Le tourisme en Polynésie : un modèle économique sous pression
Mise à jour le 2026-01-29 10:25:00 : La Polynésie française fait face à un défi crucial : maintenir son attractivité tout en gérant une hausse des coûts.
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Sur le deck du Hilton, à Faa’a, des touristes américains savourent leurs cocktails. Ils sont venus pour une grande célébration familiale, un itinéraire classique entre Tahiti, Moorea et Bora Bora. C’est merveilleux, la nature est incroyablement préservée et l’accueil des gens est d’une sincérité que l’on ne trouve nulle part ailleurs, confie l’un d’eux. Mais le rêve a un coût, qu’ils n’éludent pas : C’est très cher mais nous avons planifié ce voyage depuis un an, alors, disons que nous n’allons pas nous inquiéter pour cela et nous allons en profiter.
Ce témoignage illustre parfaitement le paradoxe polynésien de cette fin d’année 2025 : une attractivité intacte, mais un positionnement tarifaire qui interroge sur la pérennité du modèle.
Un poids économique sans équivalent : 100 milliards de francs CFP
L’année 2025 restera comme celle de tous les records. Entre janvier et octobre, la fréquentation touristique a progressé de 8,8 %, atteignant plus de 240 000 visiteurs. Ce succès ne se contente pas de remplir les hôtels : il irrigue l’ensemble de l’économie locale. Avec plus de 100 milliards de francs CFP injectés chaque année (hors transport international), le tourisme est devenu le premier pourvoyeur de richesses du pays.
« Le poids du tourisme dans le PIB, c’est-à-dire la valeur ajoutée du secteur (hôtellerie, restauration, transports, excursions), représente autour de 10 % en 2025. C’est un onzième du chiffre d’affaires global de toutes les entreprises polynésiennes. Pour information, sur 2025, la totalité de la croissance de l’économie polynésienne est le fruit du tourisme. »
Julien Vucher-Visin, statisticien à l’ISPF
Cette dépendance est vertigineuse dans les archipels. Si Tahiti capte la majorité des flux, la pression touristique atteint des sommets dans les îles : on dénombre désormais 13 touristes par habitant à Bora Bora et jusqu’à 15 à Fakarava. Un dynamisme qui soutient entre 6 000 et 6 500 emplois équivalents temps plein directs.
Le pari du luxe et de la diversité
Pour Bud Gilroy, président du conseil d’administration de Tahiti Tourisme, cette réussite s’appuie sur une offre qui a su se construire et se diversifier au-delà des grands complexes internationaux, intégrant désormais la petite hôtellerie familiale et les nouvelles formes d’hébergement.
« Le tourisme est en progression depuis trois ans maintenant. C’est une destination qui plaît, qui se construit avec différents hébergements : l’hôtellerie classique, nos pensions de famille, mais aussi le tourisme flottant et les Airbnb qui ont permis de répondre à la demande à un moment T. Oui, nous sommes une destination chère de base, mais comme dit notre président : « il y a un Tahiti pour tout le monde ». Notre rôle est de promouvoir tous les modes de logements pour nos touristes de différentes gammes, du 3 au 5 étoiles. »
Bud Gilroy – président du conseil d’administration de Tahiti Tourisme
Pour maintenir ce niveau d’excellence, les investissements sont massifs. Mais si le chiffre d’affaires progresse, l’hôtellerie doit aussi composer avec le retour marqué d’une saison basse en début d’année. Les réservations sont déjà en baisse de 3,5 % pour le premier semestre 2026.
Le défi du grand carénage hôtelier et de l’emploi
L’année 2026 s’annonce comme celle des grands chantiers. Près de 18 % de l’inventaire global en chambres seront retirés du marché pour rénovation. Des fleurons comme le Te Moana Tahiti, le Sofitel Moorea ou le Conrad Bora Bora fermeront partiellement ou totalement. Ce « grand carénage » impose une gestion rigoureuse de la main-d’œuvre et de la saisonnalité.
« On remarque un vrai retour de la basse saison sur les trois premiers mois de l’année. Nous travaillons en amont avec les compagnies aériennes pour proposer des packages attractifs. Mais il faut être clair : l’augmentation de notre activité se traduit tout de suite par une augmentation des embauches. C’est un métier de service à la personne : s’il y a plus de chambres louées, il faut les nettoyer ; s’il y a plus de couverts, il faut servir. Aujourd’hui, on arrive à avoir des gens formés, et c’est surtout nous qui les formons directement à nos besoins. »
Christophe Guardia – Directeur du Tahiti Pearl Beach Resort & co-président du syndicat des hôteliers
L’Australie : le pivot salvateur face au désamour américain
Si l’offre se réduit, la demande américaine s’inquiète également. Premier marché du pays, les États-Unis affichent une chute de 11,7 % des réservations pour le début 2026. Un recul attribué à l’incertitude politique outre-Pacifique. Dans ce contexte, la rentabilité des groupes hôteliers devient un sujet central, indissociable des aides publiques.
« Je ne peux pas vous répondre si c’est une activité qui est rentable en soi. Mais si on est entrepreneur, on fait des activités parce que derrière, il y a une entreprise à créer qui a une rentabilité à atteindre. Aujourd’hui, c’est un modèle économique qui fonctionne, grâce aussi aux aides que l’on a, à la défiscalisation et à l’emprunt bancaire. La décision du pays d’ouvrir la ligne Sydney sera une belle opportunité pour explorer d’autres marchés qui augmentent leur PIB. Il faut rester optimiste. »
Nancy Wan – porte-parole du groupe Wan
L’espoir vient en effet de l’Océanie. Grâce à l’ouverture de la ligne directe vers Sydney envisagée seulement à la fin de l’année, les réservations depuis l’Australie s’envolent déjà de 36 %. Ce pivot stratégique vers les voisins du Pacifique et l’Asie devient désormais une priorité absolue pour compenser la fragilité du marché américain.
Une résilience à l’épreuve
Entre rénovations nécessaires pour maintenir le rang de destination d’exception et conquête de nouveaux marchés salvateurs, la Polynésie française entame une course contre la montre. Le défi de 2026 sera de transformer l’essai australien tout en gérant une baisse temporaire de capacité hôtelière. Pour le premier employeur du pays, la marge d’erreur est inexistante : le Fenua joue la pérennité de son modèle économique.
Note d’édition : cet article s’appuie sur les données de la Veille des marchés n°77 publiée le 30 décembre 2025.
Ce qu’il faut savoir
- Le fait : La Polynésie française fait face à un défi économique majeur dans le secteur du tourisme.
- Qui est concerné : Les acteurs du tourisme, les travailleurs locaux, et les touristes.
- Quand : En 2026, avec des prévisions de baisse des réservations.
- Où : Polynésie française.
Sources

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Date : 2026-01-29 10:25:00 — Site : la1ere.franceinfo.fr
Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets
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Publié le : 2026-01-29 10:25:00 — Slug : le-tourisme-un-colosse-face-au-defi-de-sa-propre-mutation
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