Quand un foyer explose, on imagine spontanément la femme en larmes et l’homme qui claque la porte. La réalité que révèlent les chercheurs est tout autre — et nettement plus sombre pour les hommes. Plusieurs études récentes, dont une publiée en décembre 2025 dans la revue Qualitative Health Research par des chercheurs australiens de l’Université de Melbourne, montrent que le divorce constitue un point de rupture particulièrement dangereux pour les hommes : risque de suicide augmenté, dépression latente, dépendances, effondrement identitaire. En Israël, cette dynamique se superpose à un contexte de guerre prolongée qui fracture les couples à un rythme inédit.

En 2024, le nombre de dossiers de divorce ouverts devant les tribunaux rabbiniques israéliens a grimpé à 113 000, contre 102 000 l’année précédente. En 2025, une légère baisse a ramené ce chiffre à 109 000. Mais cette décrue ne reflète pas nécessairement un apaisement. Tamir Ashman, chargé de cours en travail social à l’Université de Tel Aviv et codirecteur général de l’association masculine Shvat Achim, tire la sonnette d’alarme : « Je rencontre énormément de « pauses » qui ne s’appellent pas encore divorce. Dans les familles, on voit de l’aliénation, des silences assourdissants, des arrangements de fait — ce sont des séparations invisibles. »

La guerre comme accélérateur de fracture

La guerre prolongée depuis le 7 octobre a percuté les structures familiales israéliennes de plein fouet. Les hommes mobilisés pendant des centaines de jours de réserve peinent à retrouver leur place dans le foyer à chaque retour. La professeure Rachel Levy-Shiff, psychologue et coauteure du livre Tous les deux, séparément. Divorce : conséquences et modes d’adaptation (paru en 2024 avec le professeur Amirram Raviv), décrit ce que vivent les couples : « Les femmes ont du mal à maintenir la cellule familiale en temps de guerre, mais elles préservent leur identité et leur continuité. Les hommes, eux, vivent un arrachement complet — coupés de leurs repères, de leurs valeurs, puis brusquement renvoyés dans la vie civile. »

Ashman renchérit : « Après chaque cycle de combats, chacun est épuisé et attend de l’autre compréhension et soulagement. L’autre, également épuisé, attend la même chose. Cela nous fait régresser d’un siècle en matière de polarisation de genre. »

500 hommes suicidés par an — le divorce en cause directe

Dans la culture populaire, les hommes sont perçus comme le côté fort de la séparation. Sur le plan économique, cette représentation n’est pas sans fondement : après un divorce, les femmes perdent en moyenne 50 % de leurs revenus, contre 20 % pour les hommes. Les femmes divorcées constituent le groupe le plus représenté sous le seuil de pauvreté. Les hommes retrouvent aussi plus facilement une nouvelle relation. Mais ces chiffres masquent une réalité clinique bien différente.

« Chaque année, 500 hommes se suicident en Israël, contre environ 100 femmes », rappelle Ashman. « Beaucoup de ces suicides sont directement liés à une séparation de couple ou familiale. Et 70 % des accidents mortels impliquent un conducteur masculin — une partie d’entre eux, on le sait, sont liés aux addictions ou constituent des tentatives de suicide déguisées. »

L’étude australienne publiée fin 2025 confirme cette tendance globale : les séparations et divorces augmentent significativement le risque suicidaire chez les jeunes hommes. Les chercheurs ont identifié plusieurs phases après une rupture — confusion, submersion émotionnelle, adaptation, rétablissement — avec un pic de détresse qui arrive plus tardivement chez les hommes que chez les femmes et qui dure plus longtemps.

Se séparer sans réseau

Un autre facteur aggravant : l’absence de réseau de soutien social. Depuis l’enfance, les garçons apprennent à couper les ponts avec leur vie émotionnelle. « Les hommes « normaux » ont honte de montrer leur vulnérabilité, même devant leurs proches », dit Ashman. « Dans un film américain, comment voit-on un homme après une séparation ? Il va dans un bar et demande au barman de remplir son verre encore et encore. Une femme, elle, ira se réconforter auprès d’une amie, d’une sœur, même de sa mère. Un homme mainstream aura honte d’afficher sa douleur devant un ami, encore plus devant un frère ou un père. »

Les hommes interrogés dans l’étude australienne décrivaient une période initiale marquée par la tristesse, la perte de motivation, l’anxiété face à l’avenir et une culpabilité tournée vers la question : qu’aurais-je pu faire autrement ? Curieusement, la colère — pourtant stéréotypiquement associée aux hommes — était peu mentionnée. Ce qui dominait, c’était une crise identitaire profonde : qui suis-je maintenant ? quels sont mes atouts ? quels sont mes défauts ?

Beaucoup avaient pris l’habitude de décharger leurs émotions sur leur partenaire. Avec la rupture, ils perdaient simultanément la relation et leur principale oreille attentive. Ce que les autres hommes de leur entourage leur offraient à la place ? Des injonctions à « serrer les dents », à enchaîner avec la prochaine relation, ou à « profiter de la liberté » pour multiplier les conquêtes.

La bombe à retardement et les trois mécanismes d’adaptation

Les chercheurs australiens ont documenté trois stratégies de coping principales après la séparation. La première est le repli sur soi — les hommes s’isolent pour traiter leurs émotions seuls, parfois de manière saine, parfois au détriment de liens qu’ils auraient besoin plus tard. La deuxième est la distraction : travail intense, substances, nouvelles rencontres. Une distraction qui peut donner l’illusion d’un fonctionnement normal. Ashman met en garde contre ce que lui appelle la « dépression masquée » : « L’extérieur est soigné, la carrière tient la route, mais l’intérieur est à l’abandon. Ça devient une bombe à retardement. »

Troisième stratégie, plus problématique celle-là : la reconstruction du moi masculin blessé par la dévalorisation des femmes. Certains hommes en séparation cherchent à retrouver un sentiment de contrôle en adoptant une posture victimaire, voyant leur ex — et les femmes en général — comme toutes-puissantes et malveillantes. Ashman est direct sur les conséquences : « Cette approche nuit à la co-parentalité, empoisonne les futures relations, et peut conduire à des comportements hostiles durant et après le divorce. »

Comment se séparer proprement

Le professeur Aaron Ben-Ze’ev, ancien président de l’Université de Haïfa et spécialiste de la philosophie des émotions, a réfléchi à l’art de rompre de façon à limiter les dommages psychologiques. « Le rejet romantique provoque un sentiment d’infériorité, et dans notre culture, les hommes accordent encore plus d’importance à l’honneur », explique-t-il. Beaucoup d’hommes ont grandi avec l’idée qu’ils choisissent et contrôlent — la rupture imposée brise ce sentiment de maîtrise.

Sa recommandation : éviter les formules qui désignent l’autre comme insuffisant. Valoriser plutôt l’incompatibilité mutuelle. « On peut dire : nous ne sommes pas bien ensemble. On peut dire : j’ai encore des sentiments pour toi, cette relation comptait pour moi. Et si la personne y est réceptive, elle peut suggérer qu’on reste amis. Cela atténue le sentiment que toute la relation était inutile ou qu’elle n’a jamais rien trouvé de bon en toi. »

La clarté reste néanmoins indispensable. « Définitivement clair, oui, mais en donnant la possibilité d’un closure — d’un récit positif de la séparation. Et surtout, rester poli. »

Vers une masculinité moins mortelle

La stratégie la plus efficace identifiée par les chercheurs reste ce qu’ils appellent la « divulgation dosée » : partager une petite partie de sa détresse à quelqu’un de confiance, suffisamment pour ne pas se sentir seul, sans craindre de perdre la face. Quand des thérapeutes ou des proches ont validé ces émotions comme normales et communes à d’autres hommes, la solitude et les pensées suicidaires reculaient significativement.

Beaucoup ont dit se sentir plus à l’aise pour se livrer devant des amies — les femmes de leur entourage étant perçues comme moins promptes à les juger sur leur fragilité supposée.

Le rétablissement, quand il venait, coïncidait avec la capacité à voir la relation passée dans sa globalité — bons et mauvais souvenirs confondus — et à identifier dans la séparation une opportunité de croissance plutôt qu’un verdict sur leur valeur en tant qu’hommes.

Ashman y voit une évolution générationnelle encourageante : « Mon père était plus adrénaline, plus coupé, plus dans la tempête. Moi, j’ai compris le prix de l’isolement émotionnel. Mes enfants font déjà une forme d’intégration — ni « féminin », ni « alpha », mais quelque chose de bien plus multidimensionnel. » Une masculinité moins rigide. Moins mortelle.

 

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Le Divorce : Une Épidémie Silencieuse qui Touche les Hommes en Israël

Le divorce, loin d’être une simple séparation, devient un véritable fléau pour les hommes israéliens, exacerbant des crises identitaires et des tragédies silencieuses.

Quand un foyer explose, on imagine spontanément la femme en larmes et l’homme qui claque la porte. La réalité que révèlent les chercheurs est tout autre — et nettement plus sombre pour les hommes. Plusieurs études récentes, dont une publiée en décembre 2025 dans la revue Qualitative Health Research par des chercheurs australiens de l’Université de Melbourne, montrent que le divorce constitue un point de rupture particulièrement dangereux pour les hommes : risque de suicide augmenté, dépression latente, dépendances, effondrement identitaire. En Israël, cette dynamique se superpose à un contexte de guerre prolongée qui fracture les couples à un rythme inédit.

Ce qui se passe réellement

En 2024, le nombre de dossiers de divorce ouverts devant les tribunaux rabbiniques israéliens a grimpé à 113 000, contre 102 000 l’année précédente. En 2025, une légère baisse a ramené ce chiffre à 109 000. Mais cette décrue ne reflète pas nécessairement un apaisement. Tamir Ashman, chargé de cours en travail social à l’Université de Tel Aviv et codirecteur général de l’association masculine Shvat Achim, tire la sonnette d’alarme : « Je rencontre énormément de « pauses » qui ne s’appellent pas encore divorce. Dans les familles, on voit de l’aliénation, des silences assourdissants, des arrangements de fait — ce sont des séparations invisibles. »

Pourquoi cela dérange

La guerre prolongée depuis le 7 octobre a percuté les structures familiales israéliennes de plein fouet. Les hommes mobilisés pendant des centaines de jours de réserve peinent à retrouver leur place dans le foyer à chaque retour. La professeure Rachel Levy-Shiff, psychologue et coauteure du livre Tous les deux, séparément. Divorce : conséquences et modes d’adaptation, décrit ce que vivent les couples : « Les femmes ont du mal à maintenir la cellule familiale en temps de guerre, mais elles préservent leur identité et leur continuité. Les hommes, eux, vivent un arrachement complet — coupés de leurs repères, de leurs valeurs, puis brusquement renvoyés dans la vie civile. »

Ce que cela implique concrètement

Chaque année, 500 hommes se suicident en Israël, contre environ 100 femmes. Beaucoup de ces suicides sont directement liés à une séparation de couple ou familiale. Et 70 % des accidents mortels impliquent un conducteur masculin — une partie d’entre eux, on le sait, sont liés aux addictions ou constituent des tentatives de suicide déguisées.

Lecture satirique

Dans la culture populaire, les hommes sont perçus comme le côté fort de la séparation. Sur le plan économique, cette représentation n’est pas sans fondement : après un divorce, les femmes perdent en moyenne 50 % de leurs revenus, contre 20 % pour les hommes. Mais ces chiffres masquent une réalité clinique bien différente. Les hommes, souvent encouragés à « serrer les dents » et à « profiter de la liberté », se retrouvent piégés dans une spirale de souffrance silencieuse. Ironiquement, la société valorise la force masculine tout en ignorant la vulnérabilité qui les ronge.

Effet miroir international

Cette dynamique n’est pas unique à Israël. Dans d’autres pays, comme les États-Unis ou la Russie, les hommes sont également confrontés à des crises d’identité exacerbées par des normes de masculinité rigides. Les politiques ultraconservatrices qui prônent la force et la domination masculine, tout en négligeant les besoins émotionnels, ne font qu’aggraver la situation. La tragédie est que ces hommes, souvent laissés pour compte, deviennent des statistiques dans un jeu politique où leur souffrance est invisibilisée.

À quoi s’attendre

Les tendances actuelles suggèrent que sans un changement radical dans la manière dont la société aborde la santé mentale masculine et les dynamiques de couple, nous pourrions voir une augmentation continue des crises suicidaires parmi les hommes. Il est impératif d’ouvrir le dialogue sur ces sujets, de briser le tabou de la vulnérabilité et de créer des réseaux de soutien.

Sources

Source : infos-israel.news

Le divorce tue plus les hommes que les femmes — et la guerre israelienne accelere la fracture
Visuel — Source : infos-israel.news
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