298, il est l’un des quatre premiers docteurs de l’Église.
Dans son premier discours en tant que pape, depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre à Rome, Léon XIV s’était réclamé haut et fort de saint Augustin, affirmant être l’un de ses « fils ».
Membre de l’ordre des Augustins, il en a été le prieur général de 2001 à 2013 alors qu’il n’était encore que le père Robert Francis Prevost. Fondé au XIIIe siècle, cet ordre mendiant compte près de 3.000 adeptes dans une cinquantaine de pays.
· Le sort de Christophe Gleizes entre les mains du pape?
Trois ONG internationales ont exhorté le pape Léon XIV à soulever les questions de droits humains et de liberté religieuse auprès des autorités algériennes lors de sa visite. Dans une lettre au souverain pontife, EuroMed Rights, Human Rights Watch et MENA Rights Group évoquent des discriminations « à l’encontre des minorités religieuses » mais aussi à l’égard des migrants et des membres de la société civile.
Selon ces ONG, « des centaines de manifestants, de militants, de journalistes et de défenseurs des droits humains ont été détenus arbitrairement, poursuivis injustement et condamnés à des peines de prison pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique ».
« Le pape actuel est rarement dans la dénonciation frontale. Il peut effectivement rappeler l’importance du droit des migrants, des droits de l’homme, mais ce sera dit en filigrane, de façon subtile », estime François Mabille. « Maintenant, rien n’empêche que, loin des caméras, il puisse y avoir un travail de médiation qui soit fait pour que tel ou tel prisonnier soit libéré ou mieux traité », poursuit le spécialiste.
En France, le sort du journaliste Christophe Gleizes, incarcéré depuis juin 2025 en Algérie après avoir interviewé un dirigeant sportif kabyle, est dans toutes les têtes. Ses soutiens espèrent qu’Emmanuel Macron, en visite au Vatican vendredi, a pu plaider sa cause lors de son audience auprès du souverain pontife.
Alors que l’intermédiaire allemand avait permis la libération de l’écrivain Boualem Sansal, le pape pourrait-il jouer un rôle similaire? Selon François Mabille, la médiation vaticane peut éventuellement « permettre aux deux parties de sortir d’une situation de crise par le haut, sans que ni l’un ni l’autre ne perdent la face ».
« Il y a un tropisme français qui pense que la France, d’une manière ou d’une autre, va interférer. Et il y a un tropisme peut-être algérien qui pense que la France a une influence dans ce voyage. Ça n’a rien à voir », a déclaré dans un entretien à l’AFP le cardinal d’Alger Mgr Jean-Paul Vesco, qui dit rendre visite régulièrement en prison à Christophe Gleizes pour lui apporter un « soutien spirituel ».
· Hommage aux martyrs catholiques de la « décennie noire »
Léon XIV a prévu de visiter plusieurs communautés augustiniennes, dont le Centre d’accueil et d’amitié des sœurs missionnaires augustiniennes, à Bab El Oued, où ont vécu les sœurs espagnoles Esther et Caridad.
Ces deux religieuses ont été assassinées en 1994 pendant la « décennie noire algérienne », la guerre civile qui a déchiré l’Algérie dans les années 1990. Dix-sept autres catholiques ont été assassinés dans le pays durant cette période.
Parmi ces « bienheureux martyrs », béatifiés en 2018 par le pape François, figurent les sept moines trappistes français de Tibhirine, enlevés en 1996 avant d’être exécutés. Un crime attribué à un groupe jihadiste mais qui reste entouré de nombreuses zones d’ombres.
La visite du pape intervient quelques jours après le 30e anniversaire du drame, mais son programme ne prévoit pas de déplacement à Tibhirine. Léon XIV, qui doit par ailleurs visiter le monument aux « martyrs » de l’indépendance algérienne, a-t-il voulu éviter de vexer le pouvoir algérien, alors que les relations entre Paris et Alger restent fraîches?
Selon l’agence spécialisée I.media, le pape ne s’exprimera pas en français lors de sa visite, mais en anglais: « une façon de prendre acte de la dimension très internationale des communautés catholiques en Algérie, mais aussi, en filigrane, de détacher l’Église catholique locale de son passé colonial et donc de la France. »
« Outre leur évidente proximité au sein de la ‘famille spirituelle augustine’, le choix de se rendre sur les traces des religieuses espagnoles de Bab El Oued et non sur celles de Mgr Pierre Claverie (évêque français assassiné en 1996 à Oran, NDLR) ou des moines de Tibhirine peut donc aussi être compris comme un souci de ne pas mettre un focus trop systématique sur cet héritage français », souligne l’agence de presse.
Une grille de lecture à nouveau rejetée par Mgr Vesco: les relations entre Paris et Alger sont « absentes » des considérations du pape, dont la vision est « mondiale » et indépendante des enjeux bilatéraux, a assuré le cardinal auprès de l’AFP.
Léon XIV : Le Pape en Algérie, entre Dialogue et Dissonance
Léon XIV, le premier pape à poser le pied en Algérie, promet de tisser des liens entre chrétiens et musulmans, mais peut-il vraiment échapper aux tensions géopolitiques qui l’entourent ?
Ce lundi 13 avril, le pape Léon XIV entame une tournée africaine de dix jours, débutant par l’Algérie, un pays où l’islam est religion d’État. Une première historique qui pourrait faire trembler les murs de la basilique Notre-Dame d’Afrique, mais qui soulève aussi des questions sur la sincérité de ce dialogue interreligieux. « J’espère aller en Algérie pour visiter les lieux de vie de saint Augustin », a-t-il déclaré, comme si la simple évocation d’un saint pouvait apaiser les tensions historiques.
Ce qui se passe réellement
Le programme de Léon XIV s’annonce chargé en symboles. Accueilli par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, il célébrera des messes à Alger et Annaba, tout en rendant hommage aux martyrs de l’indépendance. Mais alors que le pape prêche l’unité, l’Algérie, elle, reste silencieuse face aux offensives israélo-américaines, préférant soutenir les pays arabes touchés par les représailles iraniennes. Une belle hypocrisie, n’est-ce pas ?
Pourquoi cela dérange
Les contradictions sont flagrantes. D’un côté, le pape prône le dialogue interreligieux, de l’autre, l’Algérie est un pays où la liberté religieuse est limitée pour les chrétiens. Comment peut-on espérer tisser des liens dans un contexte où les minorités sont souvent réprimées ?
Ce que cela implique concrètement
La visite du pape pourrait être perçue comme un geste de tolérance, mais elle soulève également des questions sur la réalité des droits humains en Algérie. Les ONG, telles qu’EuroMed Rights et Human Rights Watch, ont déjà exprimé leurs inquiétudes quant aux discriminations envers les minorités religieuses. Alors, quel impact réel cette visite aura-t-elle sur la situation des droits humains ?
Lecture satirique
Il est ironique de voir un pape, représentant d’une institution souvent critiquée pour son passé colonial, se rendre dans un pays qui a tant souffert de cette histoire. On pourrait presque croire que Léon XIV espère que la simple présence d’un pape suffira à effacer des décennies de tensions. Mais, comme le dit le proverbe, « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».
Effet miroir international
En parallèle, les tensions entre l’Algérie et le Maroc, exacerbées par la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental, rappellent les dérives autoritaires qui se dessinent à l’échelle internationale. Le pape pourrait-il être le médiateur dont le monde a besoin, ou est-il simplement un acteur de plus dans un jeu géopolitique complexe ?
À quoi s’attendre
Il est difficile de prédire l’impact de cette visite. Les discours politiques sont souvent déconnectés de la réalité. Léon XIV pourrait bien se retrouver coincé entre les attentes de l’Algérie et celles de l’Église catholique, sans véritable pouvoir d’action. Une situation qui pourrait bien tourner au fiasco diplomatique.
Sources





