La Laïcité à la Québécoise : Un Courage à Revendiquer
La Loi sur la laïcité de l’État, un débat qui aurait pu rester entre Québécois, mais qui attire les foudres du Canada anglais. Ironie ou incohérence ?
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Les Québécois ont su tenir par le passé des débats collectifs franchement clivants, mais cruciaux pour l’avenir, comme les deux référendums sur la souveraineté. Mine de rien, ces deux exercices démocratiques ont rompu les Québécois aux discussions de famille difficiles. Il y a eu par la suite la commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d’accommodements religieux. Ça n’a pas toujours été joli, mais ça a permis d’aborder frontalement un malaise qui continue de courir dans toutes les sociétés occidentales. Eh oui, y compris au Canada anglais.
Ce qui se passe réellement
Et justement, cette cour devra au cours des prochains mois résoudre une chicane que les Québécois auraient très bien pu régler entre eux, sans inviter tout le pays à se mettre le nez dans leurs affaires — et, du coup, sans offrir le Québec en pâture à ses plus joyeux détracteurs. Il s’agit de l’utilisation de la disposition de dérogation de manière préventive pour fermer la porte à toute forme de débat juridique sur la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21). Cette mesure met le couvercle sur une discussion plus qu’essentielle à propos des facettes les plus strictes de cette loi, surtout en regard de la Charte (québécoise) des droits et libertés de la personne.
Il en va de même à propos de la loi 96, qui renforce la Charte de la langue française. Il aurait été important de discuter de certaines de ses dispositions curieuses, notamment celles qui imposent des conditions de maîtrise de la langue française aux autochtones comme s’ils étaient des immigrants. Ça fait un peu désordre colonial…
Pourquoi cela dérange
Que la CAQ ait fait appel à la disposition de dérogation avant même de savoir si c’était nécessaire n’est pas seulement liberticide, cela nous a aussi valu ces dernières semaines à la Cour suprême un triste spectacle de reductio ad Hitlerum : les opposants à la laïcité associent les intentions de l’Assemblée nationale, avec l’adoption de la loi 21, aux plus farfelus des complots. Comme ouvrir la porte au retour de l’esclavage au Québec. Franchement ! Les institutions, tant fédérales que québécoises, ne sortent pas grandies de ce débat judiciaire.
Ce que cela implique concrètement
Le contre-argumentaire de l’État québécois contre ces facéties a le génie de donner raison à ceux qui se les permettent : faites confiance au peuple, dit le gouvernement Legault à la Cour. Doit-on lui rappeler que de nombreux sondages au fil du temps ont confirmé la popularité de la peine capitale, surtout à l’extérieur du Québec ? Que 53 % des répondants canadiens hors Québec disaient, à un sondage Léger de 2024, se moquer du bilinguisme ? Et que 55 % des répondants québécois souhaitaient que leur province devienne bilingue ? Ça ne fait pas très « loi 96 » comme préférence…
Lecture satirique
S’appuyer sur une prétendue sagesse électorale plutôt que sur des règles constitutionnelles claires, c’est se livrer à la loi des conséquences inattendues. Certes, en laissant les tribunaux juger si les lois votées à l’Assemblée nationale respectent ces règles, les ministres caquistes qui les ont parrainées n’auraient peut-être pas obtenu le résultat voulu. Mais il faudra un jour finir par s’affranchir du douloureux souvenir du démantèlement de la loi 101 dans les années 1980 et avoir le courage de défendre les lois qui embrassent les valeurs québécoises. Encore faut-il bien les écrire.
Effet miroir international
En regardant au-delà de nos frontières, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les dérives autoritaires qui se dessinent ailleurs, notamment aux États-Unis ou en Russie. Là-bas, les discours politiques se parent d’une légitimité populaire tout en piétinant les droits fondamentaux. Ne serait-il pas temps de se demander si nous ne sommes pas en train de suivre une voie similaire, tout en nous croyant à l’abri derrière notre fierté nationale ?
À quoi s’attendre
Projection prudente : si cette tendance se poursuit, le Québec pourrait bien devenir un laboratoire de lois qui, sous couvert de protection des valeurs, risquent de restreindre les libertés individuelles. Le débat est loin d’être clos, et les conséquences pourraient être bien plus graves que ce que l’on imagine.



