La Coupe d’Afrique des Nations, organisée tous les deux ans, se donne toujours pour objectif de mettre en évidence la supposée unité du continent. La dernière édition en date, au Maroc, a eu dans une large mesure l’effet inverse, la finale ayant été entourée de tensions maximales, qui ont nettement dépassé les limites du terrain. Deux mois plus tard, la Confédération africaine de football a décidé de retirer le trophée au Sénégal et de proclamer le Maroc, défait sur le terrain, finalement vainqueur – une mesure tardive qui a encore jeté de l’huile sur le feu, attisant soupçons de corruption, commentaires racistes et renfermement identitaire.
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Si la finale de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), disputée entre le Sénégal et le Maroc le 18 janvier 2026, a suscité de vifs débats autour des notions de justice et de corruption dans le football africain, rares étaient ceux qui pouvaient anticiper l’ampleur des fractures politiques et culturelles déclenchées par la décision de la Confédération africaine de football (CAF), le 17 mars, soit deux mois après la rencontre, de retirer le titre au Sénégal pour l’attribuer au Maroc.
Un scandale continental
L’événement a rapidement dépassé le cadre strictement sportif. Depuis cette décision, des informations font état du placement du trophée sous protection militaire au Sénégal. Plusieurs figures majeures du football africain, telles que George Weah – unique lauréat africain du Ballon d’Or et ancien président du Liberia – ou encore Claude Le Roy, ancien sélectionneur du Cameroun, du Ghana et du Sénégal, se sont élevées contre la décision de la CAF. Le gouvernement sénégalais s’est entretenu avec la Fédération sénégalaise de football, exigeant l’ouverture d’une enquête formelle sur cette décision en raison de soupçons de corruption. Parallèlement, les réseaux sociaux se sont trouvés saturés de contenus racistes opposant l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne.
Ces tensions, dès le lendemain de la finale, ont débordé des frontières du continent, se manifestant également dans des espaces marqués par une forte présence de diasporas africaines, tels que Paris, Bruxelles ou Londres. Dès lors, au-delà des enjeux sportifs, le dommage le plus durable de cette décision réside sans doute dans les divisions et conflits qu’elle a ravivés entre Africains, souvent selon des lignes raciales et des clivages hérités de l’époque coloniale.
La CAN constitue sans doute le plus grand événement culturel organisé sur le continent africain pour mettre en valeur à la fois les performances sportives et l’unité africaine. D’un point de vue strictement sportif, la décision de la CAF est sans précédent. Rappelons qu’à la création de la CAF et de la CAN en 1957, l’objectif politique était de construire une organisation et un événement panafricains unifiés, porteurs d’une identité postcoloniale commune destinée à dépasser les lignes de fracture héritées de la colonisation – notamment entre Afrique francophone et anglophone, entre Afrique du Nord et Afrique subsaharienne, ou encore entre identités arabe et noire. On en est loin.
Le contexte sportif
Pour comprendre la décision de la CAF et les divisions qu’elle a engendrées, il est utile de revenir sur les événements ayant précédé et jalonné la rencontre censée désigner le champion d’Afrique. Avant même la finale, les tensions étaient palpables, nourries par la conviction croissante, chez certains supporters et au sein de plusieurs équipes, que l’arbitrage favorisait le Maroc, pays hôte. Cette perception a été renforcée par des informations selon lesquelles, à Rabat, l’équipe sénégalaise n’aurait pas bénéficié d’escorte policière lors de ses déplacements vers son hôtel et vers le stade.
Le déroulement du match lui-même s’est avéré particulièrement controversé. Des ramasseurs de balle et même des joueurs marocains auraient tenté de priver le gardien sénégalais de sa serviette – un accessoire essentiel pour essuyer ses gants et le ballon en cas d’humidité, pratique courante dans le football professionnel. Le point de rupture survient lorsque, en fin de match, le Sénégal inscrit un but finalement refusé par l’arbitre pour une faute antérieure. Quelques instants plus tard, un penalty est accordé au Maroc.
En signe de protestation face à ce qu’il percevait comme une injustice manifeste, l’entraîneur sénégalais a appelé ses joueurs à quitter le terrain, ce qu’ils ont fait. Une partie des supporters sénégalais a alors tenté d’envahir la pelouse. Le capitaine du Sénégal, Sadio Mané, resté sur le terrain, s’est efforcé de convaincre ses coéquipiers de reprendre le jeu, ce qu’ils ont finalement accepté après une interruption d’environ quinze minutes (interruption qui justifiera, deux mois plus tard, la décision de la CAF de proclamer que le Sénégal a eu match perdu par forfait). Le Sénégal a inscrit un but en prolongation, s’adjugeant ainsi la victoire et se voyant finalement remettre la Coupe.
Toutefois, nous l’avons dit, la fédération marocaine a immédiatement déposé une plainte auprès de la CAF, laquelle a été acceptée : près de deux mois plus tard, le titre a été officiellement attribué au Maroc.
Les conséquences ont été immédiates. Des informations ont fait état d’agressions visant des Africains subsahariens au Maroc. En cette fin mars, dix-huit supporters sénégalais demeurent emprisonnés au Maroc, accusés de « vandalisme » pour leur comportement durant la finale du 18 janvier.
Si une part importante des analyses s’est concentrée sur les implications sportives – notamment en raison du caractère inédit de la décision de la CAF –, l’ampleur des fractures sociales et culturelles qu’elle a engendrées apparaît tout aussi frappante qu’inquiétante.
La fragilité de l’identité panafricaine
La création de la CAF et l’organisation de la première CAN en 1957 s’inscrivent dans le contexte des mouvements de décolonisation qui traversaient alors le continent africain. Elles répondaient à une ambition politique explicite : forger une identité panafricaine collective fondée sur l’unité et la coopération. Le football devait en être le vecteur privilégié.
Cette vision est clairement exprimée dans le discours prononcé en 1974 par le président de la CAF de l’époque, l’Éthiopien Yidnekatchew Tessema : « Je lance un appel à notre assemblée générale pour qu’elle affirme que l’Afrique est une et indivisible […]. Nous ne reconnaissons pas la division de l’Afrique en sphères francophone, anglophone ou arabophone. Arabes d’Afrique du Nord et Zoulous d’Afrique australe, nous sommes tous des Africains authentiques. »
Force est de constater que cette identité panafricaine postcoloniale est demeurée fragile. Les événements entourant la finale entre le Sénégal et le Maroc, ainsi que la décision subséquente de la CAF, ont ravivé les lignes de fracture que la compétition cherchait précisément à dépasser lors de sa création, notamment entre espaces francophones et anglophones, et ravivé des logiques de hiérarchisation raciale et régionale, en particulier entre Afrique du Nord et Afrique subsaharienne.
Ces divisions, enracinées dans des politiques coloniales de « diviser pour mieux régner », ont laissé des traces durables. La vision d’une identité panafricaine unifiée apparaît ainsi, aujourd’hui encore, comme un projet fragile. Les événements récents en constituent un rappel saisissant.
Pourtant, l’unité et la coopération africaines demeurent des conditions essentielles au progrès du continent dans tous les domaines. Fait révélateur, lors de la prochaine Coupe du monde, les équipes africaines les plus susceptibles de prétendre à une victoire historique pourraient bien être… le Maroc et le Sénégal.
La CAN : Un Match de Football ou un Scandale Politique ?
La dernière édition de la Coupe d’Afrique des Nations a révélé plus de tensions que d’unité, culminant avec une décision controversée qui a fait couler beaucoup d’encre.
La Coupe d’Afrique des Nations (CAN), censée célébrer l’unité du continent, a pris un tournant inattendu lors de sa 35e édition au Maroc. La finale, disputée le 18 janvier 2026 entre le Sénégal et le Maroc, a été marquée par des tensions qui ont largement débordé des limites du terrain. Deux mois plus tard, la Confédération africaine de football (CAF) a décidé de retirer le titre au Sénégal pour le donner au Maroc, provoquant un tollé général et attisant des soupçons de corruption, des commentaires racistes et un renfermement identitaire.
Ce qui se passe réellement
La finale a suscité des débats intenses autour de la justice et de la corruption dans le football africain. La décision de la CAF, annoncée le 17 mars, a été perçue comme un coup de grâce à l’idée d’une unité panafricaine. Des figures emblématiques du football, comme George Weah et Claude Le Roy, ont dénoncé cette décision, tandis que le gouvernement sénégalais a exigé une enquête formelle sur les soupçons de corruption. Sur les réseaux sociaux, les tensions raciales entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne ont explosé, illustrant les fractures héritées de l’époque coloniale.
Un scandale continental
Le placement du trophée sous protection militaire au Sénégal en dit long sur la gravité de la situation. Les tensions ont débordé des frontières du continent, se manifestant dans des diasporas africaines à Paris, Bruxelles ou Londres. La CAN, qui devait être un symbole d’unité, est devenue un terrain fertile pour les divisions.
Pourquoi cela dérange
La décision de la CAF est un exemple flagrant d’incohérence. Alors que la compétition a été créée pour transcender les divisions coloniales, elle a ravivé des rivalités anciennes, renforçant les hiérarchies raciales et régionales. En effet, l’arbitrage controversé et les accusations de favoritisme envers le Maroc ont exacerbé les tensions, transformant un simple match de football en un affrontement culturel.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont déjà visibles : des agressions visant des Africains subsahariens au Maroc et l’emprisonnement de supporters sénégalais. La décision de la CAF a non seulement terni l’image du football africain, mais a également ravivé des tensions qui menacent l’unité du continent.
Lecture satirique
Il est ironique de constater que la CAF, qui prône l’unité, semble plus préoccupée par le maintien de l’ordre que par la justice. En attribuant le titre au Maroc après un match controversé, elle a démontré que les promesses d’unité ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites. En fin de compte, le football, censé être un vecteur de paix, devient un champ de bataille pour des intérêts politiques et raciaux.
Effet miroir international
Cette situation n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires ailleurs dans le monde, où les décisions politiques sont souvent dictées par des intérêts personnels plutôt que par le bien commun. La CAF, à sa manière, semble suivre cette tendance, où la transparence et l’équité sont reléguées au second plan.
À quoi s’attendre
À l’avenir, il est probable que les tensions continuent de croître, tant sur le terrain qu’en dehors. Les rivalités historiques entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne pourraient s’intensifier, et le football pourrait devenir un reflet des fractures sociales plus larges sur le continent.
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