Prisons, hôpitaux psychiatriques, centres de rétention administrative, la Contrôleure général des lieux de privation de liberté (CGLPL) publie un rapport thématique sur « La parole des personnes privées de liberté ». En psychiatrie, il dénonce un système où les instances de contrôle sont parfois « fantomatiques » et où l’absence de confidentialité des recours entrave la défense des droits. Entre manque de moyens et résistances professionnelles, l’urgence est aujourd’hui de transformer ces lieux de contrainte en espaces de dialogue réel pour restaurer la dignité des personnes soignées sans consentement.

Le dernier rapport de Dominique Simonnot, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) traite de l’expression et de la participation des personnes privées de liberté, entendues ici comme l’ensemble des voies, individuelles et collectives, spontanées comme organisées par les établissements, directes et indirectes, leur permettant de partager avis, demandes ou suggestions, de prendre part à certains processus décisionnels ou encore d’alerter, y compris par-delà les murs. Il interroge la cohérence entre discours et pratiques et les opportunités comme les limites, en droit et en fait, dans la prise en compte de ce que ces personnes ont à dire.

Ce rapport souligne en particulier que la parole des patients hospitalisés en psychiatrie est souvent discréditée par l’institution. Bien que le droit d’exprimer des griefs soit reconnu, tant oralement qu’à l’écrit, aucune garantie de confidentialité n’est prévue pour ces démarches. La charte de la personne hospitalisée permet certes d’émettre des observations sur les soins, mais l’accès à l’information reste précaire. Les livrets d’accueil et l’affichage concernant les commissions des usagers sont parfois lacunaires ou inaccessibles dans certaines unités, souligne-t-elle encore. Par ailleurs, le recours à l’interprétariat professionnel est fréquemment restreint aux seuls entretiens médicaux, ce qui limite la capacité des patients non francophones à s’exprimer sur leur vie quotidienne. « Leur parole (celle des personnes privées de liberté), et particulièrement celle des patients de psychiatrie, reste susceptible d’être discréditée. Prismes et injonctions sécuritaires, auxquels les lieux d’enfermement sont particulièrement perméables, tendent également à réduire ceux qu’ils accueillent à des fauteurs de trouble à l’ordre public, à la dangerosité plus ou moins affirmée », note le rapport.

Une participation et une représentation des usagers très limitées

Concernant la représentation collective, le cadre actuel présente des limites structurelles importantes. Si la participation de représentants des usagers est prévue au sein des commissions des usagers, elle demeure facultative au niveau des services et des unités d’hospitalisation. Ces représentants sont d’ailleurs souvent issus d’associations de familles plutôt que de groupements de patients eux-mêmes, ce qui crée un décalage dans la défense des intérêts directs des usagers. L’implication des patients dans l’élaboration du projet d’établissement reste également exceptionnelle, même si le développement de projets spécifiques aux usagers progresse dans certains lieux. « En effet, si la participation de représentants des usagers est prévue au sein des Commissions des usager (CDU), elle est ailleurs facultative. Aucune représentation des usagers n’est prévue au sein des services et unités d’hospitalisation et rien ne permet à des patients de prétendre y jouer un rôle en ce sens ». 

Des espaces de dialogue qui font défaut

Par ailleurs, les espaces de dialogue, tels que les réunions soignants-soignés, sont « facultatifs » et « continuent de faire défaut dans de nombreux établissements », note le rapport. Le manque d’effectifs et l’intensification du travail infirmier tendent à réduire ces échanges à des fonctions de recadrage ou à des sessions de psychoéducation, délaissant ainsi le dialogue sur les conditions de prise en charge. « Pourtant, pour les patients, ces réunions peuvent constituer une opportunité de s’exprimer et de se sentir considérés et reconnus comme interlocuteurs ». Le rapport observe pourtant que des discussions sur « la vie quotidienne, les conditions matérielles, les horaires, les activités ou encore l’organisation des soins (…) permettent d’identifier collectivement difficultés et solutions », améliorant parfois concrètement la prise en charge « offres d’activités, aménagement de locaux, équipement des chambres, alimentation… ».

Enfin, le contrôle extérieur est jugé insuffisant, notamment à travers les Commissions départementales des soins psychiatriques qui sont décrites comme « fantomatiques » (voir encadré ci-dessous),« faute de médecins, de représentants des usagers, parfois les deux ». Ces instances peinent à se réunir régulièrement faute de membres ou de médecins et respectent rarement l’obligation de réaliser deux visites annuelles par établissement. De nombreux patients, et même certains professionnels, ignorent jusqu’à l’existence de ces commissions, ce qui rend le droit de recours théorique. Les patients restent également largement exclus des retours d’expérience visant à prévenir les événements indésirables ou à réduire les mesures d’isolement et de contention. 

« Des commissions départementales des soins psychiatriques fantomatiques » 
« Si les commissions départementales des soins psychiatriques (CDSP) comptent parmi les interlocuteurs extérieurs susceptibles d’œuvrer au respect des droits des patients hospitalisés en soins sans consentement, ce point de contact se révèle souvent théorique. 
Dans de nombreux départements, ces commissions ne sont pas régulièrement constituées ou réellement opérationnelles, faute de médecins, de représentants des usagers, parfois les deux. Les difficultés récurrentes liées au renouvellement des mandats contribuent au caractère plus qu’intermittent de leur travail et de leur regard sur les établissements. 
L’information sur les possibilités de saisir la CDSP peut faire défaut (information ne figurant pas dans le livret d’accueil, livret d’accueil non remis aux patients, information insuffisamment claire). Dans certains établissements, une majorité de patients, et parfois de professionnels, ignore ainsi l’existence et le rôle de ces commissions. 
Les opportunités de contacts directs sont également réduites du fait de la faible activité de nombreuses CDSP en matière de visite des unités de psychiatrie. La fréquence minimale de deux visites annuelles est rarement respectée. Si les patients sont en principe informés en amont des éventuelles visites, ce n’est pas toujours le cas en pratique. Les échanges avec les patients sont pourtant essentiels à une réelle appréhension des conditions générales d’hospitalisation. »

En savoir plus :

La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté publie un rapport thématique sur « La parole des personnes privées de liberté » et un nouvel épisode du podcast « Les Enfermé·es ».

La Parole des Silencieux : Quand les Lieux de Privation de Liberté Devenaient des Zones de Non-Droit

Un rapport accablant sur les droits des personnes privées de liberté révèle un système où la parole est souvent étouffée. La réalité ? Un dialogue de sourds entre institutions et patients.

Dans un monde où l’on prône la liberté d’expression à tout va, il est ironique de constater que dans nos prisons, hôpitaux psychiatriques et centres de rétention, la voix des détenus est souvent réduite à un murmure inaudible. Le dernier rapport de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, met en lumière un système où les instances de contrôle sont décrites comme « fantomatiques ». En d’autres termes, un peu comme des fantômes, mais sans l’attrait d’un bon film d’horreur.

Ce qui se passe réellement

Le rapport dénonce un cadre où la parole des patients hospitalisés en psychiatrie est souvent discréditée. Bien que le droit d’exprimer des griefs soit reconnu, aucune garantie de confidentialité n’est prévue. Les livrets d’accueil, censés informer les patients de leurs droits, sont souvent lacunaires, et le recours à l’interprétariat est limité aux seuls entretiens médicaux. Les patients non francophones, quant à eux, se retrouvent dans une situation de mutisme forcé, réduits à des ombres dans leur propre vie.

La représentation des usagers est tout aussi problématique. Les représentants des usagers, souvent issus d’associations de familles, ne reflètent pas nécessairement les intérêts des patients eux-mêmes. C’est un peu comme si l’on demandait à un chat de représenter les intérêts des chiens dans un débat sur les croquettes.

Pourquoi cela dérange

Ce rapport met en exergue des incohérences flagrantes. D’un côté, les institutions proclament le droit à l’expression ; de l’autre, elles mettent en place des barrières qui rendent cette expression quasi impossible. Les réunions soignants-soignés, censées être des espaces de dialogue, sont souvent « facultatives » et font défaut dans de nombreux établissements. Ironiquement, ces espaces pourraient permettre aux patients de se sentir considérés et reconnus, mais ils sont souvent relégués au second plan.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences sont alarmantes. L’absence de dialogue et de représentation adéquate entraîne une déshumanisation des soins. Les patients sont traités comme des numéros, et leur dignité est souvent piétinée. Cela crée un environnement où la souffrance est amplifiée, et où les solutions aux problèmes quotidiens des patients sont ignorées.

Lecture satirique

Il est fascinant de voir comment les discours politiques se veulent rassurants tout en étant déconnectés de la réalité. Les promesses de « dialogue » et de « respect des droits » sonnent creux face à un système qui préfère le silence au bruit des plaintes. C’est comme si l’on promettait un concert, mais que l’on fermait les portes à tous les musiciens.

Effet miroir international

Si l’on regarde au-delà de nos frontières, on constate que ce phénomène n’est pas isolé. Des pays comme les États-Unis et la Russie, avec leurs politiques autoritaires, montrent que la répression de la parole est une tendance mondiale. Les dérives autoritaires s’invitent partout, et la France ne fait pas exception. La question se pose : jusqu’où irons-nous pour préserver un semblant d’ordre au détriment de la dignité humaine ?

À quoi s’attendre

Si rien ne change, il est à craindre que la situation ne se dégrade encore davantage. Les patients continueront d’être invisibles, et leurs droits resteront lettre morte. La nécessité d’une transformation radicale des lieux de privation de liberté est plus urgente que jamais.

Sources

Source : www.santementale.fr

Qu'en est-il de la parole des personnes privées de liberté ?
Visuel — Source : www.santementale.fr
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