
Table Of Content
- Des répercussions en cascade
- Télétravail, plafonnement, subventions…
- Inquiétudes régionales
- Ce qui se passe réellement
- Des répercussions en cascade
- Télétravail, plafonnement, subventions…
- Pourquoi cela dérange
- Ce que cela implique concrètement
- Lecture satirique
- Effet miroir international
- À quoi s’attendre
- Sources
Région très dépendante des hydrocarbures du Golfe, l’Asie du Sud-Est subit de plein fouet les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz. Les gouvernements multiplient les mesures d’urgence pour faire face aux effets de la guerre au Moyen-Orient.
Le détroit d’Ormuz, aujourd’hui quasiment fermé, est l’un des principaux goulots d’étranglement de l’économie mondiale. Or, s’il y a bien une région qui risque de suffoquer, c’est l’Asie du Sud-Est. Près de 90% du gaz naturel liquéfié (GNL) et plus de 80% du pétrole qui circulent dans le détroit sont destinés au continent asiatique, dont une part importante alimente les économies de l’Asean, très dépendantes des hydrocarbures des pays du Golfe.
Certains de ces Etats importent entre 60 % et 90 % de leur pétrole et de leur GNL du Moyen-Orient. Sans rétablissement des flux ou une diversification rapide, cette dépendance structurelle fait peser un risque sérieux de pénurie alors que les économies de la région – industrie manufacturière, pétrochimie, électronique, textile, transport maritime et aérien – sont très gourmandes en énergie.
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Une situation aggravée par des marges de manœuvre budgétaires limitées et un recours massif aux subventions. L’Indonésie, la Malaisie ou la Thaïlande dépensent déjà beaucoup pour maintenir des prix de l’énergie « supportables ». Lorsque le baril s’envole largement au-delà des hypothèses retenues dans leurs budgets, les gouvernements sont pris en étau entre le risque de dérapage des déficits et celui d’une explosion sociale.
« Le prix du pétrole a grimpé en flèche pour dépasser les 100 dollars le baril depuis le début de l’opération Epic Fury, et ce sont les pays de la région indo-pacifique qui en paient le prix le plus fort : les prix ont augmenté de près de 50 % au Vietnam, suivis de près par le Laos, le Cambodge et l’Australie, explique la spécialiste Caroline Baxter, directrice du Converging Risks Lab au sein du Council on Strategic Risks. Sans perspective claire de fin du conflit, ni garantie quant à la date de reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz, c’est précisément la crise géopolitique que redoutaient les nations dépendantes des combustibles fossiles.»
Des répercussions en cascade
Dans la région, les effets du conflit se mesurent d’abord à la pompe. Au Vietnam, le prix de l’essence a bondi en quelques jours. Aux Philippines, au Laos, en Thaïlande ou en Birmanie, les scènes de stations-service prises d’assaut se multiplient, alimentées par la crainte des pénuries. En Birmanie, les autorités ont décidé d’encadrer strictement la distribution et d’imposer des rationnements pour éviter la rupture. Pour des populations aux revenus modestes, quelques centimes de plus par litre se répercutent rapidement sur le coût de la vie.
La hausse des prix de l’énergie affecte les coûts de transport, de production et, en bout de chaîne, les prix des denrées. Les pêcheurs vietnamiens hésitent à prendre la mer, faute de marges suffisantes pour absorber l’augmentation du gasoil. Les transporteurs routiers et les services de fret voient leurs coûts exploser, menaçant la rentabilité des petites entreprises. Dans les pays où l’inflation était déjà sous surveillance, comme l’Indonésie, cette nouvelle poussée nourrit les inquiétudes d’un glissement vers un contexte stagflationniste, associant croissance ralentie et hausse durable des prix.
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La pétrochimie, qui repose sur un approvisionnement stable en naphta, propane ou butane importés du Golfe, est l’un des premiers secteurs à être touché. En Indonésie, des groupes comme Chandra Asri ont activé des clauses de « force majeure », suspendant certaines livraisons ou réduisant la production. En Thaïlande, certaines filiales de raffinage et de pétrochimie ont également dû réduire ou suspendre leurs activités. Or, si les intrants pétrochimiques manquent ou deviennent trop coûteux, cela pourrait affecter les fabricants de plastiques, de composants électroniques ou de pièces automobiles, avec par la suite des effets en cascade sur l’emploi et les exportations.
Dans le secteur des services, le tourisme, pilier économique en Thaïlande, au Cambodge ou en Indonésie, est menacé par la double combinaison de la hausse du prix du carburant aérien et du bouleversement des routes aériennes. La fermeture ou la réduction drastique des activités des grands hubs du Golfe complique l’accès aux destinations d’Asie du Sud-Est pour les voyageurs européens ou américains, qui passaient massivement par ces plateformes. L’annulation de milliers de vols, les hausses de tarifs liées au kérosène et les redistributions du trafic complexifient la reprise touristique.
Télétravail, plafonnement, subventions…
Face à ce choc, la priorité immédiate a été d’amortir le choc des prix pour les ménages et les entreprises. Plusieurs gouvernements ont mobilisé leurs fonds de stabilisation pour contenir la hausse à la pompe, comme la Thaïlande, qui a plafonné temporairement le prix du diesel et utilisé son Oil Fund pour compenser les distributeurs. Le Vietnam a suspendu les droits de douane sur les importations de carburants et a activé un fonds de stabilisation pour limiter les augmentations à la pompe. La Malaisie s’est efforcée de maintenir le prix du carburant subventionné, en précisant que cette politique ne pourrait durer indéfiniment. L’Indonésie a relevé le montant alloué aux subventions énergétiques dans son budget, au risque de creuser un déficit déjà sous tension.
Parallèlement, beaucoup de pays ont mis en place des mesures de sobriété et de gestion de la demande énergétique. Les Philippines ont adopté la semaine de quatre jours pour les administrations publiques, assortie d’objectifs de réduction de la consommation d’électricité et de carburant. La Thaïlande et le Vietnam ont encouragé le télétravail pour les agents publics et, dans la mesure du possible, pour les salariés du secteur privé, en demandant de réduire l’usage de la climatisation et de privilégier les transports collectifs ou le covoiturage. En Birmanie, la junte a imposé des restrictions de circulation avec des jours alternés selon les plaques d’immatriculation, illustrant une gestion autoritaire d’une pénurie latente.
Sur le plan de l’approvisionnement, les gouvernements cherchent à diversifier leurs sources. La Thaïlande, le Vietnam, les Philippines ou l’Indonésie explorent des options alternatives en Afrique, en Russie, en Amérique ou dans d’autres pays asiatiques, afin de réduire la part de leurs importations transitant par Ormuz. Mais ces redéploiements exigent du temps, des ajustements logistiques et des coûts supplémentaires. Ils ne peuvent, à court terme, que partiellement compenser le blocage d’un corridor aussi central.
Inquiétudes régionales
Au niveau régional, l’Asean a adopté un ton résolument prudent mais inquiet. Les ministres des Affaires étrangères et de l’Économie ont appelé à un cessez-le-feu immédiat, tout en insistant sur la nécessité de maintenir ouverts les grands corridors énergétiques et commerciaux. Ils ont mis en avant les mécanismes existants de coopération énergétique et ont évoqué une accélération de la transition énergétique, avec davantage de recours aux renouvelables, même si les experts restent sceptiques sur la capacité de la région à transformer rapidement ces déclarations en politiques concrètes.
Mais la crise a également une dimension géopolitique : la réorientation des forces américaines vers le Moyen-Orient alimente les interrogations sur la solidité de l’engagement des États-Unis en Indo-Pacifique, au moment où les tensions en mer de Chine méridionale restent vives. Dans ce jeu géopolitique complexe, l’Asean tente de maintenir sa ligne traditionnelle de non-alignement, alors que la sécurité de ses approvisionnements et la stabilité de sa croissance dépendent d’un équilibre international qu’elle ne maîtrise pas.
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L’Asie du Sud-Est : entre pénurie d’énergie et promesses vides
Le détroit d’Ormuz, presque fermé, plonge l’Asie du Sud-Est dans une crise énergétique, révélant les incohérences des politiques gouvernementales.
Alors que le détroit d’Ormuz, ce goulot d’étranglement vital, se retrouve quasiment paralysé, l’Asie du Sud-Est, cette région si dépendante des hydrocarbures, est prise à la gorge. Qui aurait cru que la guerre au Moyen-Orient aurait des répercussions aussi directes sur le prix de l’essence dans les stations-service de Hanoï ? Mais ne vous inquiétez pas, les gouvernements locaux ont des « solutions » à la hauteur de leur inaction.
Ce qui se passe réellement
Le détroit d’Ormuz, aujourd’hui quasiment fermé, est l’un des principaux goulots d’étranglement de l’économie mondiale. Près de 90 % du gaz naturel liquéfié (GNL) et plus de 80 % du pétrole qui circulent dans le détroit sont destinés à l’Asie, alimentant les économies de l’Asean, très dépendantes des hydrocarbures du Golfe. Certains États importent entre 60 % et 90 % de leur pétrole et de leur GNL du Moyen-Orient. Sans rétablissement des flux ou diversification rapide, cette dépendance structurelle fait peser un risque sérieux de pénurie.
Les gouvernements, pris entre le risque de dérapage des déficits et celui d’une explosion sociale, tentent de maintenir des prix « supportables ». L’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande dépensent déjà des sommes considérables pour éviter que la colère populaire ne déborde. « Le prix du pétrole a grimpé en flèche pour dépasser les 100 dollars le baril depuis le début de l’opération Epic Fury », explique Caroline Baxter, directrice du Converging Risks Lab.
Des répercussions en cascade
Les effets du conflit se mesurent d’abord à la pompe. Au Vietnam, le prix de l’essence a bondi. Aux Philippines, au Laos, en Thaïlande ou en Birmanie, les scènes de stations-service prises d’assaut se multiplient. En Birmanie, les autorités imposent des rationnements pour éviter la rupture. Pour des populations aux revenus modestes, quelques centimes de plus par litre se répercutent rapidement sur le coût de la vie.
La hausse des prix de l’énergie affecte les coûts de transport, de production et, en bout de chaîne, les prix des denrées. Les pêcheurs vietnamiens hésitent à prendre la mer, et les transporteurs routiers voient leurs coûts exploser. Dans des pays comme l’Indonésie, où l’inflation était déjà sous surveillance, cette nouvelle poussée nourrit les inquiétudes d’un glissement vers un contexte stagflationniste.
Télétravail, plafonnement, subventions…
Face à ce choc, la priorité immédiate a été d’amortir le choc des prix. Plusieurs gouvernements ont mobilisé leurs fonds de stabilisation. La Thaïlande a plafonné temporairement le prix du diesel, tandis que le Vietnam a suspendu les droits de douane sur les importations de carburants. Mais ces mesures, à court terme, ne peuvent que masquer une réalité bien plus sombre.
En Birmanie, la junte impose des restrictions de circulation, illustrant une gestion autoritaire d’une pénurie latente. Pendant ce temps, les gouvernements explorent des options alternatives en Afrique, en Russie ou ailleurs, mais ces redéploiements exigent du temps et des coûts supplémentaires.
Pourquoi cela dérange
Les incohérences sont frappantes : des gouvernements qui prônent la transition énergétique tout en restant accrochés à leurs subventions pour les combustibles fossiles. Les promesses de diversification sont souvent des discours creux, face à une réalité où le pétrole reste roi.
Ce que cela implique concrètement
Concrètement, cela signifie des prix qui s’envolent, des pénuries potentielles et une population qui gronde. Les petites entreprises, déjà fragilisées, sont menacées de faillite, et les ménages voient leur pouvoir d’achat s’effondrer.
Lecture satirique
Les discours politiques sont déconnectés de la réalité : « Ne vous inquiétez pas, nous avons un plan ! » disent-ils, tout en regardant les prix grimper. Les promesses de transition énergétique se heurtent à la dure réalité des marchés.
Effet miroir international
Pendant ce temps, les États-Unis, en réorientant leurs forces vers le Moyen-Orient, alimentent les doutes sur leur engagement en Indo-Pacifique. Les tensions en mer de Chine méridionale ne font qu’ajouter à la complexité de la situation.
À quoi s’attendre
À court terme, attendez-vous à des mesures d’urgence qui ne feront qu’effleurer le problème. À long terme, la nécessité de diversifier les sources d’énergie sera plus pressante que jamais.
Sources





