La démocratie, pas pour les Africains ? Quand Ibrahim Traoré se prend pour un prophète du déclin
Ibrahim Traoré, en affirmant que la démocratie « n’est pas pour nous », ouvre la voie à une dangereuse réinterprétation des valeurs universelles.
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Dans un élan de lucidité douteuse, Ibrahim Traoré a récemment déclaré que la démocratie n’était pas pour les Africains. De deux choses l’une : soit il s’agit d’un amalgame savamment orchestré pour justifier sa soif de pouvoir, soit il ne connaît de la démocratie que ses versions les plus dévoyées. Mais, soyons clairs, ce n’est pas de démocratie qu’il parlait lorsqu’il a prononcé ces mots devant nos confrères.
Ce qui se passe réellement
En reprenant à son compte des raisonnements trompeurs, Traoré semble ignorer qu’il propage des théories qui enferment le continent dans une forme d’arriération. Il entraîne ainsi une partie de la jeunesse africaine dans un dangereux contresens. D’où l’importance d’une éducation qui libère, plutôt que de se laisser piéger par des élites oscillant entre héroïsme et pratiques rétrogrades.
Ibrahim Traoré fait du Nicolas Sarkozy
Ce paradoxe est frappant. Ceux qui dénoncent l’incompatibilité entre démocratie et Afrique se posent souvent en ardents défenseurs du continent. Ils critiquent, à juste titre, la condescendance de certains partenaires occidentaux, mais alimentent en même temps des préjugés défavorables en affirmant que la démocratie serait étrangère à nos réalités. En réalité, ils instrumentalisent les crises électorales pour échapper à toute exigence de reddition des comptes.
Ce discours, loin d’être innocent, cache un projet politique : la confiscation du pouvoir et la manipulation des opinions. Traoré et ses semblables invoquent le peuple, mais leurs intérêts propres semblent guider leurs actions. En affirmant que l’Afrique serait incompatible avec la démocratie, ils nient aux Africains des valeurs universelles comme la liberté, la justice et l’égalité. On pourrait presque entendre Nicolas Sarkozy reprocher à l’homme africain de ne pas être assez entré dans l’histoire, comme il l’a fait lors de son discours de Dakar en 2007.
Dévoiement de l’esprit démocratique
En se concentrant sur l’électoraliste, ces discours occultent les principes fondamentaux de la démocratie. Sur quelles bases revendiquer l’égalité dans les relations internationales si l’on récuse soi-même les valeurs qui fondent cette exigence ? Certes, les élections en Afrique n’ont pas toujours été synonymes de progrès, mais la responsabilité n’incombe pas à la démocratie. Elle réside dans le refus de certaines élites de se conformer aux règles qu’elles ont elles-mêmes établies.
La différence entre Traoré et ceux qui dévoyent l’esprit démocratique ? Lui assume ouvertement sa logique autoritaire, tandis que les autres la dissimulent derrière un faux semblant démocratique. Mais ne nous y trompons pas : lui et eux incarnent le véritable obstacle au progrès de notre continent.
Pourquoi cela dérange
Ce discours, qui semble défendre l’Afrique, est en réalité une régression. Il renforce les stéréotypes et empêche toute avancée vers une véritable démocratie. En niant l’universalité des valeurs démocratiques, Traoré et ses acolytes se mettent en travers de l’émancipation du continent.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont directes : un recul des libertés, une manipulation des opinions et une jeunesse désillusionnée. La promesse d’une Afrique libre et démocratique s’évanouit au profit d’un discours autoritaire qui sape les fondements mêmes de la démocratie.
Lecture satirique
Il est ironique de voir Traoré, qui se pose en défenseur du peuple, se transformer en un nouvel apôtre de l’autoritarisme. Ses promesses de progrès sont aussi crédibles que celles d’un vendeur de sable dans le désert. La réalité, c’est qu’il ne fait que reproduire les erreurs du passé, tout en prétendant les corriger.
Effet miroir international
Ce discours n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires observées ailleurs, comme aux États-Unis ou en Russie, où la démocratie est souvent brandie comme un étendard tout en étant piétinée. La manipulation des opinions et la confiscation du pouvoir sont des stratégies universelles qui transcendent les frontières.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous pourrions assister à un renforcement des régimes autoritaires en Afrique, avec des conséquences désastreuses pour la démocratie et les droits humains. La jeunesse, désillusionnée, pourrait se détourner de la politique, laissant le champ libre à ceux qui prônent l’autoritarisme.
Sources
Source : www.courrierinternational.com



