L’initiative Global Sumud Flotilla a levé l’ancre ce 12 avril du port Vell de Barcelone. Objectif : « briser » le blocus israélien de l’enclave de Gaza. Près de 80 navires en provenance de nombreux pays vont constituer cette flottille. Pour en parler, Patrick Bosch, membre du comité de pilotage de la Global Sumud Flotilla, est l’invité international de la mi-journée de RFI.

RFI : Briser le blocus israélien, c’est l’objectif que s’est fixé la Global Sumud Flotilla, une coalition d’une trentaine d’organisations qui a levé l’ancre aujourd’hui de Barcelone pour tenter de rejoindre les côtes de la bande de Gaza, qui est encore régulièrement la cible de bombardements israéliens. À bord de ces navires, de l’aide humanitaire pour les Gazaouis.

Patrick Bosch : En effet, je vous parle d’un des bateaux. On vient de lever l’ancre de Barcelone en direction de la bande de Gaza, il y a une vingtaine de minutes.

Les conditions météo, on l’a appris il y a peu, ont retardé un peu le départ, mais c’est bon, vous avez pu prendre la mer, vous nous le confirmez ?

Officiellement, on a effectivement pris le départ du port de Barcelone. On va maintenant se rendre à un port à proximité, en attendant que le phénomène météorologique passe et que les conditions de la traversée vers la prochaine étape en Italie se réalisent.

Vous n’avez pas trop de visibilité encore pour le moment là-dessus ?

Non. Normalement, on partira mardi matin, si les conditions météorologiques le permettent, de ce prochain port. Donc, on est parti du premier port pour l’instant.

Cette flottille, elle se compose de combien de navires au total ?

Au total, nous sommes actuellement autour de 80 navires qui prendront le départ au fur et à mesure des différents ports. De Barcelone, il y en a 40 qui sont partis maintenant, donc ce matin, et les autres vont rejoindre la flottille au fur et à mesure d’Italie, de Turquie et d’autres ports de la Méditerranée.

C’est un nombre impressionnant. Il s’agit de la plus grande flottille civile organisée à destination de Gaza ?

Oui, c’est ça. Le nombre de bateaux qui participent à cette flottille est plus grand que la somme de tous les bateaux partis durant les 19 dernières années, depuis le début du blocage de la bande de Gaza.

Alors, vous l’avez évoqué, il y a des haltes prévues à Syracuse, en Italie, à Lerapetra, en Grèce, avant de prendre le chemin définitivement pour Gaza. D’autres navires doivent vous rejoindre lors de ces haltes, c’est ça ?

Exactement. En Italie, il y en a un certain nombre qui vont nous rejoindre. Durant cette halte, on va faire des réunions avec tous les participants pour les informer des progrès de la mission, des prochaines étapes, et on repartira d’Italie. Il y a des personnes qui vont nous rejoindre effectivement de Grèce, et on va faire une halte également en Turquie.

Du fait de la guerre en Iran, Gaza est moins évoqué. Mais concrètement, quelle est la situation dans l’enclave, notamment sur le plan humanitaire ? C’est pour ça que vous prenez la mer ?

Oui, tout à fait. Nous prenons la mer vu qu’en effet la situation à Gaza n’a pas réellement changé depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Aujourd’hui, les personnes avec qui nous sommes en contact régulier à Gaza nous parlent quotidiennement de bombardements, de meurtres de civils, etc. 200 camions devaient entrer dans le cadre du cessez-le-feu, mais seulement une fraction entre chaque jour, alors que l’ONU elle-même avait estimé que 1 600 seraient nécessaires par jour.

Et comment peut-on soulager une population assiégée depuis presque un an et demi maintenant ? Qu’est-ce que vous amenez avec vous ? On imagine de l’aide humanitaire, mais il y a d’autres choses que vous prenez dans les soutes ?

Alors nous amenons effectivement de l’aide humanitaire. Maintenant, cette aide ne permettrait pas de substantiellement soulager la population. Ce que nous essayons vraiment, c’est de briser le blocus et de faire en sorte que de l’aide puisse réellement rentrer en masse. Nous amenons également des éco-builders, aussi des capacités de soins, donc via des médecins et autres, pour soulager quelque peu le système médical gazaoui. Donc voilà, on essaie d’avoir une approche plus holistique que simplement briser le blocus.

Cette initiative, c’est une initiative civile initiée, on l’a dit, par des ONG. Est-ce que ce n’est pas révélateur finalement de l’incapacité de la communauté internationale à exiger d’Israël la levée de ce blocus ?

Oui, tout à fait. C’est ça qui nous réunit en fin de compte. En principe, nos différents gouvernements, qu’ils soient européens ou d’autres pays à travers le monde, ont souscrit à certaines conventions sur la protection des droits humains, par rapport à la protection des civils, les différentes résolutions de l’ONU, etc., exigent également la protection, il y a les actions en cours auprès des tribunaux internationaux. Malheureusement, cela s’avère inefficace. Donc, c’est pour ça que finalement, nous, on réunit des milliers de personnes à travers le monde, elles se sont organisées ensemble pour rendre cette flottille possible. Donc, c’est vraiment un mouvement citoyen. Et d’ailleurs on commence cette semaine une action. Il y a des sites internet qui vont être publiés qui s’appellent Rise Up, qui font appel vraiment à la société civile à travers le monde pour participer à ce mouvement au-delà de la flottille, au-delà d’un convoi terrestre qu’on organise en parallèle, pour vraiment faire des actions dans les pays pour attirer l’attention des autorités sur ce que nous attendons pour protéger les civils à Gaza.

Vous êtes près d’un millier, il me semble, à avoir pris la mer, direction Gaza. C’est quoi les risques précis pour les membres d’équipage ? Parce qu’il y a des risques.

Il y a bien sûr des risques. On a fait des choses pour diminuer ces risques. Les personnes sont formées d’abord. Certaines n’ont jamais fait de voile, en quelques semaines, on a fait des formations. Côté sécurité aussi. Des formations aussi à la non-violence, qui est l’une de nos valeurs fondamentales, de manière à ce que les gens puissent réagir à des situations compliquées qui risquent de se produire.

Alors les risques, oui bien sûr, on peut craindre des attaques comme nous les avons vécues lors de la dernière flottille, au mois d’août notamment. Il y a des drones qui ont lâché des bombes incendiaires. Donc là, il y a effectivement des risques qui peuvent se produire. Ensuite, en cas d’arrivée à Gaza, effectivement, là aussi, on arrive quand même dans un territoire en guerre active, malgré le cessez-le-feu. Donc, là aussi, nous sommes en contact avec des personnes sur place, des autorités sur place pour encadrer cela. Mais il y a un risque, voilà. Malheureusement, dans ce genre de situation, on ne peut pas l’exclure. Et bien sûr, l’arrestation, si elle se produisait, comporte aussi certains risques. Si des personnes se retrouvent en prison israélienne, nous avons à ce niveau-là des juristes côté israélien qui nous soutiennent très bien.

 

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La Flottille de l’Incohérence : Quand l’Humanitaire Devient un Acte de Résistance

Le 12 avril, la Global Sumud Flotilla a pris le large depuis Barcelone, avec l’ambition de « briser » le blocus israélien de Gaza. Près de 80 navires, un chiffre qui ferait pâlir d’envie n’importe quelle flotte militaire, s’apprêtent à livrer une aide humanitaire dans une enclave assiégée.

Alors que le monde semble se détourner des souffrances à Gaza, une flottille de près de 80 navires, représentant une trentaine d’organisations, a décidé de faire le grand saut. Patrick Bosch, membre du comité de pilotage, a confirmé que le départ a eu lieu malgré des conditions météorologiques capricieuses. Mais, après tout, qui a besoin de bonnes conditions pour faire face à une crise humanitaire ?

Ce qui se passe réellement

La flottille, qui a levé l’ancre de Barcelone, vise à apporter de l’aide humanitaire à Gaza, où les bombardements israéliens continuent de faire des ravages. Selon Patrick Bosch, le nombre de navires participant à cette mission dépasse la somme de tous les bateaux partis vers Gaza depuis 19 ans. Une belle performance pour une initiative qui, selon les observateurs, n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des besoins humanitaires.

Pourquoi cela dérange

La question qui se pose est : pourquoi une flottille civile doit-elle faire ce que les gouvernements semblent incapables d’accomplir ? Les promesses des dirigeants mondiaux de protéger les droits humains et de garantir l’accès humanitaire à Gaza se heurtent à une réalité cruelle. Les résolutions de l’ONU, aussi nombreuses soient-elles, semblent avoir la même efficacité qu’un voeu sur une étoile filante.

Ce que cela implique concrètement

Cette flottille n’est pas seulement un acte de bravoure, mais aussi un cri de désespoir face à l’inefficacité des institutions internationales. Alors que l’ONU estime qu’il faudrait 1 600 camions d’aide par jour pour répondre aux besoins de la population, seulement une fraction de cette aide parvient à entrer dans l’enclave. Les 200 camions promis dans le cadre du cessez-le-feu sont une farce, une blague de mauvais goût.

Lecture satirique

Il est ironique de constater que des citoyens doivent prendre les choses en main alors que les gouvernements, armés de leurs discours bien rodés, restent muets. La flottille est un symbole de la résistance citoyenne contre l’absurdité d’un système qui préfère regarder ailleurs. Les promesses de paix et de protection des droits humains se heurtent à la réalité des bombardements quotidiens. Qui aurait cru qu’une flottille de bénévoles serait le dernier rempart contre l’indifférence ?

Effet miroir international

En parallèle, les politiques autoritaires à travers le monde, qu’il s’agisse des États-Unis ou de la Russie, montrent que l’indifférence face à la souffrance humaine est un mal universel. Les discours politiques, souvent déconnectés de la réalité, semblent ignorer que la souffrance des civils ne connaît pas de frontières.

À quoi s’attendre

Les membres de cette flottille, près d’un millier, sont conscients des risques. Des formations à la non-violence et à la sécurité ont été mises en place, mais cela ne les protège pas des attaques potentielles. La question demeure : jusqu’où iront-ils pour faire entendre leur voix ?

Sources

Source : www.rfi.fr

Global Sumud Flotilla: «Nous voulons attirer l'attention du monde pour protéger les civils à Gaza» - Invité international
Visuel — Source : www.rfi.fr
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