Le toucher, clé de l’avenir de la robotique
Mise à jour le 2026-03-27 12:17:00 : Les robots évoluent grâce au sens du toucher, essentiel pour leur sécurité et leur efficacité.
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Imaginez devoir craquer une allumette avec des gants de boxe, en vous fiant uniquement à votre vision. C’est le défi permanent des robots actuels : leur intelligence artificielle est bridée par un corps peu sensible. Si la vision par ordinateur a permis des avancées, les experts s’accordent sur un constat : elle atteint un plafond de verre si elle n’est pas couplée à d’autres sens.
Pour devenir fiables et autonomes, les robots doivent apprendre à « sentir ». Nicolas Lauzier, gestionnaire de produits chez Robotiq, observe ce basculement sur le terrain. Il y a un an, la conviction générale était que l’IA couplée à la vision suffirait. Aujourd’hui, il admet qu’il est « difficile de réaliser des tâches tactiles juste avec la vision ». Le marché des capteurs tactiles, estimé à 18,6 milliards de dollars en 2025, devrait exploser pour atteindre 66 milliards d’ici 2035.
Pourquoi la vue ne suffit plus
Le toucher ne se limite pas à la manipulation, il est essentiel à la sécurité. Pour Abderrahmane Kheddar, directeur de recherche au CNRS, l’enjeu dépasse la main : « Il faut équiper tout le corps ». Le tactile est important pour évoluer dans des environnements confinés, où un robot doit pouvoir sentir où il s’appuie pour se stabiliser. Son équipe a développé une peau électronique capable de dissocier les forces en trois dimensions, permettant au robot de manipuler un œuf sans le briser.
Cette sensibilité est aussi une condition d’acceptation sociale. Pour Firas Abi-Farraj, CTO d’Enchanted Tools, un robot doit savoir faire la différence entre un objet et un humain. « C’est très important pour l’acceptation sociale », souligne-t-il. Le fait qu’un robot Miroki sente qu’on le « gratte sur la tête » change l’interaction.
Le double enjeu du toucher robotique
Recréer ce sens reste un défi. Chez Robotiq, on mise sur des « taxels », des pixels tactiles, disposés en grille sur les doigts des pinces pour mesurer la pression. Mais le toucher humain est plus riche. Firas Abi-Farraj rappelle que nous avons deux types de sensations : le contact cutané et la perception kinesthésique. C’est cette dernière qui nous permet de savoir quelle force nous exerçons, même avec des gants.
En pratique, le tactile est une contrainte matérielle car ces capteurs restent chers, souvent plus de 1 000 euros l’unité, et peu standardisés. « Si l’on regarde les mains de robots, chaque robot en a une différente », note Firas Abi-Farraj, signe que le domaine n’est pas encore mature industriellement.
L’usine, puis le salon
Enchanted Tools a donc choisi une approche pragmatique pour ses robots Miroki et Miroka. Ils utilisent des poignées spécifiques pour garantir un taux de succès de 99,9%. « Dans la vraie vie, 80% de réussite signifie que le robot échoue une fois sur cinq. Personne n’acceptera ça chez soi », tranche le CTO. L’objectif est une version grand public vers 2030, capable de manipulations plus fines.

Pour manipuler des objets variés sans poignée dédiée, le robot doit apprendre. Cette phase d’apprentissage passe majoritairement par le virtuel. Grâce au Sim2Real, les robots s’exercent des millions de fois dans des simulateurs avant de transférer ce savoir à la machine. Une autre voie est la démonstration où l’on guide la main du robot. Abderrahmane Kheddar y voit un futur proche : « Est-ce que demain, n’importe qui pourra apprendre des tâches ménagères à son robot, un peu comme on guide un enfant par la main ? »
L’enjeu n’est plus de rendre les machines plus « humaines », mais simplement de leur permettre de manipuler un objet sans le briser ou de frôler un opérateur sans danger. C’est à cette seule condition que les robots pourront enfin sortir des environnements confinés pour intégrer plus massivement nos usines, puis nos salons.
Ce qu’il faut savoir
- Le fait : Les robots doivent apprendre à toucher pour être plus efficaces.
- Qui est concerné : Les secteurs de la robotique et de l’automatisation.
- Quand : Estimations de marché pour 2025 et 2035.
- Où : Global, avec un accent sur les technologies avancées.
Chiffres clés
- 18,6 milliards de dollars en 2025 pour le marché des capteurs tactiles.
- 66 milliards de dollars d’ici 2035.
Sources

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Date : 2026-03-27 12:17:00 — Site : www.journaldunet.com
Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets
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Publié le : 2026-03-27 12:17:00 — Slug : sentir-pour-agir-pourquoi-le-futur-de-la-robotique-se-joue-au-bout-des-doigts
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