Argumentaire

Depuis son essor durant les années 1970-1980, l’histoire de la sexualité a construit son objet d’études en englobant constamment la question des déviances. Les sources les plus couramment disponibles l’y ont incitée, depuis les manuels de confession égrenant des listes de péchés à rédimer jusqu’aux écrits médicaux décrivant des pratiques qualifiées de pathologiques, en passant par les archives et chroniques judiciaires réprimant délits et crimes sexuels. Peu à peu, dans le prolongement des observations de Michel Foucault, l’histoire de la sexualité a aussi découvert le revers de « l’hypothèse répressive », une abondance insoupçonnée de discours sur la sexualité, souvent normatifs mais aussi transgressifs ou simplement interrogatifs sur le bien-fondé des normes – écrits et œuvres érotiques, journaux intimes, réflexions savantes explorant la psyché humaine ou raisonnant sur les irrégularités statistiques des enquêtes sociales. En portant attention aux déviances, l’histoire de la sexualité a travaillé sur l’évolution des terminologies les désignant – péché contre nature, perversion, anormalité – et sur les régimes de normes qui les régiss(ai)ent, s’intéressant aux producteurs et garants de ces normes (institutions religieuses et séculières, système éducatif, institutions médicales et psychiatriques, famille, voisinage, artistes, etc.). Accompagnant les utopies, rêves et aspirations à l’égalité des sexes, à la reconnaissance des minorités sexuelles et de genre, au recul d’une morale sexuelle jugée contraignante, cette démarche a opéré une historicisation critique de la notion même de déviance. Pour autant, les orientations les plus récentes de la recherche, dans le contexte qui a suivi le #MeToo, en s’intéressant aux situations d’inégalité, de contrainte et de violence, réexaminent cette question de la déviance en la déplaçant. En centrant l’attention sur des processus de domination liés à l’âge, au genre, au statut social, à l’ethnie, la race, la nation ou encore à l’appartenance religieuse, la recherche historique interroge à nouveaux frais les frontières de l’acceptable et du réprouvé, du banal et du monstrueux, de l’ordinaire et de l’exceptionnel dans les sociétés passées et récentes.

L’atelier invite à confronter des configurations historiques différentes, du début de l’époque moderne jusqu’à nos jours, à partir de sources, de méthodes et d’approches différentes. L’espace considéré est l’espace européen du XVIe au XXIe siècle. Des communications portant sur des espaces extra-européens et coloniaux peuvent être proposées dans une perspective comparatiste ou connectée. L’objectif n’est pas de donner une réponse unique et univoque à des questions complexes, mais d’y réfléchir et d’en discuter ensemble au cours de l’atelier, et à travers une multiplicité de points de vue.

Parmi les pistes proposées, la première porte sur la production des normes qui régissent la sexualité, normes qui définissent explicitement ou en creux des zones de déviance. On pourra s’intéresser aux producteurs des normes, aux vecteurs et supports qui les diffusent – parfois sur une très longue durée –, à leur réception, intériorisation et incorporation, aux conflits qu’elles engendrent lorsqu’elles sont plurielles, à leur critique et à leur remise en cause.

La deuxième porte sur les populations considérées comme déviantes dans leur sexualité, dans une perspective sociale et politique. On pourra s’intéresser à leur (in)visibilité, aux types de sociabilité et de culture qu’elles ont développées, aux luttes et mobilisations qu’elles ont menées, ainsi qu’à l’identification ou au rejet qu’elles ont opéré des stigmates ou autres représentations les concernant.

La troisième renvoie aux liens qui existent entre populations marginales, réprouvées ou discriminées socialement d’une part, et déviances sexuelles d’autre part. Qu’il s’agisse de différences perçues liées à la religion, à l’ethnie, à la nationalité, à la couleur ou encore à l’appartenance sociale, toute une série de discours et de représentations se sont attachés historiquement à renforcer ces différences, mises à l’écart ou exploitation, en projetant sur ces populations un imaginaire de déviances sexuelles qu’il s’agira d’analyser.

Une quatrième piste renverra aux problématiques de la contrainte et de la violence sexuelles pour examiner dans quelles mesures celles-ci sont considérées ou non comme relevant de la déviance, que cette déviance soit définie historiquement suivant des critères moraux, sociaux ou genrés.

L’atelier est ouvert aux doctorants et aux étudiants de M2 de toutes disciplines et de toutes nationalités. Une attention particulière sera portée aux questions théoriques et de méthode, à la réflexion sur les sources et les documents à mobiliser et les échelles d’analyse. Des séances historiographiques et problématiques alterneront avec des ateliers centrés sur la présentation des travaux des étudiants. Les langues de travail sont le français, l’italien et l’anglais. Une bonne compréhension du français est toutefois nécessaire.

Comité scientifique : Albane Cogné (EFR), Silvia Sebastiani (EHESS), Sylvie Steinberg (EHESS)

 

Modalités de candidature

Le dossier de candidature comprendra les deux pièces jointes suivantes à attacher directement au formulaire en ligne (format pdf) :

  1. Champ « lettre de motivation » (un seul pdf)

– une lettre de motivation ;

– un résumé (max. 4000 caractères) de l’intervention proposée ;

– une lettre de recommandation écrite par un ou une titulaire dans l’enseignement supérieur et la recherche, qui prendra soin de dater et signer la lettre et de faire explicitement référence au présent atelier.

  1. Champ « CV » (un seul pdf) 

– un curriculum vitae (max. 3 pages), accompagné d’une présentation des recherches en cours et d’un programme de travail. Il est important de préciser dans le cv les langues parlées et comprises.

Tous ces documents peuvent être rédigés en français, italien ou anglais.

Envoi de dossier de candidature

La réception des dossiers de candidature pour l’EFR est ouverte via le formulaire en ligne accessible à l’adresse suivante :
https://candidatures.efrome.it/sexualite_et_deviances_perspectives_historiques_epoques_modernes_et_contemporaines

La réception des dossiers s’achèvera le 31 mai 2026 à 17h (heure de Rome).
Les personnes sélectionnées en seront informées au plus tard le 1 juillet 2025.
⚠ ATTENTION : L’envoi du dossier de candidature est définitif, il ne sera pas possible de revenir sur une candidature.
⚠ ATTENTION : Pour éviter tout problème technique, veillez à ne pas déposer votre candidature au dernier moment.

Les candidats retenus sont tenus d’assister à l’ensemble des cours et ateliers.
Il sera demandé à chaque participant d’envoyer aux organisateurs, avant le 15 septembre 2025, 8.000 caractères de présentation de leurs travaux comprenant une description de leur corpus de sources, en y joignant une bibliographie synthétique.

Les déjeuners et le logement (en chambre double non mixte) seront assurés par l’École française de Rome et l’École des hautes études en sciences sociales. Les participantes et participants devront prendre en charge les frais du voyage à Rome.

Pour toute information, vous pouvez contacter Claire Challéat, assistante scientifique pour les époques moderne et contemporaine à l’École française de Rome, Piazza Farnese 67, 00186 Rome, secrmod@efrome.it.

 

La Sexualité à l’Épreuve des Normes : Entre Déviance et Hypocrisie Politique

L’histoire de la sexualité, depuis les années 70, est un véritable champ de bataille où se heurtent normes et déviances, révélant l’hypocrisie des discours politiques contemporains.

Depuis son essor durant les années 1970-1980, l’histoire de la sexualité a construit son objet d’études en englobant constamment la question des déviances. Les sources disponibles, allant des manuels de confession aux écrits médicaux, témoignent d’une obsession pour les comportements jugés « anormaux ». Michel Foucault, en son temps, a mis en lumière cette « hypothèse répressive », mais l’histoire de la sexualité a également révélé une abondance de discours, souvent normatifs, mais parfois transgressifs. En scrutant ces déviances, on découvre non seulement des terminologies évolutives comme « péché contre nature » ou « perversion », mais aussi les institutions qui les régissent : églises, écoles, familles.

Ce qui se passe réellement

Les recherches récentes, notamment dans le contexte du mouvement #MeToo, interrogent les inégalités et les violences liées à la sexualité. Elles déplacent la question de la déviance pour se concentrer sur les processus de domination liés à l’âge, au genre, à l’ethnie, et à d’autres facteurs. L’atelier proposé invite à confronter diverses configurations historiques, du XVIe au XXIe siècle, en Europe et au-delà, sans prétendre à une réponse unique.

Pourquoi cela dérange

La mise en lumière de ces déviances et des normes qui les entourent dérange, car elle remet en question l’autorité des institutions qui prétendent les réguler. Les discours politiques, souvent déconnectés de la réalité, se heurtent à une société qui évolue et questionne ces normes. Les promesses d’égalité et de liberté se heurtent à des réalités bien plus complexes, où les luttes des minorités sexuelles sont souvent ignorées ou minimisées.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de cette dynamique sont multiples : invisibilité des populations marginalisées, stigmatisation des comportements jugés déviants, et une culture de la peur qui empêche l’épanouissement des identités diverses. Les luttes pour la reconnaissance des droits des minorités sexuelles sont souvent entravées par des discours politiques qui oscillent entre promesses et répression.

Lecture satirique

Il est ironique de constater que ceux qui prônent la « moralité » sont souvent les mêmes qui ferment les yeux sur les abus systématiques au sein de leurs propres institutions. Les discours politiques sur la sexualité sont souvent plus préoccupés par l’image que par le bien-être des individus. Les promesses de liberté se heurtent à des réalités où la répression et la stigmatisation sont omniprésentes.

Effet miroir international

À l’échelle mondiale, les politiques autoritaires, qu’elles soient aux États-Unis ou en Russie, montrent que la répression des identités sexuelles est souvent un outil de contrôle social. Ces gouvernements, tout en prônant des valeurs traditionnelles, alimentent des discours de haine qui renforcent les inégalités et les violences.

À quoi s’attendre

À l’avenir, il est probable que les luttes pour la reconnaissance des droits des minorités sexuelles continueront à croître, mais elles seront également confrontées à une résistance accrue de la part des institutions qui cherchent à maintenir le statu quo. Les discours politiques devront évoluer pour refléter cette réalité changeante, sinon ils risquent de devenir obsolètes.

Sources

Source : www.ehess.fr

Sexualité et déviances. Perspectives historiques
Visuel — Source : www.ehess.fr

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