Le bétail africain : victime collatérale d’un conflit moyen-oriental

Le conflit au Moyen-Orient paralyse le marché du bétail en Afrique, révélant l’absurdité d’une économie dépendante des caprices géopolitiques.

En avril, alors que le monde s’égare dans des débats sur le pétrole, un autre acteur crucial reste coincé au port de Berbera, au Somaliland : le bétail. Les exportations, qui représentent de quatre à cinq millions de têtes par an, sont bloquées malgré un cessez-le-feu. Ridwan Ibrahim, directeur chez Qabyo Tire, souligne l’oubli tragique de l’alimentation au profit de l’or noir.

Ce qui se passe réellement

La fin du ramadan, l’Aïd el-Fitr et le Hadj fin mai sont des moments clés pour les exportateurs de bétail. Pourtant, au port de Berbera, les animaux attendent désespérément. Ibrahim déclare : « Beaucoup de monde parle uniquement du pétrole… Mais il y a aussi le bétail, l’alimentation qu’on oublie. » Les annulations d’exportations vers Bahreïn, le Qatar, le Koweït et les Émirats sont le résultat de la fermeture du détroit d’Ormuz. Les prix de transport ont doublé, et les éleveurs, coincés, subissent les conséquences d’une crise qui les dépasse.

Géraldine Pinault, chercheuse au Centre français des études éthiopiennes, ajoute que le bétail converge de très loin vers Berbera, des espaces pastoraux d’Éthiopie et de Somalie. Pour le Somaliland, le marché représente 85% des exportations, tandis que pour la Somalie, c’est plus de la moitié. L’Éthiopie, bien que moins dépendante officiellement, voit une grande partie de son marché demeurer informelle.

Pourquoi cela dérange

Les incohérences sont frappantes : alors que les gouvernements se battent pour le contrôle des ressources, les éleveurs de bétail sont laissés pour compte. Les infrastructures se développent pour l’abattage et l’exportation, mais les protocoles sanitaires compliquent la situation. L’annonce d’un cessez-le-feu en Iran est accueillie avec prudence, car le retour à la normale prendra des semaines, si ce n’est plus.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences sont directes : des communautés entières dépendent de ces exportations. Les éleveurs, qui ont transporté leurs animaux à pied ou en camion, se retrouvent coincés, attendant que les bateaux repartent. Une situation tragique qui souligne l’absurdité d’une économie mondiale interconnectée, où le sort d’un bétail africain peut être décidé par des conflits lointains.

Lecture satirique

Les discours politiques sur la nécessité de diversifier les économies semblent vides face à cette réalité. Les promesses de soutien aux agriculteurs et aux éleveurs se heurtent à la dureté des faits : les éleveurs sont laissés à la merci des décisions géopolitiques. Comme si le bétail n’était qu’un pion sur l’échiquier mondial, sacrifié pour des intérêts plus grands.

Effet miroir international

Ce scénario n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires ailleurs dans le monde, où les populations sont souvent les premières victimes des décisions politiques. Les États-Unis, la Russie et d’autres pays montrent que les discours sur le soutien à l’économie locale ne sont souvent que des mots en l’air, tandis que les véritables enjeux sont bien plus sombres.

À quoi s’attendre

Les tendances visibles laissent présager un avenir incertain pour le marché du bétail africain. Si le détroit d’Ormuz s’ouvre durablement, un retour à la normale pourrait être possible, mais les éleveurs restent sceptiques. La dépendance à des marchés extérieurs et à des conflits lointains est une recette pour la catastrophe.

Sources

Source : www.rfi.fr

Visuel — Source : www.rfi.fr
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