C’est un nouveau choc à encaisser pour la presse régionale et les salariés du groupe Centre France. Lors d’un comité social et économique (CSE) extraordinaire au journal la Montagne, jeudi 9 avril, la direction a annoncé un plan social massif prévoyant la suppression de 152 postes au sein du groupe. Dans le détail, 30 postes déjà vacants ne seront pas remplacés, tandis que 122 nouveaux départs sont prévus, soit 10 % des 1 600 salariés de l’entreprise.
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Les CSE se sont donc succédé, jeudi et vendredi derniers, au sein des différentes entités du groupe. Car Centre France édite huit quotidiens, presque autant d’hebdomadaires, et couvre l’actualité de 14 départements en Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire et Limousin.
Dans les rédactions, la nouvelle ravive le sentiment d’un engrenage sans fin. « Il y a énormément de colère et d’abattement, se désole un salarié avec plus de quinze ans d’ancienneté. On va de plan en plan, et rien n’a marché. On se demande jusqu’où ça ira, parce qu’on est assez conscients que ce ne sera pas le dernier. »
Et pour cause, ce nouveau plan social est « le sixième en douze ans », souligne Laurence Coupérier, journaliste à la Montagne et élue au Syndicat national des journalistes (SNJ). Depuis la fin de l’année 2024, un plan de départ volontaire prévoyait déjà 70 suppressions de postes au sein du quotidien régional, dont une vingtaine de journalistes. Mais seuls 47 salariés parmi lesquels 11 journalistes ont quitté l’entreprise dans ce cadre.
Crise du papier et choix contestés
Comme de nombreux médias, Centre France fait face à la crise structurelle de la presse écrite. Dans un mail adressé à l’ensemble des salariés du groupe et porté à la connaissance de l’Humanité, la direction affirme que « malgré toutes les mesures d’économies qui ont d’ores et déjà été prises (…) ces mesures sont la seule solution viable ». Elle évoque un « contexte économique tendu » et une « dépendance excessive au journal papier en décroissance structurelle ».
Mais en interne, ces explications n’apaisent pas les tensions. Les syndicats pointent des choix stratégiques contestés, comme l’emprunt de plus de 20 millions d’euros contracté dans le cadre de la construction d’un tout nouveau centre d’imprimerie. Une grève inédite de neuf jours sans journal papier avait d’ailleurs eu lieu au début de l’année 2025 pour protester contre les suppressions de postes liées à cet achat. L’investissement dans la société Turbulences Presse aurait aussi pesé sur les comptes.
D’autres décisions interrogent. Francis Gaunand, nommé au poste de directeur général du groupe à la mi-décembre 2025, n’a pas tardé à prendre le contrepied total de la stratégie portée par Soizic Bouju, sa prédécesseure, qui avait notamment renforcé le pôle d’actualité nationale, l’an dernier.
Aujourd’hui, le groupe entend remettre l’accent sur le local. Un choix que de nombreux journalistes comprennent, mais qui leur paraît difficile à mettre en œuvre sans moyens suffisants : « La ligne éditoriale imposée ces dernières années était en totale contradiction avec l’essence même du journalisme de proximité. Même si on y revient à présent, le mal est déjà fait », estime un journaliste du groupe.
Car c’est aussi la mission même de la presse régionale qui inquiète. « Moins il y a de journalistes, moins on couvre d’actualité et plus les territoires sont laissés à l’abandon, résume une journaliste syndiquée. À terme, on perd des lecteurs, puis des abonnés. » La fermeture de l’agence la Montagne à Riom (Puy-de-Dôme), l’année dernière, reste dans les mémoires.
Si aucune nouvelle fermeture n’a été annoncée au sein du quotidien, deux agences doivent en revanche disparaître avec ce nouveau PSE au Journal du Centre ainsi qu’à l’Yonne républicaine. « Au-delà des dégâts humains, c’est notre mission d’assurer l’information de proximité – donc la vitalité de la démocratie locale – qui est gravement remise en cause par de telles mesures », dénonce l’intersyndicale du groupe (SNJ, SNJ-CGT, FO, CFDT, Unsa, CGT).
En parallèle, la direction souhaite accélérer le développement du numérique, avec des postes d’éditeurs web préservés et de nombreuses formations des journalistes en poste à la vidéo. Même s’ils savent que c’est important, « cela représente une charge de travail en plus qui est très sous-estimée », observe un journaliste. Dans le même temps, la direction assure que « le journal papier demeurera une composante essentielle ».
Les inquiétudes touchent également les alternants, qui s’interrogent sur le manque de perspectives dans la presse écrite, y compris au sein du groupe qui les a accueillis et formés. Centre France possède en effet sa propre école, l’ESJ Pro.
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La Montagne s’effondre : 152 postes à la trappe, mais le papier reste « essentiel »
Un nouveau plan social frappe la presse régionale : 152 postes supprimés, mais la direction assure que tout ira bien. Ironie ou incohérence ?
La presse régionale est en émoi. Lors d’un comité social et économique (CSE) extraordinaire, le journal la Montagne a annoncé la suppression de 152 postes. Oui, vous avez bien lu : 152. Cela représente 10 % des 1 600 salariés du groupe Centre France. Les chiffres sont aussi froids que la réalité qu’ils cachent.
Ce qui se passe réellement
Le groupe Centre France, qui édite huit quotidiens et couvre 14 départements, est en crise. Ce plan social, le sixième en douze ans, suscite colère et abattement parmi les salariés. « On va de plan en plan, et rien n’a marché, » déplore un salarié. La direction, quant à elle, évoque un « contexte économique tendu » et une « dépendance excessive au journal papier en décroissance structurelle ».
Pourtant, les syndicats dénoncent des choix stratégiques contestés, comme un emprunt de 20 millions d’euros pour un nouveau centre d’imprimerie. Une grève de neuf jours sans journal papier a eu lieu pour protester contre ces suppressions de postes. Mais la direction semble déterminée à poursuivre sa route, même si celle-ci est pavée de promesses non tenues.
Pourquoi cela dérange
Les incohérences sont frappantes. La direction veut miser sur le local tout en supprimant des postes. « La ligne éditoriale imposée ces dernières années était en totale contradiction avec l’essence même du journalisme de proximité, » souligne un journaliste. Moins de journalistes, moins de couverture, plus de territoires laissés à l’abandon. C’est un cercle vicieux, et tout le monde en souffre.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont déjà visibles : fermeture d’agences, perte de lecteurs et d’abonnés. La mission d’assurer l’information de proximité, vitale pour la démocratie locale, est gravement compromise. « Au-delà des dégâts humains, c’est notre mission qui est remise en cause, » dénonce l’intersyndicale.
Lecture satirique
La direction assure que le journal papier demeure « une composante essentielle ». Mais comment ? En supprimant des postes et en augmentant la charge de travail des journalistes restants ? C’est un peu comme dire qu’on va sauver un bateau en le percant de nouveaux trous. L’absurdité de la situation est à peine croyable.
Effet miroir international
Ce scénario rappelle les dérives autoritaires ailleurs dans le monde, où la presse est muselée au nom de la rentabilité. Les États-Unis et la Russie ne sont pas en reste, où la liberté de la presse est souvent sacrifiée sur l’autel des intérêts économiques. La presse régionale française semble suivre le même chemin, avec des décisions qui défient toute logique.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, il est à craindre que la presse régionale devienne un souvenir lointain, un vestige d’une époque où l’information de proximité avait encore un sens. Les promesses de développement numérique ne suffiront pas à combler le vide laissé par les suppressions de postes.
Sources




