Courir 1 500 kilomètres en 33 jours. C’est le défi que Justine Decourselle s’est lancé. À 26 ans, cette jeune femme a décidé de rallier l’ancien camp d’internement de Drancy, en région parisienne, à l’ancien centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau, en Allemagne. « Je voulais proposer une autre manière de lutter contre l’oubli », explique-t-elle.
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Infirmière dans un Ehpad à La-Grande-Motte, dans l’Hérault, cette idée lui est venue au contact des résidents. « La Seconde Guerre mondiale m’a toujours intéressée. J’ai déjà lu beaucoup de livres à ce sujet. Mais en côtoyant des personnes âgées qui me racontaient leur histoire pendant cette période ou celles de leur proche, j’ai voulu combiner l’aspect sportif à quelque chose qui avait du sens », décrit cette passionnée de course à pied.

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Rendre hommage aux déportés du convoi 71
La sportive va débuter son périple, l’équivalent de plus d’un marathon par jour, le 13 avril. La date n’a pas été choisie au hasard. Elle correspond au départ du convoi n°71, en 1944. Il y a 82 ans, 1 500 personnes, dont 295 enfants, ont quitté le principal lieu d’internement des Juifs en France durant l’Occupation pour s’entasser dans des wagons à bestiaux en direction d’Auschwitz-Birkenau. « Il y a eu au total 79 convois. Beaucoup d’entre eux ont des associations qui portent leur mémoire. Ce n’est pas le cas pour le 71 », explique Justine Decourselle. « Il s’agit aussi du convoi de Simone Veil et celui des enfants de la maison d’Izieu. Il y a donc une portée symbolique qui me permet de me rattacher à des figures fortes ».
Dans son autobiographie intitulée « Une vie », Simone Veil relate ce terrible jour du 13 avril 1944 : « Nous avons été embarquées à 5 heures du matin pour une nouvelle étape dans cette descente aux enfers qui semblait sans fin. Des autobus nous ont conduits à la gare de Bobigny, où l’on nous a fait monter dans des wagons à bestiaux formant un convoi aussitôt parti vers l’est ». Quelques lignes plus loin, elle se souvient de l’arrivée en enfer : « Le convoi s’est immobilisé en pleine nuit. Avant même l’ouverture des portes, nous avons été assaillis par les cris des SS et les aboiements des chiens. Puis les projecteurs aveuglants, la rampe de débarquement, la scène avait un caractère irréel. On nous arrachait à l’horreur du voyage pour nous précipiter en plein cauchemar. Nous étions au terme du périple, le camp d’Auschwitz-Birkenau ».
À l’arrivée du train, la très grande majorité des déportés sont immédiatement gazés. Seuls 165 hommes et 91 femmes sont sélectionnés pour le travail. À la libération du camp, le 27 janvier 1945, ils ne sont qu’une centaine à avoir survécu. Parmi eux se trouvent Ginette Kolinka. À 101 ans, elle est aujourd’hui l’une des dernières rescapées encore en vie. Justine Decourselle l’a contactée pour lui présenter son projet que la survivante a rapidement adoubé. « Elle m’a répondu en plaisantant qu’elle ne pouvait pas courir avec moi », raconte la jeune femme. « Mais elle m’a proposé qu’on intervienne ensemble dans un collège. Elle a trouvé que mon idée était extraordinaire surtout que je n’ai aucun lien familial avec la Shoah« .

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Lutter contre la haine
L’objectif de Justine Decourselle n’est pas seulement sportif. Elle veut avant tout transmettre. Avant son départ, elle a ainsi pu se rendre dans plusieurs établissements scolaires pour présenter sa « course contre l’oubli » auprès de plus de 200 élèves. Plusieurs classes seront aussi présentes à Drancy le 13 avril pour l’encourager. « En me rendant auprès d’eux, j’essaye de promouvoir le message de Ginette. Quand elle va dans des écoles, elle leur dit de s’accepter les uns les autres et de lutter contre la haine. C’est à notre tour d’être les passeurs de mémoire car les derniers témoins ne sont plus nombreux« , insiste-t-elle.
Tout au long de sa course, elle va aussi prendre le temps de rencontrer des scolaires que ce soit en France ou en Allemagne. Des rencontres sont prévues en partenariat avec l’Institut Français à Francfort et à Dresde. Justine Decourselle va également déposer tous les 10 kilomètres des galets, traditionnellement déposés sur les tombes juives. Plusieurs dizaines d’entre eux ont été décorés par des écoliers. Ils seront photographiés et géolocalisés sur une cartographie numérique, permettant aux classes de suivre l’avancement de « l’athlète de la mémoire » étape par étape.

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Cet itinéraire va suivre au plus près celui d’origine pris par les déportés en 1944 : « J’ai pris toutes les cartes ferroviaires de l’époque. Ces lignes sont encore utilisées aujourd’hui, je vais donc courir à cinq ou dix kilomètres de distance par rapport aux rails ». Au cours de ces 33 jours, la sportive dormira chez l’habitant ou dans un van aménagé conduit par son compagnon, qui assure la logistique. « J’ai refusé les nuits en hôtel car ce n’était pas cohérent avec le projet. Il faut vivre l’idée jusqu’au bout », insiste Justine Decourselle. À quelques jours du départ, l’appréhension monte face à cet énorme défi, mais la motivation est là : « Cela va être dur de courir 50 km par jour, mais je vais penser aux déportés et à ce qu’ils ont enduré. Ce que je fais n’est rien par rapport à ce qu’ils ont vécu ».
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Chaque kilomètre parcouru va ainsi représenter symboliquement l’un des 1500 déportés du convoi 71. « Je pense surtout aux enfants d’Izieu, tous gazés à leur arrivée. Mais je le fais pour tous les déportés. Il y en a eu tellement ». D’après le bilan établi par le Mémorial de la Shoah, entre mars 1942 et août 1944, 76 000 juifs ont été déportés de France dont environ 11 400 enfants. Seuls 2 500 sont revenus vivants.
Justine Decourselle : Courir pour ne pas oublier, ou comment le sport devient un acte de mémoire
1 500 kilomètres en 33 jours, c’est le défi que s’est lancé Justine Decourselle. Une course contre l’oubli, mais aussi contre l’indifférence des politiques face à l’histoire.
À 26 ans, Justine Decourselle a décidé de rallier l’ancien camp d’internement de Drancy à l’ancien centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. « Je voulais proposer une autre manière de lutter contre l’oubli », déclare-t-elle. Infirmière dans un Ehpad à La-Grande-Motte, son projet est né de rencontres avec des résidents qui lui ont partagé leurs histoires de la Seconde Guerre mondiale. Un mélange de course à pied et de mémoire, une belle idée, n’est-ce pas ? Mais n’est-ce pas aussi un peu naïf dans un monde où l’oubli est devenu une stratégie politique ?
Ce qui se passe réellement
Justine va débuter son périple le 13 avril, date symbolique du départ du convoi n°71 en 1944, qui a transporté 1 500 personnes, dont 295 enfants, vers Auschwitz. « Il y a eu au total 79 convois. Beaucoup ont des associations qui portent leur mémoire. Ce n’est pas le cas pour le 71 », souligne-t-elle. Une réalité amère, surtout quand on sait que la majorité des déportés de ce convoi ont été gazés à leur arrivée. Justine veut faire entendre leur voix, mais à quel prix ?
© Course contre l’oubli
Pourquoi cela dérange
Justine ne se contente pas de courir. Elle veut transmettre un message. Avant son départ, elle a rencontré plus de 200 élèves pour leur parler de sa « course contre l’oubli ». Mais dans un monde où l’éducation est souvent sacrifiée sur l’autel de la rentabilité, peut-on vraiment espérer que ces jeunes s’engagent ? Les discours politiques actuels, souvent empreints de démagogie, semblent plus préoccupés par les sondages que par la mémoire collective.
Ce que cela implique concrètement
Chaque kilomètre parcouru par Justine symbolise l’un des 1500 déportés du convoi 71. « Je pense surtout aux enfants d’Izieu, tous gazés à leur arrivée », dit-elle. Mais que fait-on pour que cela ne se reproduise jamais ? Les politiques d’aujourd’hui semblent plus préoccupées par les votes que par l’héritage historique. La mémoire est-elle devenue un simple outil de communication ?
Lecture satirique
Les promesses de nos dirigeants de ne jamais oublier semblent souvent se heurter à la réalité. Alors que Justine court pour rappeler l’horreur, d’autres préfèrent l’ignorer, comme si l’histoire était un simple chapitre à tourner. Ironiquement, dans un monde où l’on parle de « réécriture de l’histoire », Justine se bat pour que l’histoire soit entendue. Qui aurait cru qu’une course à pied serait plus efficace qu’un discours politique ?
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, des pays comme les États-Unis et la Russie semblent également s’engager dans une forme de réécriture de l’histoire. Les discours nationalistes et les politiques d’exclusion rappellent que l’oubli est une arme redoutable. Justine, en courant, devient un symbole de résistance face à cette tendance inquiétante.
À quoi s’attendre
Si la course de Justine réussit à sensibiliser ne serait-ce qu’une poignée de personnes, cela pourrait avoir un impact. Mais dans un monde où l’indifférence est la norme, il est légitime de se demander si cela suffira. La mémoire est un combat de tous les jours, et Justine semble prête à le mener. Mais combien d’autres seront à ses côtés ?
Sources




