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Sciences sociales

Le sociologue Laurent Jeanpierre décrypte la sensibilité des lycéens aux injustices

Depuis la fin septembre 2026, des lycéens bloquent des établissements et manifestent pour dénoncer leurs conditions de scolarité. Le mouvement, visible à Paris comme dans d’autres villes, porte des revendications sur les moyens, les cours non remplacés et l’organisation de la vie scolaire. Le chercheur en sciences sociales Laurent Jeanpierre, spécialiste des mouvements sociaux, invite à prendre au sérieux le sens de l’injustice exprimé par cette jeunesse — sans pour autant conclure qu’une convergence durable avec d’autres mobilisations est déjà acquise.

Unrecognizable people gathering together for protest for police brutality and black lives matter holding banners with Racism violence
Mathias Reding · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Une mobilisation importante, des chiffres disputés

Colorful flags outside the United Nations office in Geneva, symbolizing global unity.
Xabi Oregi · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Le 13 octobre, lors d’une nouvelle journée d’action, le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 161 500 manifestants en France, tandis que l’intersyndicale de la jeunesse en annonçait 480 000. L’écart tient notamment aux méthodes de comptage et aux sources, qui doivent être distinguées : ces chiffres ne constituent pas une mesure unique et consensuelle de la participation. Le ministère de l’Éducation, de son côté, faisait état de 214 établissements fermés ce jour-là. Ce dernier chiffre ne mesure ni le nombre de manifestants ni l’ensemble des perturbations. (lemonde.fr)

Les demandes rapportées au cours du mouvement concernent notamment le remplacement des enseignants absents, l’état des locaux, les journées de cours jugées trop longues et l’orientation. Le 8 octobre, le ministère de l’Éducation a annoncé le déploiement de plus de 3 000 enseignants remplaçants dans les lycées les plus en difficulté, ainsi qu’une refonte annoncée des instances de démocratie lycéenne. Il s’agit de mesures gouvernementales annoncées : leur mise en œuvre et leurs effets ne peuvent pas encore être évalués. (education.gouv.fr)

Pourquoi le sentiment d’injustice compte

Dans l’extrait disponible de l’entretien, Laurent Jeanpierre est présenté comme un spécialiste des mouvements sociaux qui avait étudié les « gilets jaunes » dans In Girum. Les leçons politiques des ronds-points (2019). Le titre de son entretien sur les lycéens met l’accent sur leur sensibilité aux injustices subies. Cette formule relève d’une interprétation sociologique, et non d’une mesure statistique de l’opinion de tous les élèves.

Elle aide toutefois à comprendre pourquoi des problèmes différents peuvent se rejoindre dans une même mobilisation. Des revendications sur les professeurs absents ou les bâtiments scolaires parlent du quotidien ; d’autres, portant sur Parcoursup ou la répression policière, concernent les perspectives d’avenir et la manière dont les jeunes estiment être traités. Leur rapprochement peut nourrir un sentiment commun d’inégalité ou de manque d’écoute. Cela ne signifie pas que tous les lycéens partagent les mêmes priorités, ni que le mouvement dispose d’un programme unifié.

Une convergence possible, mais incertaine

Des étudiants et des organisations syndicales ont rejoint certaines journées d’action. Les mobilisés ont aussi appelé à participer à la manifestation du 17 octobre, qui portait plus largement sur le pouvoir d’achat. Ces rapprochements montrent que des passerelles existent, mais ils ne suffisent pas à établir une convergence durable entre groupes aux intérêts et aux organisations différents. (lemonde.fr)

La suite dépendra notamment de la capacité du mouvement à maintenir ses liens pendant les vacances scolaires, à préciser ses revendications et à obtenir des réponses jugées concrètes. Les blocages et manifestations ne traduisent pas à eux seuls l’opinion de l’ensemble des lycéens : ils rendent surtout visibles les élèves qui choisissent de se mobiliser. On peut donc constater une contestation étendue et des tentatives de rapprochement, sans prédire un « embrasement » généralisé. L’entretien disponible ne permet pas non plus d’attribuer à Laurent Jeanpierre des conclusions plus précises que celles données dans l’extrait.


Source : Le Nouvel Obs – Sociologie

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Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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