Le lobbying : un levier pour des politiques environnementales ambitieuses

Mise à jour le 2026-03-25 11:08:00 : Une étude récente révèle que le lobbying peut inciter les États à adopter des normes environnementales plus strictes.

Alerte : Aucune confirmation indépendante n’a pu être obtenue à partir de sources fiables. Cette information est à considérer avec prudence.

Souvent accusé de tirer les politiques environnementales vers le bas, le lobbying pourrait parfois produire l’effet inverse. Une recherche récente montre qu’il peut, sous certaines conditions, pousser les États à adopter des politiques plus ambitieuses.

Cet article est publié en partenariat avec la revue Dialogues économiques, éditée par Aix-Marseille School of Economics

Dans l’imaginaire collectif, les lobbys incarnent des forces occultes capables de détourner l’action publique. Le terme de « lobbying » convoque toutes sortes d’images qui tiennent plus de la corruption que de l’influence : celles du pot-de-vin et de l’échange de bons procédés, convenus lors d’accords murmurés au détour d’un couloir entre un élu et un lobbyiste.

Contrairement à la corruption, le lobbying n’a pourtant rien d’illégal. La pratique est même juridiquement encadrée – en France, par la loi dite « Sapin 2 » et par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, qui imposent aux représentants d’intérêts de déclarer leur identité, les organismes qu’ils représentent et les moyens mis en œuvre à des fins d’influence du processus législatif. À l’échelle européenne, plus de 16 000 organisations figurent au registre de transparence.

Des lobbys inégaux entre eux

Dans les faits, le lobbying prend des formes diverses : fourniture d’expertise, recommandations, participation à des auditions parlementaires. Tout citoyen doté d’un sens civique aigu peut en principe écrire au député ou sénateur de sa circonscription. Mais rares sont ceux capables de produire un amendement « clé en main » comme ceux qui ont été repris presque mot pour mot lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 2025.

Les moyens dont dispose un citoyen lambda d’accéder à son élu sont sans commune mesure avec ceux d’un véritable lobby, qui dispose d’un budget, d’experts et de plusieurs professionnels de la représentation d’intérêts dûment rémunérés. Mais les lobbys ne sont pas non plus égaux entre eux, et c’est peut-être plus en cela que la pratique a de quoi interroger.

Une question d’actualité

En novembre dernier, le Parlement européen a voté la directive dite « Omnibus ». Derrière ce nom équivoque se cache un paquet de mesures qui viennent réduire la portée de deux directives votées en 2024, la CSRD et la CS3D. Celle-ci impose aux entreprises opérant en Europe un reporting social et environnemental, et un devoir de vigilance. En d’autres termes, les entreprises doivent surveiller, prévenir et remédier à l’impact environnemental et humain de leurs activités, couvrant toute leur chaîne de valeur.

Ces directives avaient été saluées comme un tournant après les scandales secouant l’industrie du textile – notamment l’effondrement d’un immeuble en 2013, provoquant la mort de plus de 1100 ouvrières bangladaises – et impliquant plusieurs grandes marques occidentales. Toutefois, la CS3D a pris du plomb dans l’aile. Son application, initialement prévue pour 2027, a été reportée à 2028. Et, en mai 2025, le Président français et le chancelier allemand, ont appelé à supprimer purement et simplement la CS3D, jugée trop « lourde » pour les entreprises européennes.

Les deux dirigeants ont fait écho aux lobbys industriels, qui dénoncent une pression normative excessive et son impact sur la compétitivité des entreprises européennes. Les ONG, de leur côté, y voient l’effet direct de l’influence des lobbys… au détriment de l’ambition environnementale et sociale.

Une ligne de production à Weliveriya, au Sri Lanka.

Une ligne de production à Weliveriya, au Sri Lanka, en 2014.

Les États aux prises avec le marché

C’est précisément ce scénario qu’a voulu éclairer l’équipe composée de Houda Hafidi (Aix-Marseille sciences économiques), Philippe Bontems (TSE-recherche) et Guillaume Cheikbossian (Centre d’économie de l’environnement de Montpellier). Les chercheurs s’interrogent : comment la présence de lobbys modifie-t-elle la volonté des États d’adopter des normes environnementales exigeantes ?

Leur résultat confirme une intuition bien connue. Dans une situation de marché libre, les États ont tendance à s’entraîner dans un nivellement par le bas de leurs normes environnementales. Chacun espère attirer l’activité économique et préserver la compétitivité de ses entreprises. Cette tendance est d’autant plus forte que la pollution est transfrontalière. C’est typiquement le cas avec les gaz à effet de serre, comme le CO2.

Lorsque la pollution reste locale (par exemple, une usine de jeans qui génère des rejets domestiques), les États vont se montrer beaucoup plus vigilants. Ils supportent seuls le coût environnemental, et les bénéfices économiques peuvent être plus modestes que le coût des dégradations environnementales engendrées.

Éco-dumping

Mais que se passe-t-il quand la pollution est globale et que les émissions d’un pays en affectent un autre ? Les États pourraient coopérer et s’engager à respecter des normes environnementales communes. Mais ils sont réticents à l’idée de reléguer une partie de leur souveraineté sur leur réglementation environnementale, puisqu’elle peut être un levier de compétitivité.

Dans un contexte d’économie mondialisée, les normes environnementales peuvent se substituer à d’autres instruments de politique commerciale plus classiques, comme les droits de douane ou les taxes, afin de doper la compétitivité d’une économie sur le marché international. Le dumping fiscal, un abaissement des taxes sur une activité afin de la rendre plus compétitive, a donc aussi son pendant social et environnemental. Dans ce dernier cas, on parle parfois d’« éco-dumping ».

Pollution plastique à Santa Luzia, au Cap-Vert.

Pollution par les plastiques à Santa Luzia, au Cap-Vert.

Les lobbys verts comme vecteur d’harmonisation

Restent donc les lobbys. Par leurs activités auprès des décideurs publics, ils façonnent la manière dont les gouvernements arbitrent entre gains économiques, bien-être social et protection de l’environnement.

Les chercheurs montrent que l’influence des lobbys sur le bien-être social global dépend de la puissance relative des lobbys verts et industriels, aux intérêts évidemment antagonistes. Lorsqu’ils disposent d’un poids relativement équilibré, leur confrontation peut conduire les États vers un niveau de régulation proche de l’optimum collectif. C’est la situation dans laquelle l’ensemble de la société s’en sort le mieux possible – les bénéfices économiques sont maximisés, sans que les dommages environnementaux ne l’emportent.

Lorsque les lobbys verts dominent nettement, le bien-être peut même dépasser celui obtenu dans une situation de coopération parfaite entre États. À l’inverse, si les lobbys industriels sont très puissants, les normes s’affaiblissent, et le bien-être se dégrade.

Coopération internationale

L’impact du lobby vert est d’autant plus important que son action est internationalisée. Dans une situation où deux lobbys verts ne coopèrent pas, mais agissent de façon dispersée, chacun dans son pays de résidence, ils auront tendance à modérer leurs revendications pour éviter que des normes trop strictes n’entraînent un déplacement de la production vers un pays moins contraignant. À l’inverse, lorsque les lobbys coopèrent, ils peuvent défendre une exigence commune, limitant les risques de relocalisation et renforçant l’ambition environnementale.

Qu’il s’agisse des États entre eux ou des lobbys entre eux, la coopération internationale apparaît comme une condition essentielle pour mener une transition climatique crédible. Sans cela, les acteurs économiques restent soumis à la logique du marché mondial, qui favorise les stratégies de compression des coûts au détriment des objectifs sociaux et environnementaux.

Rapports de force

La coopération entre États devient néanmoins de plus en plus difficile, à l’heure où les antagonismes s’accentuent sur la scène mondiale. Et les gouvernements se montrent de plus en plus réticents à renoncer à une partie de leur souveraineté en matière de politiques environnementales et climatiques. Dans un tel contexte, l’action des lobbys peut apparaître comme une solution, dès lors que leur compétition se déroule dans des conditions qui favorisent l’action des lobbys verts, celle-ci pouvant aller jusqu’à reproduire les effets d’un véritable accord environnemental international.

La véritable question n’est donc pas : « Pour ou contre le lobbying ? » ; mais plutôt : « Quels rapports de force permettent au lobbying de servir, plutôt que d’affaiblir, l’intérêt général ? ». Contre toute attente, ce sont parfois les lobbys verts qui aident les États à tenir le cap.

Référence scientifique
P. Bontems, G. Cheikbossian et H. Hafidi, « Environmental tax competition and welfare: the good news about lobbies », Social Choice and Welfare, vol. 65, n° 1, pp. 27-68, 2025.

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Ce qu’il faut savoir

  • Le fait : Le lobbying peut inciter les États à adopter des normes environnementales plus strictes.
  • Qui est concerné : Les gouvernements, les entreprises et les ONG.
  • Quand : Actuellement, avec des implications pour les futures législations.
  • Où : Principalement en Europe.

Sources

Source : Dialogues économiques

Source : Aix-Marseille School of Economics

Visuel d’illustration — Source : lejournal.cnrs.fr

Source d’origine : Voir la publication initiale

Date : 2026-03-25 11:08:00 — Site : lejournal.cnrs.fr


Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets

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Publié le : 2026-03-25 11:08:00 — Slug : quand-les-lobbys-protegent-linteret-general

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