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2 avril 2026
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92 minutes
En collaboration avec
Fondation Gabriel Péri
Table Of Content
L’anthropologie contemporaine, en tout cas en France, a volontiers délaissé les questions larges sur les sociétés humaines, dont celle de leurs trajectoires de long terme. L’idée même d’évolution sociale est déconsidérée.
Parallèlement, une attention croissante s’est portée sur les « ontologies », d’une manière qui brouille la frontière entre la réalité objective et ses représentations subjectives.
Traitant de sujets aussi variés que la domination masculine, l’émergence des inégalités de richesse, ou les conflits collectifs, Christophe Darmangeat s’inscrit dans une tradition de pensée qui, dans un dialogue permanent avec l’archéologie, replace au centre de ses préoccupations le mouvement global des sociétés humaines depuis le Paléolithique, ainsi que les déterminismes matériels qui l’ont façonné.
Christophe Darmangeat est anthropologue social, maître de conférences (HDR) à l’Université Paris Cité.
Il a publié divers ouvrages, dont Casus belli (La Découverte, 2025) et, avec l’archéologue Anne Augereau, Aux origines du genre (PUF, 2022).
En plus de contribuer régulièrement à la revue La Pensée, il anime le blog La hutte des classes.
L’anthropologie à l’ère des idéologies : entre déni et dérive
L’anthropologie contemporaine en France semble avoir oublié ses racines, laissant place à une vision étriquée de l’évolution sociale, tandis que les inégalités et la domination masculine prospèrent.
Dans un monde où les discours politiques se multiplient, l’anthropologie, cette science qui devrait éclairer nos trajectoires humaines, se retrouve à la traîne. L’idée même d’évolution sociale, jadis au cœur des préoccupations, est désormais reléguée au rang de curiosité. Comme si l’on avait décidé de tourner le dos à notre histoire collective pour se concentrer sur des « ontologies » qui brouillent la frontière entre réalité objective et représentations subjectives. On pourrait presque croire que les anthropologues ont décidé de jouer à cache-cache avec les vérités dérangeantes.
Ce qui se passe réellement
Christophe Darmangeat, anthropologue social et maître de conférences à l’Université Paris Cité, dénonce cette dérive dans ses travaux. Il s’inscrit dans une tradition de pensée qui, en dialogue avec l’archéologie, remet au centre des préoccupations le mouvement global des sociétés humaines depuis le Paléolithique. Son livre Casus belli (La Découverte, 2025) et sa collaboration avec l’archéologue Anne Augereau sur Aux origines du genre (PUF, 2022) illustrent cette volonté de reconnecter avec les déterminismes matériels qui façonnent nos sociétés.
Pourquoi cela dérange
Cette remise en question des dogmes contemporains est dérangeante pour ceux qui préfèrent naviguer dans les eaux troubles de l’ignorance. Les discours politiques, souvent déconnectés des réalités sociales, semblent ignorer les inégalités croissantes et la domination masculine qui s’érigent comme des murs invisibles autour de nos sociétés. La tentation de réduire l’anthropologie à une simple étude des « ontologies » est une manière élégante de fuir les vérités qui fâchent.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette dérive sont palpables. En négligeant l’évolution sociale, on abandonne la lutte contre les inégalités et les injustices. Les discours politiques qui promettent un avenir radieux se heurtent à la réalité d’une société de plus en plus fragmentée, où les privilèges s’accumulent pour quelques-uns tandis que les autres peinent à joindre les deux bouts.
Lecture satirique
Il est presque comique de voir des politiciens promettre des lendemains qui chantent tout en ignorant les cris de désespoir qui résonnent dans les rues. Ces promesses, souvent en décalage avec la réalité, rappellent les contes de fées où tout est possible, tant que l’on ferme les yeux sur les vérités dérangeantes. Les contradictions entre discours et réalité sont si flagrantes qu’elles pourraient presque servir de scénario pour une comédie satirique.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, les dérives autoritaires et ultraconservatrices, que ce soit aux États-Unis ou en Russie, montrent que cette tendance n’est pas isolée. Les discours qui minimisent l’importance de l’évolution sociale et des luttes pour l’égalité sont souvent le reflet d’un désir de contrôle et de répression. La déconnexion entre les élites politiques et les réalités vécues par les citoyens est un phénomène global qui mérite d’être dénoncé.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous pouvons nous attendre à une aggravation des inégalités et à une montée des tensions sociales. Les discours politiques, loin de résoudre les problèmes, risquent de les exacerber, laissant les citoyens dans une situation de plus en plus précaire.


