L’« Axe du Mal » : Quand la Puissance Nucléaire Devient un Passeport pour l’Impunité

George W. Bush a désigné l’« axe du mal » en 2002, mais 20 ans plus tard, la question demeure : pourquoi la Corée du Nord reste-t-elle à l’abri des représailles ?

Dans son discours sur l’état de l’Union en 2002, quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush a introduit une expression qui allait marquer les esprits : l’« axe du mal », dont l’auteur était son rédacteur de discours, le Canadien David Frum. Cet « axe du mal » était constitué d’un trio de pays dépeints comme les plus hostiles et dangereux pour les États-Unis : la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak.

Le président a consacré la majeure partie de ses propos au troisième. Quelque 13 mois plus tard, il en a bien sûr ordonné l’invasion, sur la prémisse qu’il détenait des armes de destruction massive. Dès les premiers bombardements contre le régime de Saddam Hussein, ses critiques ont posé la question élémentaire suivante : si l’enjeu est les armes de destruction massive, pourquoi ne pas s’en prendre plutôt à la Corée du Nord, dont on sait hors de tout doute qu’elle est en possession de l’arme nucléaire ?

Un quart de siècle plus tard, après que Donald Trump eut lancé une guerre contre l’Iran, la question pourrait revenir : si l’enjeu est de ne pas permettre à un régime ennemi de menacer avec l’arme nucléaire, pourquoi laisser à nouveau la Corée du Nord tranquille ? Une réponse — la même réponse — devrait venir naturellement : parce qu’on n’ose pas s’en prendre à un pays qui possède l’arme nucléaire.

Ce qui se passe réellement

La dynamique actuelle des relations internationales est marquée par un constat implacable : mieux vaut être une puissance nucléaire. La Seconde Guerre mondiale fut marquée par une course frénétique entre Allemands et Américains pour mettre au point une arme nucléaire ; la fin de la guerre fut bien sûr associée à son déploiement. Ce dernier n’avait pas comme seul objectif de forcer le Japon à une capitulation inconditionnelle, mais d’envoyer un message de force au reste de la planète, à commencer par l’Union soviétique (URSS). Voilà ce qui arriverait dorénavant à un pays qui s’en prendrait aux États-Unis : l’annihilation.

Aussitôt que l’URSS s’est dotée de l’arme, quelque quatre ans plus tard, le monde est entré pour 40 ans dans ce jeu d’équilibriste funeste de la destruction mutuelle assurée (ou « MAD world » : mutually assured destruction). L’idée était simple : les États-Unis et l’URSS ne pouvaient se faire la guerre directement, de peur de pousser l’autre à avoir recours à son arsenal ultime, ce qui provoquerait une réplique et une autre — jusqu’à mener le monde à sa fin.

La chute de l’URSS et la fin de la guerre froide ont mené à une ère unipolaire où la seule réelle puissance nucléaire était les États-Unis. Or, l’ère unipolaire est bel et bien révolue. Non seulement les États-Unis ne détiennent plus le monopole de l’hégémonie, mais ils ne partagent pas cette dernière avec un seul autre pays. Pour la première fois depuis l’émergence de la bombe atomique, nous évoluons dans un monde multipolaire, naturellement plus conflictuel.

Pourquoi cela dérange

La question qui se pose est : qu’arrive-t-il quand des puissances régionales ou émergentes voient ainsi à tour de rôle l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, l’Irak et l’Iran mis à feu par des pays étrangers ? Qu’arrive-t-il lorsqu’elles voient l’Ukraine, ayant accepté de se départir des armes nucléaires qu’elle détenait dans les années 1990, se faire envahir trois décennies plus tard par la Russie nucléaire voisine ?

S’il se maintient au pouvoir, le régime iranien actuel n’a-t-il pas un incitatif à redoubler d’ardeur pour faire avancer son programme nucléaire ? Qu’en sera-t-il de la Turquie, identifiée par certains leaders israéliens comme le prochain acteur à abattre dans la région ? Ou encore l’Arabie saoudite ? À défaut de tous se lancer dans une course individuelle à l’armement nucléaire, pourraient-ils former de nouvelles alliances ou se joindre à des puissances nucléaires ?

Ce que cela implique concrètement

Cette dynamique crée un monde où l’universalité de la bombe pourrait signifier l’universalité de la dissuasion. Moins de guerres que l’on oserait lancer ? Ou alors un monde de tous les dangers ?

Lecture satirique

Il est fascinant de constater que les pays qui s’érigent en défenseurs de la paix sont souvent ceux qui possèdent les plus gros arsenaux nucléaires. Les discours politiques, pleins de promesses de paix, semblent se heurter à la réalité d’un monde où la possession d’armes nucléaires devient un gage d’impunité. La contradiction est frappante : pour protéger la paix, il faut être prêt à annihiler.

Effet miroir international

Ce phénomène n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires que l’on observe dans d’autres parties du monde. En Russie, par exemple, la puissance militaire est souvent utilisée pour justifier des actions sur la scène internationale, tout en muselant les voix dissidentes à l’intérieur du pays. Les États-Unis, en brandissant la menace nucléaire, semblent suivre un chemin similaire, où la force prime sur le dialogue.

À quoi s’attendre

À l’avenir, nous pourrions assister à une montée des tensions entre les puissances nucléaires, où chaque pays tentera de prouver sa force par des démonstrations de pouvoir militaire. La question demeure : jusqu’où cela peut-il aller avant que la situation ne devienne ingérable ?

Sources

Source : lactualite.com

Visuel — Source : lactualite.com
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