Le marché Kandal dans le district de Doun Penh, à Phnom Penh, au Cambodge. FRANCK GUIZIOU / HEMIS.FR
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Dans la moiteur climatisée du National TV Stadium, les deux corps s’entrechoquent, le ring tremble sous les coups. Poings, jambes et coudes frappent la peau de l’adversaire dans un bruit sourd. La soirée de combats de kun khmer débute dans une ambiance très concentrée, puis électrisée par les cris du public chauffé à blanc. « Ce n’est pas juste un sport. C’est notre histoire », glisse Vibol, 19 ans, jeune combattant et supporter. Ici, au cœur de Phnom Penh, on ne plaisante pas avec cet art martial ancestral. Une fierté nationale, gravée jusqu’aux bas-reliefs des mythiques temples d’Angkor, qui représentent des soldats de l’empire pratiquant le kun daï, l’ancêtre du kun khmer.
Trois heures plus tard, on sort de l’arène quelque peu KO. Dehors, la capitale pulse tout autant. Brouillonne et nerveuse, chaotique et pleine de charme, elle porte en elle le passé d’une cité coloniale, la violence du génocide des Khmers rouges (1975-1979) et le présent d’une ville en perpétuel cha…
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Le retour inattendu de la cuisine cambodgienne : un plat réchauffé par le nationalisme
Alors que la cuisine cambodgienne renaît de ses cendres, un vent de nationalisme souffle sur Phnom Penh, transformant un simple repas en une déclaration politique. Qui aurait cru qu’un bol de nouilles pourrait devenir un symbole de fierté nationale ?
Dans la moiteur climatisée du National TV Stadium, les corps s’entrechoquent sur le ring, mais c’est bien la cuisine cambodgienne qui se bat pour sa place au soleil. Alors que les spectateurs acclament les combattants, Vibol, un jeune de 19 ans, déclare avec ferveur : « Ce n’est pas juste un sport. C’est notre histoire ». Mais que dire de cette histoire culinaire, longtemps oubliée, qui refait surface comme un plat réchauffé ?
Ce qui se passe réellement
Le marché Kandal, vibrant de couleurs et de senteurs, est le théâtre d’un renouveau culinaire. Les plats traditionnels, tels que le amok et le lok lak, font leur grand retour, attirant les gourmets et les nostalgiques. Ce retour est salué comme un acte de résistance contre l’oubli, mais il soulève aussi des questions : est-ce vraiment un retour aux sources ou une instrumentalisation politique ?
Pourquoi cela dérange
Le paradoxe est flagrant : alors que la cuisine cambodgienne est célébrée, le pays continue de porter les cicatrices d’un passé douloureux, marqué par le génocide des Khmers rouges. La fierté nationale affichée à travers les assiettes semble occulter les réalités sombres qui hantent encore la mémoire collective.
Ce que cela implique concrètement
Ce revival culinaire pourrait être perçu comme une tentative de réconciliation avec le passé. Cependant, il est également utilisé pour renforcer un discours nationaliste qui pourrait diviser davantage qu’il ne rassemble. La cuisine devient alors un outil de propagande, où chaque bouchée est chargée de symbolisme.
Lecture satirique
Ironiquement, alors que les dirigeants se pavanent en vantant la richesse de la culture cambodgienne, les véritables artisans de cette cuisine sont souvent laissés pour compte. Les promesses de soutien aux petits producteurs se heurtent à la réalité d’un marché dominé par les grandes chaînes. Le décalage entre la promesse d’un soutien aux traditions et la réalité d’une économie mondialisée est aussi savoureux qu’un plat trop épicé.
Effet miroir international
Ce phénomène n’est pas isolé. À l’échelle mondiale, des pays comme les États-Unis et la Russie utilisent également la culture comme un moyen de renforcer leur image nationale. La cuisine cambodgienne, tout comme le fast-food américain, devient un symbole de fierté, mais à quel prix ?
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous pourrions assister à une montée en puissance du nationalisme culinaire, où chaque plat devient une déclaration politique. La question reste : la cuisine cambodgienne pourra-t-elle échapper à cette instrumentalisation ?
Sources




