Les conclusions de l’étude sanitaire sur l’impact de la pollution à la dioxine à Lausanne, initialement présentées comme rassurantes par les autorités, sont aujourd’hui vivement remises en question par des scientifiques de renommée internationale, selon une enquête de l’émission Temps Présent de la RTS.

Article publié par RTS (Radio Télévision Suisse) le 3 octobre 2025

Les journalistes de Temps Présent ont soumis l’étude, rendue publique en août 2024, au Professeur Alfred Bernard, chercheur et toxicologue belge actif durant la crise de la dioxine en Belgique en 1999, et au docteur Agostino di Ciaula, spécialiste italien des pollutions industrielles à l’hôpital universitaire de Bari. Tous deux affirment que l’étude, réalisée par Unisanté, sur mandat du Département cantonal de la Santé, souffre d’une méthodologie lacunaire et présente des « résultats non concluants ».

Lausanne vit sous le poids d’un lourd héritage : une contamination massive aux dioxines, substances cancérogènes, issues de son ancien incinérateur du Vallon. Des taux dans le sol dépassant jusqu’à 32 fois les normes fédérales ont été relevés. Face à l’inquiétude des habitants, dont certains ont développé des cancers qu’ils attribuent aux effets de la dioxine, une étude, dite d’imprégnation, a été confiée à Unisanté.

Celle-ci a porté sur 100 résidents lausannois, divisés en deux groupes. Un groupe dit « exposé », consommant des légumes et des œufs issus de leur jardin contaminé à la dioxine. Et un groupe dit de « contrôle », se nourrissant avec des produits achetés dans le commerce. Malgré une différence de 21% de dioxine dans le sang pour le groupe exposé, Unisanté a jugé cette différence « non significative », concluant à un « risque de cancer minimal ». L’annonce a été accueillie avec soulagement par les autorités, le médecin cantonal d’alors, Karim Boubaker, affirmant par exemple que les Lausannois n’étaient « pas plus confrontés aux dioxines qu’ailleurs ».

Critiques méthodologiques

Le Professeur Alfred Bernard juge l’étude « scientifiquement non fondée » et « non concluante ». Sa critique principale : le mélange, dans le groupe « exposé », de personnes consommant des œufs et des légumes. Les dioxines s’accumulant dans les graisses animales, ce mélange a « dilué l’exposition », en faussant la capacité à identifier les plus à risque. Il estime qu’il aurait fallu cibler des personnes âgées consommant des produits gras locaux.

Le docteur Agostino di Ciaula critique le choix du groupe de contrôle, dans la zone contaminée. Il estime qu’il aurait fallu comparer les habitants exposés à la dioxine à un groupe non exposé, hors de Lausanne. Il qualifie également l’échantillon de 100 participants de « très faible », par rapport aux 200 prévus initialement dans l’étude, ce qui limite, selon lui, « de manière critique la possibilité de trouver des différences significatives ». Lui aussi estime que le rapport est « très préliminaire et non concluant ».

Une étude faite « dans les règles de l’art »

Ces critiques interrogent sur la décision des autorités de ne pas mener de recherches approfondies sur l’incidence du cancer chez les Lausannois. Le contrat entre le Canton et Unisanté, obtenu par Temps Présent, prévoyait en effet des investigations supplémentaires uniquement en cas de « différence significative ». Or, la différence de 21% de dioxine dans le sang entre les deux groupes est considérée comme non significative, un résultat mis en doute par les experts consultés.

Confrontée oralement aux critiques des deux experts, la médecin cantonale adjointe, Stéphanie Boichat Burdy, défend la validité de l’étude, qui a été selon elle « faite dans les règles de l’art » et qui est « scientifiquement valable », tout en reconnaissant ses « limites » : « On sent cette demande au niveau individuel des gens qui sont malades, qui est tout à fait compréhensible. Mais on ne pourra pas répondre à ces questions individuelles.  » Natacha Litzistorf, municipale en charge de l’Environnement, n’a « pas de raison de douter à ce jour de la probité des chercheurs d’Unisanté », tout en se disant ouverte à « d’autres expertises scientifiques ».

Les résultats de l’étude d’imprégnation ont été publiés dans la revue scientifique International Journal of Hygiene and Environmental Health, et soulignent surtout le rôle de la consommation d’œufs dans la contamination à la dioxine.

>> Les explications de Jean-Philippe Ceppi dans Forum :

Pollution à la dioxine : les autorités lausannoises ont-elles minimisé le problème ? Interview de Jean-Philippe Ceppi / Forum / 6 min. / le 2 octobre 2025

>> Ecouter aussi le sujet de La Matinale vendredi :

Comment cultiver son jardin de quartier quand la terre est saturée de métaux lourds et autres molécules toxiques ? Exemple dans le quartier du Vallon à Lausanne, où lʹassociation de quartier a développé un potager associatif avec lʹaide de la ville de Lausanne, après avoir déblayé et remplacé 40 cm de sol pollué. [RTS – Lucile Solari]RTS – Lucile Solari

L’étude confiée à Unisanté sur la pollution à la dioxine à Lausanne suscite des inquiétudes / La Matinale / 1 min. / le 3 octobre 2025

Jean-Philippe Ceppi

Lausanne : Quand la Dioxine Fait Son Grand Retour, Mais Pas de Panique !

Une étude sur la pollution à la dioxine à Lausanne, initialement présentée comme rassurante, est aujourd’hui mise en doute par des experts. Qui a dit que la science était simple ?

Ah, Lausanne ! Ville de l’horloge fleurie, des chocolats raffinés, et maintenant, un héritage d’incinérateurs qui laisse un goût amer. L’étude sur l’impact de la pollution à la dioxine, commandée par le Département cantonal de la Santé et réalisée par Unisanté, devait rassurer les Lausannois. Mais voilà, les scientifiques de renom, comme le Professeur Alfred Bernard et le docteur Agostino di Ciaula, viennent de faire un retour fracassant sur le devant de la scène, armés de critiques acerbes et de méthodologies douteuses. Qui aurait cru que la santé publique pouvait être si… compliquée ?

Ce qui se passe réellement

Lausanne, avec son ancien incinérateur du Vallon, a hérité d’une contamination massive aux dioxines, ces substances cancérogènes qui ne sont pas exactement les meilleures amies de la santé. Des taux dans le sol atteignant jusqu’à 32 fois les normes fédérales ont été relevés. Face à l’inquiétude des habitants, une étude d’imprégnation a été confiée à Unisanté, portant sur 100 résidents. Deux groupes ont été formés : l’un exposé, consommant des produits de leur jardin contaminé, et l’autre, un groupe de contrôle, se nourrissant de produits du commerce. Malgré une différence de 21% de dioxine dans le sang, Unisanté a jugé cette différence « non significative ». Ouf, tout va bien, n’est-ce pas ?

Pourquoi cela dérange

Les critiques fusent. Le Professeur Bernard qualifie l’étude de « scientifiquement non fondée » et « non concluante ». Le mélange des groupes, avec des personnes consommant des œufs et des légumes, dilue l’exposition et complique les choses. Le docteur di Ciaula, quant à lui, remet en question le choix du groupe de contrôle, qui, surprise, se trouve dans une zone contaminée. Il appelle à une comparaison avec un groupe non exposé, hors de Lausanne. Mais qui a besoin de logique quand on a des statistiques rassurantes ?

Ce que cela implique concrètement

Ces critiques soulèvent des questions sur la décision des autorités de ne pas approfondir les recherches sur l’incidence du cancer chez les Lausannois. Le contrat avec Unisanté stipulait que des investigations supplémentaires ne seraient menées qu’en cas de « différence significative ». Donc, si la différence est jugée non significative, pourquoi se donner la peine de creuser davantage ?

Lecture satirique

Les autorités lausannoises, avec leur air détaché, semblent dire : « Pas de panique, tout va bien, nous avons des chiffres ! » Pendant ce temps, les habitants, eux, se demandent si leur jardin est un champ de bataille chimique. La promesse d’une étude rassurante s’est transformée en un labyrinthe de méthodologies douteuses. Qui aurait cru que la santé publique pouvait être aussi… élastique ?

Effet miroir international

En regardant au-delà des frontières, on pourrait penser à d’autres gouvernements qui minimisent les crises sanitaires. Les États-Unis, avec leur gestion des épidémies, ou la Russie, qui préfère souvent ignorer les problèmes plutôt que de les affronter. La santé publique, un sujet universel, mais les solutions semblent souvent aussi floues que les résultats d’une étude mal conçue.

À quoi s’attendre

La situation à Lausanne pourrait bien évoluer, mais pas sans une pression accrue des citoyens. Les appels à des recherches plus approfondies se feront de plus en plus entendre, surtout si les cas de cancer continuent d’augmenter. Les autorités devront-elles finalement faire face à la réalité ?

Sources

Source : contrelincinerateurcorse.o-zi.com

Pollution à la dioxine à Lausanne : l'étude visant à rassurer est'non concluante', selon des experts européens
Visuel — Source : contrelincinerateurcorse.o-zi.com
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