Lee White : La résurrection d’un ministre en fuite
Accusé de détournements et de bradage des forêts, Lee White revient d’Écosse en héros. La justice gabonaise, elle, semble avoir pris des vacances prolongées.
Table Of Content
Partir malade, revenir puissant : Lee White a réussi l’un des tours de passe-passe les plus effrontés de la scène politique gabonaise post-coup d’État. Acculé en octobre 2023 par des accusations de bradage des forêts, de permis illégaux et de détournements, l’ex-ministre des Eaux et Forêts d’Ali Bongo avait obtenu son sauf-conduit médical, signé des engagements de rester à disposition de la justice, et disparu vers l’Écosse. Il réapparaît aujourd’hui à Brazzaville, en pleine forme, en plein pouvoir… et apparemment convaincu que Libreville a la mémoire courte. Erreur de calcul, peut-être. Laxisme des autorités gabonaises, peut-être aussi.
Parti en catastrophe de Libreville sur ordonnance médicale, revenu sur l’échiquier africain, Lee White court. La justice gabonaise sommeille. © GabonReview / Dall-E (Intelligence artificielle)
Il y a quelque chose de presque comique, si le sujet n’était pas si grave, dans la trajectoire de Lee White depuis son départ précipité du Gabon. En octobre 2023, l’ancien ministre des Eaux et Forêts d’Ali Bongo, rattrapé par des accusations accablantes de bradage des forêts, de permis illégaux et de circuits financiers occultes, avait obtenu des autorités de la transition le droit de quitter le territoire pour se faire soigner. Raisons médicales. Le mot d’ordre était lâché, le deal tacitement conclu. En contrepartie, il signait des engagements fermes de rester à la disposition de la justice gabonaise, sous la menace explicite d’un mandat d’arrêt international en cas de manquement.
C’était en octobre 2023. Nous sommes en avril 2026. Et Lee White se porte à merveille.
Ce qui se passe réellement
Nos confrères d’Africa Intelligence révèlent, dans leur édition du 2 avril, que l’ancien patron des parcs nationaux gabonais « effectue des allers-retours réguliers à Brazzaville », où il s’est hissé au cœur des cercles scientifiques et politiques gravitant autour de Denis Sassou-Nguesso. Nommé envoyé spécial du Panel scientifique pour le bassin du Congo (SPCB) en 2024, il coordonne la préparation d’une grande conférence de restitution prévue fin mai à Brazzaville, fédère quelque 200 experts et réfléchit à la création d’une station de recherche dans le parc national d’Odzala Kokoua. Voilà un agenda d’homme très actif, très mobile, très en forme. Rien qui ressemble, de près ou de loin, à un convalescent discret replié dans les brumes d’Écosse.
Cette guérison spectaculaire mérite un rappel des faits qui avaient justifié, à Libreville, une procédure judiciaire d’une gravité certaine. Lee White était mis en cause pour complicité de bradage de forêts (des permis octroyés jusqu’à 97 000 hectares alors que le Code forestier plafonne à 50 000), pour exploitation forestière illicite au profit d’entreprises bien identifiées, pour détournement de fonds publics via des comptes parallèles alimentés par les recettes du ministère, et pour destruction présumée de documents administratifs compromettants. Le Synapef, syndicat des agents des Eaux et Forêts, l’avait désigné comme l’architecte d’un véritable « circuit illicite de financement ». Quatre années à la tête d’un ministère juteux, du 10 juin 2019 au 30 août 2023, dont il reste, aux yeux de la justice gabonaise, le principal comptable.
Pourquoi cela dérange
La question n’est donc plus médicale. Elle est juridique et diplomatique. Une source proche de la présidence gabonaise avait confié à notre confrère GabonActu, dès la fin 2023, que le Gabon était en mesure d’activer une commission rogatoire internationale pour contraindre Lee White à répondre de ses actes. Cette option, jusqu’ici suspendue dans les limbes de la diplomatie judiciaire, reprend soudainement de la consistance à la lumière de son hyperactivité africaine. Car s’afficher à Brazzaville, se rapprocher de la Fondation Brazzaville de Jean-Yves Ollivier, parader dans les antichambres de la BAD, ce n’est plus se soigner, c’est se reconstruire. Et se reconstruire en Afrique centrale, à portée de justice, c’est un pari dont l’audace confine à l’insolence.
Ce que cela implique concrètement
Lee White a cru pouvoir tracer une frontière étanche entre sa retraite médicale écossaise et sa renaissance politique congolaise. Cette frontière n’existe pas. Les engagements signés, eux, existent. Et les forêts gabonaises dont il a, selon ses accusateurs, orchestré le pillage, n’ont pas oublié son nom.
Lecture satirique
Erreur de calcul de la part de Lee White ? Sans doute. Mais la vraie question, celle qui brûle et qui embarrasse, est ailleurs : comment les autorités gabonaises peuvent-elles laisser un homme sous engagement judiciaire reconstruire impunément son influence à Brazzaville, à quelques centaines de kilomètres de Libreville, sans que la moindre commission rogatoire ne soit activée ? Le laxisme, en pareil cas, n’est pas une posture neutre. C’est un choix. Et un choix qui a un prix : celui de l’impunité, que les Gabonais, eux, paient depuis trop longtemps.
Effet miroir international
Ce scénario rappelle étrangement les dérives autoritaires observées ailleurs, où les puissants se croient au-dessus des lois. Les États-Unis, avec leurs politiques d’immigration controversées, ou la Russie, où la dissidence est étouffée, semblent offrir un écho à cette impunité. La question demeure : jusqu’où peut-on aller avant que la justice ne se réveille ?
À quoi s’attendre
Projection prudente : si Lee White continue à évoluer sans entrave, cela pourrait encourager d’autres à suivre son exemple, renforçant ainsi une culture d’impunité qui gangrène la politique gabonaise.
Sources



