L’anglais, nouvelle langue officielle : un projet de loi qui ne fait que renforcer le statu quo
Un projet de loi qui ne fait que confirmer une réalité déjà établie, mais qui coûte un temps et de l’argent précieux à la Nouvelle-Zélande.
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Dans un éditorial cinglant, le vénérable Otago Daily Times, le plus ancien quotidien de Nouvelle-Zélande, critique la coalition au pouvoir à Wellington pour avoir introduit au Parlement un projet de loi visant à reconnaître une nouvelle langue officielle pour l’archipel : l’anglais. “Un gaspillage de temps et d’argent”, pour une loi qui “ne fait qu’entériner le statu quo…”
“Les cyniques diront peut-être que le Parlement produit beaucoup de choses inutiles, mais il vient clairement de se surpasser avec la présentation de ce projet de loi.”
C’est mardi 3 mars que la coalition de droite au pouvoir a fait adopter en première lecture cette législation, qui doit repartir en commission parlementaire avant d’être votée pour de bon. Ce texte, “qui tient sur deux pages seulement, affirme que, si l’anglais est depuis longtemps une langue officielle de facto, ce statut n’a jamais été inscrit dans la loi”, contextualise le site d’information Te Ao Maori News, qui propose lui-même une édition bilingue, en langues anglaise et maorie.
Ce qui se passe réellement
Le projet de loi a été déposé au nom du ministre de la Justice, Paul Goldsmith, issu du National Party, de centre droit. Lequel ministre ne cache pas un certain inconfort avec l’objet du texte, au point de n’avoir même pas été présent lors de sa lecture devant les élus du Paremata Aotearoa – le Parlement de l’archipel.
“Eh bien non, je n’y suis pas allé”, confirme l’intéressé auprès du site d’information Stuff. Ce n’est pas notre priorité, c’est juste un accord de coalition avec NZ First. Mais ils y tiennent particulièrement et nous, nous avons besoin d’eux pour beaucoup de choses que nous voulons faire adopter.
NZ First est un parti populiste qui complète la coalition au pouvoir à son extrême droite. Son fondateur et chef, Winston Peters, a fait “un combat personnel” de la reconnaissance de l’anglais comme langue officielle, rappelle le magazine en ligne The Spinoff. Il argue notamment qu’il est “de bon sens” de reconnaître la langue utilisée quotidiennement par les Néo-Zélandais “afin de mieux la défendre”.
L’anglais, en péril ?
Or, contrairement aux affirmations de Peters, l’anglais n’est pas vraiment menacé d’extinction en Nouvelle-Zélande, ironise l’Otago Daily Times :
“Les Néo-Zélandais n’errent pas dans les rues, en perte de repère parce qu’ils ne trouvent pas les bibliothèques, les commissariats ou les mairies.”
Parlé par plus de 96 % de la population néo-zélandaise, l’anglais est utilisé par défaut dans tous les tribunaux, au Parlement, par l’administration… Or, selon le linguiste Vincent Ieni Olsen-Reeder, interrogé par Te Ao Maori News, “l’officialisation d’une langue par la loi intervient généralement pour […] empêcher la disparition d’une langue ou pour la soutenir”. C’est précisément ce qui a présidé à l’officialisation de jure de la langue maorie en Nouvelle-Zélande, en 1987 – après plus d’un siècle de répression et d’imposition de l’anglais par les colons d’origine britannique.
“Il est tout de même difficile de défendre juridiquement l’idée que l’anglais est menacé en Nouvelle-Zélande, en Australie ou aux États-Unis”, confirme Louisa Willoughby, professeure de linguistique à l’université Monash, à Melbourne. Il est d’ailleurs rare que les pays anglophones comptent l’anglais comme langue officielle – à commencer par le Royaume-Uni lui-même, qui reconnaît de jure le gallois, mais pas l’anglais.
Pourquoi cela dérange
Cette législation, au-delà de son absurdité, soulève des questions fondamentales sur la place des langues et des cultures en Nouvelle-Zélande. En effet, pourquoi investir du temps et des ressources dans une loi qui ne fait que renforcer une situation déjà établie ? Cela semble plus être une manœuvre politique qu’une véritable nécessité.
Ce que cela implique concrètement
La reconnaissance de l’anglais comme langue officielle pourrait avoir des implications sur les politiques linguistiques et culturelles, notamment en ce qui concerne les droits des populations maories et la préservation de leur langue. En effet, cela pourrait être perçu comme une tentative de minimiser l’importance de la langue maorie, déjà fragilisée par des décennies de domination linguistique.
Lecture satirique
En somme, cette loi apparaît comme un bel exemple de la déconnexion entre les promesses politiques et la réalité. Alors que le gouvernement se targue de défendre l’anglais, il semble ignorer les véritables enjeux linguistiques et culturels qui touchent le pays. La situation rappelle étrangement les discours de certains dirigeants autoritaires qui, sous couvert de patriotisme, cherchent à imposer une vision unique et réductrice de la culture nationale.
Effet miroir international
Cette situation n’est pas sans rappeler les dérives observées dans d’autres pays, comme aux États-Unis, où l’anglais a été désigné comme langue officielle par décret de Donald Trump. Une décision qui, tout comme celle de la Nouvelle-Zélande, semble davantage motivée par des considérations politiques que par une réelle nécessité linguistique.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous pourrions assister à un renforcement des politiques linguistiques qui privilégient l’anglais au détriment des langues autochtones, exacerbant ainsi les tensions culturelles et linguistiques au sein de la société néo-zélandaise.
Sources
Source : www.courrierinternational.com




