Hélène Perlant explore le poids du silence dans « Le Déni »
Mise à jour le 2026-03-25 14:37:00 : Hélène Perlant, fille de François Bayrou, aborde la difficulté d’être « fille de » dans son livre « Le Déni ».
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À l’occasion de la sortie de Le Déni, publié aux éditions Michel Lafont, Hélène Perlant, fille de François Bayrou, était l’invitée du « 11h/13h » de France Télévisions, mercredi 25 mars, pour évoquer la difficulté d’être « fille de », le poids du silence et les mécanismes d’enfermement qu’elle explore dans son livre.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
France Télévisions : Vous êtes agrégée de lettres, enseignante en classe préparatoire, et vous publiez Le Déni, en librairie le 26 mars aux éditions Michel Lafont. Vous êtes aussi, je le rappelle, la fille de François Bayrou et si je le précise, c’est parce que cette filiation constitue l’un des fils conducteurs de votre livre : la difficulté d’être « fille de », un poids à porter.
Hélène Perlant : Ce passage était essentiel pour moi. Ce chapitre l’était profondément, parce que c’est précisément en tant que « fille de » que Bétharram est venu me chercher. À ce moment-là, les victimes étaient enfermées dans une solitude absolue, incapables de se libérer les unes les autres, avec la conviction, pour certains, qu’il existait des « protégés » ceux qui, parce qu’ils étaient fils de, auraient échappé à tout.
Et inversement, chez ceux que l’on désignait comme tels, il y avait une autre certitude : celle d’avoir été ciblés précisément pour cette raison, et d’être condamnés au silence. Le livre rappelle d’abord ceci : ces violences échappent au langage. On ne peut pas les dire. Un enfant ne peut pas parler, du moins pas avant que sa génération vienne le chercher, pour que chacun puisse enfin se libérer des autres.
C’est donc ainsi que Bétharram est venu me chercher : comme « fille de ». Et je suis sortie pour dire qu’il n’y a pas de « fille de ». Nous avons tous vécu la même chose. Il s’agit de se reconnaître et de se délivrer ensemble.
Ce chapitre est aussi traversé par une colère, celle du public. Je me souviens de journalistes qui criaient : « Il faut interroger ces enfants ! » Et il y a une forme de soulagement à répondre : non. Je parle parce que j’ai quelque chose à dire. Je parle pour tenter de répondre à cette question : pourquoi ne parle-t-on pas ?
Je viens apporter des clés même si, en réalité, nous ne les avons pas. Car celui qui ne parle pas se sent accusé. Mais dès lors que l’on s’interroge sur les raisons de ce silence, tout bascule. « Fille de », c’est une entrée. Puis vient un second mouvement, où je retourne cette notion comme un gant : au fond, chacun est enfermé à l’endroit même où il croit être « fils de ».
Vous évoquez également des insultes, des menaces, voire des agressions liées à votre nom. Vous parlez même d’une forme d’autodestruction.
C’est un chapitre parmi d’autres. Cette entrée « fille de » est aussi une sortie. On ne peut pas y rester toute sa vie. Il fallait opérer ce basculement. En entrant dans Bétharram, j’ai permis à ceux qui sont aujourd’hui devenus mes amis de comprendre qu’il n’y avait jamais eu de frontière réelle. Je voulais aussi ouvrir les yeux du public sur ce qu’il perçoit comme un privilège : celui des « fils de » protégés. Or il suffit de regarder la réalité et je rappelle dans le livre la longue, terrible liste de ceux qui sombrent, se suicident, tombent malades, ou n’ont jamais le droit de vivre pleinement. Voilà ce que produit le piège du nom, particulièrement en politique.
C’est un signal de libération. J’aimerais que tous ceux qui se croient « fils de » comprennent que c’est terminé, et que nous pouvons désormais regarder les choses autrement.
Dans votre livre, vous écrivez : « À vouloir, du matin au soir, prouver que l’on n’est pas protégé, simplement pour avoir le droit de vivre, on en vient à accepter l’agression. Elle soulage de la culpabilité d’exister en tant que “fils de”. Il faut bien payer cette faute originelle. » Avez-vous voulu à votre père d’être celui qu’il est ?
C’est une question profondément ambivalente. Et j’aimerais que cette phrase soit entendue de manière universelle : elle s’adresse à tous à ceux qui se pensent « fils d’ouvriers », enfermés dans une histoire, dans une culpabilité d’exister. Cette idée de « fils de » enferme, alors qu’en réalité, c’est une condition qui concerne tout le monde… ou personne. C’est un choix.
Elle nourrit des sentiments contradictoires. Bien sûr, chacun aime ses parents je ne connais personne qui ne les aime pas. Et pourtant, ils ne sont pas responsables… mais ils sont là. Alors, vers qui se tourner ? À qui demander de l’aide ? C’est une tension qui, au fond, est universelle.
Vous portez le nom d’Hélène Perlant, celui de votre mère, et non celui de votre père. Était-ce une nécessité ?
Oui, ce fut un geste important. Une manière de faire un pas de côté, rendue possible au moment où la loi nous a donné le choix entre le nom du père et celui de la mère. C’était un signal : me détacher de ce que ce nom impose. Car il enferme il oblige chacun à se positionner, à être pour ou contre, à porter un récit qui n’est pas toujours le sien. Ma réponse à ceux qui sont venus me chercher a été simple : ni pour, ni contre. Chacun a son histoire, son geste, sa manière de se libérer. Car on n’est libre que de sa propre libération, de la façon dont on se décale. On ne sort pas de son histoire : on s’en décale.
Ce choix de nom est donc la marque de ce décalage. Mais aussi une manière de dire : « mon histoire est la vôtre », et inversement. J’ai été libérée par les mots des autres, par leurs récits, dans lesquels je me suis reconnue. Et, à mon tour, j’espère que ce livre pourra contribuer à les libérer.
Ce qu’il faut savoir
- Le fait : Hélène Perlant aborde les défis d’être « fille de » dans son livre Le Déni.
- Qui est concerné : Les victimes de violences et leurs familles.
- Quand : Le livre est disponible en librairie depuis le 26 mars 2026.
- Où : France.
Contexte
Hélène Perlant, dans son livre, souligne que les violences subies échappent souvent au langage. Elle évoque la solitude des victimes et leur incapacité à se libérer mutuellement. Le livre vise à ouvrir les yeux sur les réalités des « fils de » et à encourager une prise de conscience collective.
Sources
Source d’origine : Voir la publication initiale
Date : 2026-03-25 14:37:00 — Site : www.franceinfo.fr
Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets
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Publié le : 2026-03-25 14:37:00 — Slug : lobjet-du-livre-est-de-rappeler-que-toutes-ces-violences-tombent-hors-du-langage-et-quon-ne-pourra-jamais-en-parler-declare-helene-perlant-autrice-de-le-deni-publie-aux-editio
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