Anna Sui le décline en imprimés floraux et rayures aquarellées, injectant une légèreté presque naïve dans la silhouette. Calvin Klein le préfère en soie crème ou noire, noué avec précision sur des lignes minimalistes, tandis que Sandy Liang en amplifie le volume dans des modèles XXL à carreaux vifs… À New York, lors des défilés printemps-été 2026, un carré de tissu a imposé sa loi. Noué bas sur la nuque, serré sur le front, le fichu s’est imposé non pas dans sa version Riviera glamour, mais dans son acception plus utilitaire, évoquant davantage la simplicité du workwear.
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À Paris aussi, la tendance se confirme. Chez Lanvin, Peter Copping construit des silhouettes autour du foulard, tête couverte, allure longiligne, dans une attitude presque monacale… Cette saison donc, le fichu n’est plus un simple détail décoratif. Parce qu’il encadre le visage en insufflant rigueur et dignité à la posture, cet accessoire discipline autant qu’il libère.
Touche simple
Ce déplacement du regard est central. Né d’un simple carré plié en deux, porté dès le XVIIIe siècle pour protéger la tête du soleil, du vent et de la poussière, le foulard s’impose d’abord comme un accessoire utile avant de devenir un symbole d’élégance et de sophistication. Chez Moismont, Adrien Testard revendique cette vérité première. « Le fichu doit parler d’authenticité. À l’origine, il s’agit d’un objet utilitaire qui protège la nuque, le front, absorbe la sueur. Il accompagne le travail des champs », poursuit le créateur, qui relie sa passion pour cette pièce à ses racines paysannes. « Je crois que si la tendance revient aujourd’hui, c’est parce qu’on ressent le besoin d’un accessoire qui possède une fonction réelle, une histoire tangible. Le fichu n’est pas qu’un ornement : c’est un geste. Et quand on le remet sur la tête, noué simplement, on retrouve cette vérité. »

Le designer aime chiner aux puces de Saint-Ouen, collecte draps anciens, serviettes éponge seventies. « Je m’inspire de mouchoirs très modestes, car j’y trouve souvent des carreaux et des textures incroyables. » Les voiles de coton sont tissés au Bengale et les impressions réalisées au cadre. Pour lui, tout se joue dans le nouage : gros nœuds visibles dans la nuque, volumes presque sculpturaux, pans laissés libres pour créer du mouvement.
Le fichu peut se faire discret ou devenir architecture textile. Ainsi, en 2026, le porter relève presque d’un art. Plié en triangle et noué bas, il enferme les cheveux dans une simplicité rurale ou bohème. Roulé en bandeau serré, il dessine une ligne graphique sur le front façon danseuse. Noué sous le menton, il cite l’imaginaire hollywoodien des stars des années 60 qui ont glamourisé sa version soie. Car cette idée du chic bourgeois, dont le foulard constitue paradoxalement l’un des plus solides attributs, n’en finit pas de fasciner l’époque. Ainsi, depuis 2021, les jeunes générations redécouvrent et détournent son esthétique à travers le style « old money » et les vidéos de « car scarf » (littéralement « foulard de voiture ») postées sur TikTok. Quand les maisons de luxe célèbrent à travers lui leur héritage.
Le fichu vu par les maisons de luxe
En 2025, Gucci revenait sur son foulard en soie porté par Jackie Kennedy Onassis ou Grace Kelly à travers un beau livre intitulé The Art of Silk, tandis que Demna coiffait de l’emblématique modèle Flora l’un des membres de sa « Famille » pour la collection printemps-été 2026 de la maison florentine.

Même Miuccia Prada est apparue lors du final du défilé Prada un fichu rouge souligné de strass issus de ses archives, autour des épaules. C’est dire ! Car voilà, glissé autour du buste, de la taille en ceinture ou noué en gros jabot autour du cou, le foulard n’ajoute pas seulement un détail à la silhouette, il en module plutôt l’expression. Dans sa newsletter The Cereal Aisle, Leandra Medine Cohen annonçait dès novembre à quel point ces accessoires peuvent être « d’une précision chirurgicale dans leur manière de communiquer ». L’influenceuse new-yorkaise analysait comment ils sont devenus des créateurs de tenues capables d’apporter de la couleur, du caractère, « de jouer la touche finale spectaculaire ou de décontracter une tenue trop rigide ».
Surtout, en 2026, le foulard en soie un peu BCBG s’hybride sur toute la silhouette. Chez Celine, Michael Rider l’érige en manifeste : il se drape autour du buste, composant un top à manches longues, flotte sur une épaule façon cape. Ailleurs, il s’auréole de coolitude balnéaire en devenant jupe-paréo.
À l’heure où la mode questionne la rigidité des codes et des coupes, le foulard offre ainsi une alternative souple, adaptable, réversible et peut se porter de mille façons. « Le carré est postulat : son statut héritage, en s’imposant à nous, pourrait nous intimider », explique Nadège Vanhée, directrice artistique des collections féminines de Hermès, « mais, si on l’autorise, il se glisse entre les mailles d’une gourmette pour lui servir d’écrin, se ceinture à la taille pour souligner la silhouette, s’enroule autour d’un poignet pour se transformer en bracelet, se tresse comme un cheveu, se glisse sous le vêtement comme une deuxième peau. Il est complice ; et ses motifs et couleurs, en s’entremêlant, nous offrent des nuances inédites. »
Une palette d’émotions aussi, qui convoque la mémoire. « Le foulard est une écriture sans fin d’histoires de vie », abonde Adrien Testard dont la collection Moismont printemps-été 2026, baptisée Déclaration, revisite les lignes d’écriture pour mieux porter un message « entre mère et fille, entre amoureux-euse-s ». Selon lui, le succès de cet accessoire auprès des jeunes générations est perceptible dans les friperies où cette pièce se raréfie.
C’est peut-être là que réside son soft power. Le foulard circule entre générations, traverse les classes et glisse d’un vestiaire à l’autre. Il peut ainsi provenir d’un trousseau ancien ou d’une collection d’art contemporaine, mais porte toujours des histoires intimes autant que collectives, s’offre à tous les jeux stylistiques de nouages, de superpositions, de détournements. Contre toute attente, il s’impose comme un manifeste de modernité.
Le fichu : symbole de mode ou outil de contrôle ?
À l’heure où la mode célèbre le fichu, un accessoire utilitaire devenu tendance, on ne peut s’empêcher de se demander si cette légèreté n’est pas qu’une façade pour masquer des discours politiques bien plus lourds.
Lors des défilés printemps-été 2026 à New York, le fichu a pris d’assaut les podiums. Anna Sui l’a décliné en imprimés floraux, Calvin Klein en soie minimaliste, et Sandy Liang en modèles XXL. À Paris, Lanvin a suivi le mouvement, transformant cet accessoire en un symbole de rigueur et de dignité. Mais derrière cette célébration, que cache réellement cette tendance ?
Ce qui se passe réellement
Le fichu, né d’un simple carré de tissu, a d’abord été un outil de protection contre les éléments. Aujourd’hui, il est devenu un accessoire de mode qui encadre le visage et impose une posture presque monacale. Comme le souligne Adrien Testard de Moismont, « le fichu doit parler d’authenticité ». Mais cette quête d’authenticité n’est-elle pas une manière de détourner l’attention des véritables enjeux sociopolitiques ?
Touche simple
Le fichu, autrefois symbole de labeur, est désormais réinventé par des designers qui lui insufflent une nouvelle vie. Mais à quel prix ? En célébrant cet accessoire, ne sommes-nous pas en train de nous voiler la face face à des réalités bien plus sombres ? Le fichu devient un geste de rébellion contre la rigidité des normes, mais il pourrait aussi servir à masquer des discours politiques déconnectés de la réalité.
Pourquoi cela dérange
La mode, en tant que reflet de la société, ne peut ignorer les contradictions qui l’entourent. Alors que le fichu est célébré comme un symbole de liberté et de créativité, des politiques autoritaires à travers le monde continuent de restreindre cette même liberté. La tendance du fichu pourrait-elle devenir un outil de contrôle social, un moyen de normaliser des discours qui, sous couvert de légèreté, cachent des vérités bien plus lourdes ?
Ce que cela implique concrètement
Le retour du fichu dans les garde-robes des fashionistas pourrait bien être le symptôme d’un besoin de réassurance dans un monde incertain. Mais cette réassurance est-elle fondée sur des bases solides ? En célébrant un accessoire qui évoque le passé, ne risquons-nous pas de nous enchaîner à des idéologies dépassées ?
Lecture satirique
Le fichu, ce symbole de mode, pourrait bien devenir l’outil idéal pour masquer les incohérences des discours politiques actuels. Alors que les gouvernements prônent la liberté, ils continuent de restreindre les droits fondamentaux. Le fichu, en tant que tendance, pourrait ainsi devenir le parfait alibi pour des politiques qui, sous couvert de modernité, perpétuent des pratiques archaïques.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, des leaders autoritaires utilisent des symboles de mode pour renforcer leur image tout en étouffant toute forme de dissidence. Le fichu pourrait-il devenir un emblème de cette contradiction ? En célébrant un accessoire qui évoque la simplicité et l’authenticité, ne risquons-nous pas de perdre de vue les véritables enjeux sociopolitiques ?
À quoi s’attendre
Si la tendance du fichu se maintient, il est probable que nous assistions à une réinterprétation de cet accessoire dans des contextes de plus en plus politiques. Les jeunes générations, en quête d’authenticité, pourraient bien faire du fichu un symbole de résistance. Mais cette résistance sera-t-elle suffisante pour contrer les dérives autoritaires qui se profilent à l’horizon ?
Sources





